‹ Magasin théâtralChapitre 260 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

LA REINE MARIE, LE DUO DE BRABANT, LA COMTESSE IIÉLÈNIi, ADNEZ.

Us descendent l'escalier qui conduit chez l'astrologue ; le Duc donne la main à la Reine, Adnez a la Comtesse.

LA REINE

Nous voici, grâce au ciel, hors de l'obscurité ! Arrêtons-nous, cher duc.

LE DUC

Si l'on m'eût écouté,.

Vous eussiez de cet homme évité la présence.

LA HEINE

Pensez-vous que je croie à sa folle science?

LE Dec.

Vous voilà cependant toute pâle d'effroi ; C'est un fou dangereux; et si j'étais le roi, Je ferais retomber sur sa tète maudite Cette mort qu'il invente et qu'il nous a prédite.

LA HEINE

Vous seriez mauvais roi. Nous avons consulté Ce vieillard; il a cru dire la vérité.

le nue.

Vers ce triste rêveur quel faible vous entraîne? Et qui jamais croira qu'une si grande reine, Dont l'Europe étonnée admire le savoir, D'un vieillard imposteur subisse le pouvoir? Comme si la nature, à sa voix asservie, Venait lui révéler les choses de la vie! Par Dieu! c'est grand' pitié !

LA REINE

De grâce, épargnez-nous!

L'esprit fort! on n'est pas plus crédule que vous: .l'estinie Albert, sans doute, et son vaste génie ; Mais je crois que du ciel la clémence infinie, Malgré nos vains désirs, d'un voile officieux A toujours dérobé l'avenir à nos yeux.

Sans la crainte ou l'espoir que serait l'existence? Mais telle est la raison et sa faible assistance :

Cet art de l'avenir que j'estime trompeur, Philosophe, j'en ris, et femme, j'en ai peur. Mais vous! vous sentez-vous l'ame bien rassurée? Cette chambre tendue en noir, mal éclairée; Cesinstrumens sans forme et dressés vers les cieux, Cette tète parlante ( ouvrage merveilleux), Tout n'a-l-il pas d'abord ému votre vaillance? Et quand la voix d'Albert, après un long silence, De présages mauvais me faisait tressaillir, Le brave Adnez et vous je vous ai vus pâlir.

ADNEZ.

Moi, c'était le dépit!

LE DUC

Moi, c'était la colère !

LA UEINE.

Noussommes courageux quand lejour nouséclaire. Vous qui connaissez tout, Adnez, vous nous direz La raison de cela.

ADNEZ.

Les poètes sacrés, Madame, ont prétendu, quand la nuitsc dissipe...

On entend un bruit lointain de cloches. LE DUC.

Voici que dans ses murs Paris reçoit Philippe Humilié, vaincu. Songez que votre époux, Comme auprès des autels, revient auprès de vous. Ses revers l'ont encor rendu plus irascible Sans doute; ménagez ce cœur fier et sensible Qui prend au sérieux les chagrins d'ici-bas; tout est pour lui tourment. Philippe ne sait pas Qu'il a deux ennemis dont la haine l'obsède : Lui-même d'abord, mal intime et sans remède; Kt puis son chambellan, plaie à faire souffrir, Mais non pas incurable: on pourra l'en guérir. Oui, nous saurons briser la maligne influence De cet homme de rien qui pèse sur la France; Car c'est un grand malheur quand des gens de bas Représentent les rois qui représentent Dieu, [lieu L'éclat de tout grand nom les irrite et les blesse •„ Ils sont ennemis nés de l'antique noblesse :

L'humilier, l'abattre est pour eux un devoir. Et toujours vers le peuple ils tirent le pouvoir. Mais patience encor. Souffrez que je vous laisse, Ma sœur; cher ménestrel, et vous, belle comtesse, Rassurez votre reine et chassez de son cœur Les vains propos d'Albert et sa folle terreur.

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