‹ Magasin théâtralChapitre 261 sur 1377 · I.A REINE · texte numérisé non relu

I.A REINE

Quel rapport D'une mortelle à Dieu? Bon ou mauvais, mon sort Touche-t-iJ à ce point sa justice ou sa gleire?

ADNEZ.

C'est presqueingratitude à vous, reine.de croire Qu'aux chances du malheur l'Éternel aitlivré L'ouvrage le plus beau que ses mains ont créé.

Adnez, je vous avais interdit ce langage : Tout poète est menteur.

ADNEZ.

Tout menteur, je le gage, Serait sincère, ici.

LA REINE

Point de sincérité!

ADNEZ.

Les mauvais princes seuls craignent la vérité.

LA REINE

De ces vérités-là vous êtes trop prodigue. Tous ces jolis propos dont le bruit me fatigue, Croyez-moi, gardez-les pour orner les beautés De ce roman moral que vous nous promettez.

ADNEZ.

Aussi l'ais-je, madame, et l'avis est fort sage : Oh! dans mon héroïne on verra l'assemblage De tout ce que la terre adore de parfait; Lt selon mon désir, si j'offre en son portrait La gloire, la jeunesse et les grâces unies Aux spéculations des plus savans génies; Si je laisse, en un mot, mon lecteur enchanté Et de tant de vertus et de tant de beauté, Jo n'aurai que l'honneur d'un copiste fidèle : Toutle monde, hormis vous, nommera mon modèle.

LA REINE

A votre guérison il faudra renoncer.

Aidez-moi donc, comtesse, à me débarrasser De ce mauvais flatteur.

HÉLÈNE

Cénércuse Marie, Permettez au poète un peu de flatterie, Il en mourrait.

ADNEZ.

Merci, pour un soin si touchant.

Belle dame; ici-bas chacun a son penchant : Je suis né pour flatter ainsi que vous pour plaire

LA REINE

Vous prenez son parti, voila votre salaire. Souffrircz-vous aussi ce langage moqueur?

ADNEZ.

L'aimable veuve a bien autre pensée au cœur.

HELENE

Mais je n'ai dans le cœur rien qui soit un mystère.

ADNEZ.

Ah ! vraiment ! dans ce cas, c'est à moi de me taire.

HÉLÈNE

Faites l'homme discret.

ADNEZ.

Avouez cependant Que l'avenir vous pèse, et qu'un désir ardent Vous tient de consulter le dangereux oracle.

HELENE

Vous devinez cela, voyez le beau miracle !

Avant peu, je vous vois seule, au déclin du jour, Mouler d'un pas tremblant au sommet de la tour.

HELENE

Qui m'en empêcherait?

LA REINE

Moi, ma bonne comtesse :

Quand nous voulons jouer avec notre faiblesse, Il nous arrive mal; ces désirs indiscrets De sonder l'avenir sont des jeux, je le sais; Cependant vous voyez ce qu'on en doit attendre : D'un ridicule effroi je ne puis me défendre; Albert, comblé de dons, va quitter ce séjour.

ADNEZ.

Donc le sublime emploi d'astrologue de cour...

LA REINE

Est vacant.

ADNEZ.

Si j'osais espérer une grâce, D'Albert congédié je briguerais la place.

LA REINE

Soit donc, sei'gneur poète, et dès ce même instant Ma bonté vous élève à ce grade important. Soyez-nous bon prophète!

HÉLÈNE

Oh! prophète incroyable!

adnez, à la reine.

Si votre altesse ici le tient pour agréable, Je puis faire de suite essai de' mon pouvoir. Il s'appreche d'Hélène,

Voyons.

adnez, prenant la main d'Hélène.

La main.

Hélène, lui donnant la main en hésitant. Je suis curieuse de voir.

ADNEZ.

Ne tremblez pas.

HÉLÈNE

Surtout parlez sans flatterie; Mais si vous prévoyez du mal, je vous en prie, Ne m'en dites rien.

adnez, avec éclat.

Dieu ! que de prospérité»!

HÉLÈNE

Oh 1 vous m'avez fait peur!

Philippe ni.

ADNEZ.

Écoutez, écoute/. !

I mur deux fois trois ans d'attente... de courage, J-'.t pour vous finiront les ennuis du veuvage!

HÉLÈNE

Je nie remarierai?

Le sort le veut ainsi.

LA REINE

Le soi t a grand' raison.

HÉLÈNE

Du moins, cette fois-ci, Je veux un mari jeune.

ADNEZ.

11 le sera.

HELENE

J'y compte; Très-riche et haut titré.

ADNEZ.

Très-riche et plus que comte.

HÉLÈNE

Marquis?

ADNEZ.

Plus que marquis!

HÉLÈNE

Duc?

ADNEZ.

Plus encore!

HELENE

Assez.

In duché me suffit.

Prenez toujours : laissez Faire au destin, pendant qu'il est en bonne veine.

HÉLÈNE

Sera-t-il prince enfin ?

ADNEZ.

Plus!

HÉLÈNE

Roi?

ADNEZ.

Vous serez reine.

HÉLÈNE

Voyons, seigneur devin, vous m'impatientez: Ce monarque, doué de tant de qualités, Dites-nous le palais où sa grandeur réside. Sou âge.

ADNEZ.

Ici, douze ans.

HÉLÈNE

Vous êtes un perfide!

Un méchant! Inventer que le lils de mon roi, Que le prince, un enfant, est pris d'amour pour moi! Que je le suis pour lui !

adnez, o part.

J'ai frappé juste, on crie.

la reine, à Hélène.

Permettez au poète un peu de raillerie,

II en mourrait.

HELENE

Avec ce ridicule amour, Madame, il me rendra la fable de la cour, Et c'«st bien mal à lui.

ADNEZ.

Ces doux secrets de l'aine, Vos beaux yeux, plus que moi, les trahissent, main >i chaste triomphe estglorieux pour vous; [dame. Col enfant, roi futur, qu'un ministre jaloux Retient insolemment sous sa vile tutelle Et condamne au sommeil d'une enfance éternelle, Aujourd'hui, réveillé par votre noble voix, Va sentir qu'en son cœur coule le sang des rois !

LA REINE

Pardonnez-lui, comtesse, en faveur de l'oracle. Aussi bien n'allons pas nous mêmes mettre obstacle A nus propres complots ; n'oublions pas surtout Que l'allier chambellan est encore debout : Sa ruine est jurée et son règne s'achève; Jusque là, tous les deux, convenez d'une trêve. On se peut, dans la paix, quereller entre soi, Mais, l'ennemi présent, soyons amis.

l'officier.

Le roi !

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