SCÈNE PREMIÈRE
ALVAR
Ses juges assemblés devant eux l'ont admis;
Le suivre est un bonheur qu'ils ne m'ont pas permis.
Je m'humilie en vain sous le bras qui m'accable ;
(Contemplant une croix suspendue sur sa poitrine.) 11 dédaigne mes pleurs. O toi , signe adorable D'un mystère sanglant dont j'ai perdu le fruit, Ranime un faible espoir que chaque instant détruit. Ce Dieu , quittant le monde, y laissa l'espérance : Lui-même a tant souffert ! il plaindra ma souffrance : Qu'il ouvre à mes remords son sein longtemps fermé , Qu'il me rende un ami ; lui-même a tant aimé ! Oui , prends pitié d'un cœur digne d'être fidèle , Seigneur, s'il connaissait ta parole éternelle, Et , pour le soutenir contre d'injustes coups , Relève un frêle appui plié par ton courroux. Je ne demande pas que des jours plus prospères Me retrouvent assis sous le toit de mes pères ; Je rendrai ma dépouille à ces bords étrangers : Mais ldamore est seul au milieu des dangers: Puissé-je l'embrasser avant son sacrifice , Affermir son courage, et , s'il faut qu'il périsse, Sans murmure avec lui mourant pour t'apaiser, Aux cieux dans ta clémence avec lui reposer !... Entouré de soldats je le vois qui s'avance. Est-il absous, grand Dieu!