‹ Magasin théâtralChapitre 284 sur 1377 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Les Mêmes, ADNEZ, entre tristement.

HÉLÈNE

Parlez, Adnez, parlez.

adnez , aux genoux de la reine.

O reine infortunée !

la reine, le relevant.

Bon Adnez, levez-vous : ils m'ont donc condamnée ! C'est bien , n'en parlons plus, victime de la loi, Je saurai mourir! — mais, Adnez , rassurez-moi: Tandis que quelque force est encordans mou ame, Qu'est devenu le duc, mon frère?

ADNEZ.

Eh quoi , madame, Ignorez-vous encor que le duc, cette nuit, Des mains du chambellan s'est échappé, qu'il fuit ? Cent amis dévoués lui font garde et cortège.

LA REINE

Mille fois soit béni le ciel qui nous protège! Bien vrai , mon frère est libre, il n'est plus parmi Je puis mourir contente enfin. [nous?

ADNEZ.

Que parlez-vous De mourir I rejetez cette horrible pensée.

L'exécrable sentence est en vain prononcée, En vain le chambellan, incertain du succès,

De sa garde qui tremble entoure le palais. Et qu'importe après tout qu'un monarque en délire Ait pressé votre arrêt, l'ait signé sans le lire? Si ce prince funeste...

LA REINE

Adnez, que faites-vous?

Philippe est votre roi, Philippe est mon époux!

Il n'est plus roi, madame, il n'est qu'un fou barbare, Jouet d'un scélérat qui l'entraîne et l'égaré. Lui-même il vous viendra présenter le poison ? Un roi perd la couronne en perdant la raison.

* C'est à vous qu'appartient la suprême puissance ;

* Plein de mon désespoir, fort de votre innocence,

* Ordonnez, et je cours souleverdans Paris

* Le peuple qui déjà fait entendre ses cris.

Le temps presse, un seul mot, la révolte commence. Proclamonsles fureurs d'un monarque endémence, El partout vont s'armer des amis résolus A vous porter au trône où Philippe n'est plus.

LA REINE

Appeler la révolte! exciter le carnage!

Ad nez, vous me trompez, vous n'êtes qu'un faux sage.

* Vous avez oublié ce que vous ont appris

* Ceshommes des vieux temps, ces sublimes esprits ' Qui , joignant aux leçons des exemples augustes,

* S'honoraient de mourir pour des lois même

[injustes.

* Qu'avaient- il pour braver l'opprobre de la mort?

* L'amour seuldu pays; et moi qu'un Dieu plus fort

* Convie au saint espoir d'une vie éternelle,

* On veut me la ravir en me faisant rebelle; On veut qu'en ennemie attaquant mon époux...

adnez, s' humiliant.

Ah ! madame !

Avouez que je vaux mieux que vous.

* A quoi bon tant d'étude et de philosophie ,

* Et tout ce grand savoir dont on se glorifie,

* Si leur secours nous manque, et nous laisse,

[en mourant,

* Aussi faibles de cœur que le peuple ignorant ? Point de pleurs, mes amis : quand le destin l'ou- La résignation est la force du sage. trage , Voudriez-vous troubler par vos gémissemens

La paix dontj'aibesoindansmcsderniersmomens?

* Et puis, soit que la mort n'ait rien d'horrible en

[elle, ' Soit que du Créateur la bonté paternelle

* Se plaise à dérober aux regards du croyant

* Ce qu'offre le tombeau de désert, d'effrayant, Cette mort que l'esprit plein d'images funèbres, Me m on li ai teomme un spectre échappé desténèbres, Je la vois maintenant s'approcher sans effroi. Quand je ne serai plus , vous songerez à moi ;

Et moi , de ce séjour qui domine les nues, De ce monde invisible, aux rives inconnues, Souvent auprès de vous je reviendrai m'asseoir Sous la forme d'un songe, ou d'une ombre du soir. Ce désir, don du ciel, n'est point une chimère.

A Hélène.

Que mon fils orphelin retrouve en vous ^.n mèi <•. Tant que d'affreux soupçons resteront contre moi , Tenez ce pauvre enfant loin des regards du roi ; Mais lorsqu'ils cesseront (ce jour viendra, j'espère), Allez souvent l'offrir aux baisers de son père: Alors, pour consoler ce prince infortuné, Dites-lui qu'en mourant Marie a pardonné. A Ailliez.

Et vous, votre devoir...

ADNEZ.

M'ordonne de vous suivre.

LA REINE

Qui défendra mon nom si je cesse de vivre?

A Hélène.

Eloignez cet enfant, Hélène, et revenez.

Hélène suit avec l'enfant.

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