‹ Magasin théâtralChapitre 420 sur 1377 · ACTE lli · texte numérisé non relu

ACTE lli

Royale liberté !

AURÉLIE

Nous sommes tête à tète :

Parlons des prétendans dont j'ai fait la conquête. De qui le savez- vous?

POLIGASTRp.

D'un loyal chevalier; Aux usages des cours trop franc pour se plier , Le marquis se repose en mes faibles lumières. Se défiant un peu de ses grâces guerrières , Sur mon appui , madame , il fonde quelque espoir ; Car à votre docteur il suppose un pouvoir , Que ce docteur n'a pas.

AURÉLIE

Allons! c'est modestie :

Vous savez le contraire , et je suis avertie Qu'on dit chez bien des gens que vous me gouvernez .

POLICASTRO

Oui? moi ! bonté du ciel !

Vous vous en étonnez ?

Au fond , c'est un peu vrai. Parlez.

POLICASTRO

Je vous révèle Cette insurrection d'une espèce nouvelle, Oui n'irait a rien moins qu'a faire un souverain , Même trois, si l'un d'eux obtenait votre main. Car chacun sacrifie une courte régence A l'espoir plus réel d'en garder la puissance.

AURÉLIE, à part.

Dieu ! que l'occasion serait belle à saisir ! Libre... mais quel moyen?... Mon cœur bal déplaisir. POLICASTRO.

Votre Altesse sourit du projet d'alliance?

AURÉLIE , de môme.

Je peux... oui , c'est cela !

POLICASTRO

J'imaginais d'avance Oue le triple serment et l'hymen concerté Feraient sur votre front naître l'hilarité. Jamais hommes d'État , si le complot circule, Ne seront affublés d'un plus beau ridicule. Aussi le comte Alphonse, avec qui j'ai causé... AURÉLIE.

Le comte !

POLICASTRO

Ainsi que vous il s'en est amusé , Et m'a dit : si jamais votre noble maîtresse D'un sujet , cher docteur , couronne la tendresse ,

Je ne présume pas que , pour faire un heureux ,

I n tel excès d'honneur tombe sur un d'entre eux.

AI liÉLIE.

Le comte a dit cela ! Ma surprise est extrême ;

II connaît mieux alors mes projets que moi-même.

(A part.) Pas un , pas même lui ne saura mon secret.

(Au docteur, à voix basse.) Policastro!

POLICASTRO

Madame?

AURÉLIE

11 faut être discret.

POLICASTRO

De ce devoir sacré je fus toujours esclave.

AURÉLIE. Elle s'assied.

Appprochez , parlons bas; la circonstance est grave. Décidons de mon sort : sur qui fixer mon choix ?

POLICASTRO

Sur qui ? Madame veut...

\1 lll- LIE.

Couronner un des trois ; C'est décidé; lequel?

POLICASTRO

Des trois régens?

Sans doute.

POLICASTRO , à part.

Dieu! comment deviner?...

AURÉLIE

Lequel ? je vous écoule.

POLICASTRO

(A part.) Je n'hésiterais pas... C'est fort embarrassant.

(Haut.) Mon avis est d'abord qu'en y réfléchissant , Car il faut réfléchir avant de rien conclure , Sassane...

AURÉLIE

Y pensez-vous ?

POLICASTRO

Moi , je pense à l'exclure.

AURÉLIE

Lui ! qui pour vingt beautés s'est fait peindre , dit-on ?

POLICASTRO

En habit de ministre avec son grand cordon.

AURÉLIE

Et dans ma galerie a s'admirer s'apprête ,

Mon sceptre d'or en main , et ma couronne en tète ;

Non ! mes graves aïeux , je crois , n'y tiendraient pas :

LA PRINCESSE AURELIE. - ACTE III

Ce serait trop plaisant.

policastro.

Ils riraient aux éclats ; Et depuis neuf cents ans qu'ils ont perdu la vie , Un tel roi pourrait seul leur en donner l'envie. Détrôné!

AURÉLIE

Point de grâce !

POLICASTRO

A perpétuité , Lui , les rois de sa race et leur postérité.

AURÉLIE, après une pause.

Ouant au duc d'Albano...

POLICASTRO

J'y pensais.

AURÉLIE

Homme utile !

POLICASTRO

Indispensable.

AURÉLIE

Esprit en ressources fertile.

POLICASTRO

Il invente en finance, et ce n'est pas commun. AURÉLIE-

Qui créa cent projets.

POLICASTRO

S'il n'en avait fait qu'un , On dirait : le hasard !... mais...

Fut-ce une manie , Elle est noble.

POLICASTRO

C'est vrai ; grands moyens ! beau génie !

AURÉLIE

Mais de tous les humains c'est le plus ennuyeux !

POLICASTRO

Le grand homme , il est vrai , reçut ce don descieux ; 11 l'était par nature, et les mathématiques L'ont achevé... Chagrins , vapeurs mélancoliques , Dégoût de tous les biens , abattement moral , Voilà ce que l'ennui provoque en général. Dérobons-lui vos jours dont le soin me regarde : On peut mourir d'ennui , si l'on n'y prend pas garde.

AURÉLIE

N'y songeons plus , docteur ; vos avis sont des lois.

POLICASTRO

C'en est donc fait encor d'une race de rois? AURÉLIE.

Oui, détrônons le duc.

POLICASTRO

Seconde dynastie , Morte avant que de naître , éteinte , anéantie !

AURÉLIE

Eh bien !

POILCASTRO.

Eh bien , madame , entre les candidats , .l'ose le répéter , je n'hésiterais pas. On n'a pas deux avis : le mien reste le même ; Un d'eux m'avait semblé digne du rang suprême , Je ne voyais que lui , c'est lui seul que je vois : Enfin , c'est au marquis que je donne ma voix.

AURÉLIE

Son grand nom, ses exploits, tout me porte à vous croire.

POLICASTRO

A votre avènement il vous faut de la gloire. Dans les vers composés pour un avènement , Le myrte et le laurier font un effet charmant.

AURÉLIE

J'en conviens : des lauriers l'éclat toujours magique Change en amour pour nous la vanité publique.

POLICASTRO

Ajoutons à cela trois mots de liberté , Et voilà pour six mois tout un peuple en gaieté... Puis on gouverne après comme on veut , c'est l'usage.

AURÉLIE

Et comme on peut , docteur. Mais avec quel courage Vous m'avez , en ami , dit votre sentiment , Sans consulter le mien et sans déguisement! Je ne vous promets rien ; c'est au roi votre maître A vous récompenser , s'il vient à tout connaître. ( Elle se lève. )

POLICASTRO

Quandje parlai pour lui ce fut sans intérêt ; Je n'avais pas songé même qu'il le saurait... Dois-je l'en informer?

AURÉLIE

Docteur , c'est, votre affaire ; Tout ce qui n'est pas fait peut ne se jamais faire. Ainsi rien en mon nom ; parlez de votre part , Mais après le conseil.

( Elle sonne. ) (A un huissier.)

Au palais, sans retard, Convoquez Leurs Grandeurs.

Je ne saurais vous taire Que du conseil privé j'ai vu le secrétaire. Du trajet maritime il s'est trouvé si mal , Oue son zèle échouerait contre un procès- verbal.

LA PRINCESSE MJRÉLIE. —ACTE ill

( Avec intention. ) Mais un homme discret remplaçant le malade...

AURÉLIE

Je trouverai quelqu'un. Quant à votre ambassade, Attendez le moment ; pas un mot jusque-là.

POLICASTRO

Je vous obéirai.

UN HUISSIER , annonçant.

Le comte d'Avella !

AURÉLIE, à Policastro.

Songez que le marquis , s'il a quelque prudence , Doit à ses deux rivaux cacher la confidence.

POLICASTRO, qui sort.

Le marquis ! Dieu ! quel rêve ! à dater de ce jour , Saluons de plus bas le soleil de la cour.

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