‹ Magasin théâtralChapitre 492 sur 1377 · LUIGI, THÉCLA, MARCO · texte numérisé non relu

LUIGI, THÉCLA, MARCO

MARCO

J'accours, maîtresse.

THÉCLA

Retrouve tes vingt ans, rajeunis d'allégresse : Mon Paolo revient.

LUIGI

Il le sait.

MARCO

Tout est prêt.

Quoi ! la maison entière était dans le secret ?

LUIGI

Jusqu'à ma fille Elci ; sans la connaître , il l'aime.

MARCO

Nous serons donc céans deux à penser de même.

THÉCLA, regardant Marco sévèrement.

Oui, catholique aussi.

LUIGI, lui frappant sur l'épaule.

Mais sage.

THÉCLA

Ne va pas Prendre avec lui les airs de nous blâmer tout bas.

MARCO

Que chacun suive en paix le culte qu'il préfère; Choisir entre les deux n'est pas petite affaire. Le tisserand d'Augsbourg, Frantz, qui s'en est mêlé, En a l'esprit malade et le cerveau fêlé : Le mien tient bon ; je fais ce que faisait mon père, Et, chrétien comme lui , je crois, j'aime et j'espère. THÉCLA. [cens,

C'est bien ; mais à quoi bon vos hymnes , votre en- Vos cloches, dont le branle assourdit les passants ; Vos saints, qu'un cierge éclaire et que votre œil ado- Sur la toile enfumée où le ver les dévore? [re

LUIGI , bas à sa mère.

Est-ce donc le moment de prêcher un vieillard ?

THECLA.

Pour corriger un fou jamais il n'est trop tard.

MAI1CO

Fou , tant qu'il vous plaira ! Sans crier anathème , J'entends le son joyeux qui fêta mon baptême ; •le sens comme un besoin d'être meilleur encor Quand mon patron me luit dans son grand cadre

[d'or :

Mains jointes devant moi, ce saint que je contemple M'encourage à prier en me donnant l'exemple. Un bel alléluia m'épanouit le cœur, Et je me fais plaisir quand je me mêle au chœur. Ma voix chevrote un peu , mais son timbre résonne , Et je ne vois pas, moi, sinon que je détonne, Quel grand mal je commets, lorsque dans le saint Je chante à plein gosier les louanges de Dieu, [lieu

THÉCLA

Mais le jour du repos vous le passez en fête.

LUIGI , à sa mère.

Assez !

THÉCLA

De vos refrains vous nous brisez la tête.

MARCO

Je crois très fermement qu'au mépris de l'autel, Travailler le dimanche est un péché mortel ; Et puissent me punir Rome et son saint collège Si j'ai quelque accointance avec ce sacrilège! Mais des actes permis le rire est-il exclus ? Vous et les dissidents...

THÉCLA , avec colère.

Marco !

MARCO

Non , les élus ; Froids , recueillis , muets , vous craignez , je suppose, D'éveiller de si loin Dieu quand il se repose. Dieu vous approuve , soit ; mais en chantre zélé , Pour sa gloire au lutrin lorsqu'on s'est signalé , Défend-il de nover au fond de quelque tonne La soif qu'il nous causa dans le vin qu'il nous donne? Le refrain vient de source, et chez maître Martin , Les coudes sur la table, autour du broc d'étain Qui passe en se vidant et repasse à la ronde, Nous célébrons celui qui lit l'homme et le monde. Et croyons qu'en buvant, qu'en chantant le vin Nous le glorifions dans ce qu'il fit de mieux, [vieux,

THÉCLA

Ai-je mis à l'entendre assez de patience?

LUIGI

Montrez pour Paolo cette même indulgence.

THÉCLA

En aurai-je besoin ?

LUIGI

Cachez-lui qu'avant peu Je fais de mes erreurs l'éclatant désaveu.

THÉCLA

Le cacher !

LUIGI

S'il repart , ce coup, toujours pénible, Mais reçu loin de nous , lui sera moins sensible : S'il reste, laissez-moi, par mes ménagements, D'un cœur qui va saigner adoucir les tourments.

loi

UNE FAMILLE AL TEMPS DE LUTHER

THECLA.

Peur terrestre, Luigi ! La vérité qui blesse, Je l'entends sans colère et la dis sans faiblesse. MARCO.

( Vivement.)

Et s'il vous disait, lui... ce que je ne dis point...

THECLA.

Quoi?

MARCO

Que mon maître et vous errez sur plus d'un THÉCLA, avec violence. [point ?

Merci de Dieu! Marco, voulez-vous qu'on vous marco, à part. [chasse?

Voilà comme elle entend la vérité !

LUIGI , à sa mère.

De grâce, N'allez pas sur un mot prendre feu sans sujet ; Le pieux Mélanchton approuve mon projet : « Au fiel de ces débats qu'en famille on ayite , « L'amitié perd , dit-il , sans que la foi profite.»

THKCLA.

De notre grand Luther l'apôtre préféré,

Des lumières du siècle est sans doute éclairé ;

Mais ne demandez pas à sa science humaine

Ce courroux vigoureux , cette ferveur de haine

Où son maîlre puisa l'acre sincérité

Qui débordait en lui contre l'iniquité,

Quand pour l'aveugle même il a rendu visible

Jusqu'où pouvait faillir la parole infaillible ,

Et qu'il a mis à nu, de ses viriles mains,

Tout ce rainas honteux de mensonges romains.

Mélanchton , qui n'a point cette franchise amère,

Eût-il pu rien détruire?

LUIGI

Il peut fonder, ma mère :

Dieu réserve à chacun l'œuvre qu'il accomplit; La violence abat, la douceur établit.

Mais de vos deux enfants si l'intérêt vous touche , Par pitié, par amour, qu'il vous ferme la bouche.

THÉCLA

Ah! faible que je suis !

LUIGI

Cédez.

THÉCLA

Pénible effoit!

LUIGI

Vous vous l'imposerez.

THÉCLA

Si je puis ; mais j'ai tort.

A ta langue , Marco, tu feras violence !

Mon amour pour la paix garantit mon silence.

( Apart.)

L'anneau de Salomon me répondrait du sien, Je ne m'y fierais pas.

THÉCLA

Que murmurez-vous?

MARCO

Rien.

Mais voilà votre Elci !

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