ACTE II
Qu'importe a vos dégoûts qu'il se soit révolté
Contre les droits divins de votre autorité ?
Elle n'est, dites-vous, qu'un illustre esclavage...
AKÉBAR.
Je n'en puis, sans mourir, endurer le partage. Triste effet des grandeurs! leur amour malheureux Égare nos esprits en de contraires vœux ; S'il échappe à nos mains ce pouvoir qui nous pèse, Il nous laisse un regret que nul charme n'apaise, Un vide, un vide affreux que rien ne peut combler : De sa vieillesse oisive on se sent accabler; Un je ne sais quel vague empoisonne l'étude, Corrompt de nos plaisirs l'innocente habitude; Alors il faut mourir !... Encor quelques instans, Je connaîtrai mon sort : il viendra, je l'attends... Ah ! qu'il honore en moi l'autorité suprême, Et je ne le hais plus, je l'adopte, je l'aime. Qu'il parle: que veut-il? des biens? des dignités?
EMPSAEL.
Quels dons par vous offerts n'a-t-il pas rejetés?
AKÉBAR.
Peut-être il en est un qui fléchira sa haine : Par ce lien auguste il faut que je l'enchaîne; Je le veux. Cet honneur est sans doute inouï, Et son farouche orgueil en doit être ébloui. Je le veux...
EMPSAEL.
Pour bannir le soin qui vous tourmente, Souffrez que devant vous Néala se présente; Et bientôt à sa voix ce déplaisir mortel Fera place aux transports de l'amour paternel.
AKÉBAR.
Moi, la voir! ah ! demeure. Infortuné ! j'évite Jusqu'aux doux mouvemens dont son aspect m'agite. Ils troublent ma ferveur; je m'accuse en secret D'un sentiment humain dont Dieu n'est pas l'objet. Mais je l'aime, et, soigneux de cacher ma faiblesse, Je me fais un tourment de ma propre tendresse. Néala me redoute; en lui tendant les bras Jamais je n'enhardis son timide embarras; Je n'adoucis jamais par un tendre sourire L'austère majesté qui sur mes traits respire. Quand un père à sa fille ouvre ses bras tremblans, Lui laisse avec amour baiser ses cheveux blancs, Je m'indigne, je pleure, et vois d'un œil d'envie Ce bonheur inconnu dont j'ai privé ma vie. Ma fille !... Et je la perds! Le ciel veut qu'a ce prix Je rachète un pouvoir qu'il m'a trop tôt repris ! Ma mort suivra de près cette épreuve dernière... Maisj'emporte au tombeau ma grandeur tout entière.
LE PARIA
Eh bien ! n'hésitons plus, j'y souscris, c'en est fait !
ElUPSAËL.
Ah ! sachez vous contraindre : Idamore parait. Pourrez- vous déguiser l'horreur qu'il vous inspire ?...
AKÉBAR, lïoRU-meut.
Quelle horreur ?qu'avez-vous. et que voulez-vous dire? Voyez, je suis tranquille, et sur mon front serein Mon trouble n'a laissé ni courroux, ni chagrin. Sortez.
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