SCENE IV
CHRISTINE, seule.
Me voilà seule enfin, et je puis mesurer Si j'atteins bien le but que je veux m'assurer. Mon nom est à sa date inscrit dans les histoires, Mon règne y sera lu compté par des victoires ; Mais le trône défend la vaste ambition De ne devoir qu'à soi la hauteur d'un grand nom, Car un nom est facile, aidé d'une couronne. J'ai faitbattredesmainsquand j'ai quitté le trône, Et j'ai su rester grande en dehors des grandeurs. Les rois m'ont retiré leurs hauts ambassadeurs; Mais le monde de ceux dont la voix souveraine Marque leur place aux rois, m'appelle encor sa reine J'ai prislamienne ausein desgrands hommesvi- Au-dela de mon sexe étonné les savans; [vans, Des plus brillans esprits balancé la finesse, Et nul homme ne vit, que ce monde connaisse, Qui d'un de mes regards ne se fasse un appui! Mais ce nom, si j'allais le risquer aujourd'hui! Que dira l'avenir?... nous admirons Auguste, Qui pardonne à Cinna, quoique sa mort fût juste. La sienne l'est bien plus... Une fois condamné, Devicndrais-je un héros pour l'avoir pardonne? Non! je lis l'avenir, et son arrêt infâme, Ce serait peur, amour, ou faiblesse de femme.
Mon pardon appuîrait son livre accusateur; Non ! qu'il meure coupable et calomniateur. Et pourtant j'en frémis... car à peine j'échappe Au doute de savoir si c'est moi qui le frappe. Serait-ce à Suénon que mon cœur obéit?
Son amour que je sers, le mien qui se trahit? Ah ! que Monaldeschi ne m'a-t-il délaissée! Sun abandon discret m'eût à peine offensée; Un cœur de femme seul n'y voit point de pardon. Christincest un grand homme, elle vengeson nom.
Elle écoute le bruit d'une clef.
Mais qu'entends-je, et qui donc peut ouvrir cette
[porte ?
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