‹ Magasin théâtralChapitre 794 sur 1377 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

UN SALTIMBANQUE, LABREDECHE LORKA1N, UN MARCHAND, DEIX PASSANS, UN CRIEUR.

LE SALTIMBANQUE, sur un tabouret, désignant alternativement deux tableaux avec une grande baguette. Entrez, entrez, citoyens , vous y voyez la fameuse bataille des Pyramides remportée par le général en chef Bonaparte sur le féroce Mourad- BeYj le plus puissant chef des Mamelucks. Vous y voyez encore la grande bataille de i'tlarengo remportée par le premier consul Bonaparte. Tous remarquerez dans le coin i gauche la mort du citoyen général Desaix , qui tombe dans les bras de son aidelie-camp en prononçant ces paroles mémorables : — Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n'avoir pas assez fait pour la république. — Entrez , entrez, citoyens; on ne paie qu'après avoir vu , et. si vous n'êtes pas contens , on ne vous demande rien, absolument rien, rien du tout. Entrez , entrez , citoyens.

LABREDECHE. Le grand homme est-il bien ressemblant ?

LE saltimbanque. Parfaitement.

LABREDECHE. 11 faut que j'entre là î — et. de l'enthousiasme ! — On dit que le premier consul sait tout ce qu'on dit de lui en bien ou en mal. Ce sera une aposiille pour ma pétition.

LE SALTIMBAMQUE, au Lorrain. Pardon !

citoyen, on n'entre pas ici avec sa pipe.

lorrain. Comment, muscadin, on n'entre pas avec sa pipe ? Figure-toi donc qu'avec cette pipe je suis entré dans des palais égyptiens , que ta cabane et tout ton mobilier, toi compris, seraient passés par le soupirail de la rave...

LE s vi. i tmbvnque. C'est possible, parce qu'en Egypte , tout le monde fume.

LORRAIN. C'est juste.

LE SALTIMBANQUE. Mais ici ça gêne la société.

LORRAIN. C'est juste qu'on t'a dit.

Qu'est-ce que tu veux de plus ?

(Il entre.)

UN MARCHAND. Achetez , achetez. — Citoyenne , un beau parapluie. — Citoyen , un belle canne.

un CRIEUR. Voilà ce qui vient de paraître à l'instant. C'est la marche de la cérémonie qui aura lieu demain , pour le couronnement du premier consul Bonaparte , sous le nom de Napoléon Ier, empereui des Français , avec le détail des rues où passera le cortège. Voilà ce qui vient de paraître à l'instant sur le Moniteur. C'est le détail...

UN PASSANT. Combien?

le crieur. Deux sous \ oilà ce qui

vient de paraître...

le passant. C'est bon à savoir. Si je ne réussis pas ce soir, — eh bien ! demain , d'une fenêtre, d'un grenier nous verrons... — Il devait être ici de sept heures et demie à huit heures. {Donnant son papier à un homme du peuple.) Eh bien? qu'est-ce que tu dis de cela , toi ?

l'homme. Je dis que ça sera une belle cérémonie.

le passant. Et tu es content?

l'homme. Tiens, je crois bien! — y a distribution gratis.

le passant. Et voilà le peuple sui lequel nous comptons ! — De quel quartier es-tu , citoyen ?

l'homme. Faubourg Saint - Marceau , connu dans la révolution.

le passant. Eh! qu'est-ce que pense ton faubourg si républicain ?

MAPOLEON.

L homme, il est content.

le passant. Et il se voit tranquillement arracher la liberté ?

l'homme. Voyez-vous , citoyen , la liberté , c'est le pain à deux sous la livre. Y a de l'ouvrage , et on paie en argent. Vive la liberté et l'empereur Napoléon ! Je ne connais que ça.

le passant. Les misérables! pas un mot pour leur souverain légitime.

LE MARCHAND. Achetez, achetez , etc.

LE PASSANT , suivant des yeux un homme dans la foule. Est-ce lui? [A demi-voix. ) Saint-Régent et Carbon.

DEUXIÈME passant. Cerachies et Anna.

premier passant. C'est toi ? — Eli bien ! quelles nouvelles ?

deuxième passant. J'ai l'ait passer un billet à George Cadoudal.

PREMIER. PASSANT. Comment?

deuxième passant. Dans son pain. Je lui dis que ce soir nous avons un rendezvous ici , que Bonaparte y vient quelquefois déguisé pour connaître l'opinion du peuple , et que , si nous pouvons le joindre... Enfin... il nous connaît.

premier passant. Et Moreau?

deuxième passant. Ah! Moreau ! Il n'y a rien à attendre de lui ; il fait de la délicatesse, de la grandeur d'aine. Nous étions parvenus à soulever les soldats en sa faveur, tous les moyens d'évasion étaient préparés, il a refusé d'en profiter ; il veut être jugé. — Quant aux frères Polignac...

premier PASSANT. Chut ! . . . Il n'y a pas un instant à perdre. Demain on le couronne ; s'il allait faire grâce aux conspirateurs, cela ruinerait le parti royaliste, en le dépopularisant encore. Et puis des gens graciés, il n'y a plus moyen de les faire conspirer. Ecoute. L'un de nous le suivra s'il vient ce soir , et au moment où il le frappera , l'autre criera au voleur à l'autre bout du marché. ( Apercevant l'espion qui rôde autour de lui. ) Cet homme nous oberve toujours ; — viens.

LE Crieur. Voilà ce qui vient de paraître , etc.

LABREDÈCHE , sortant de la baraque. Tenez , mon ami ; — enchanté ! il est impossible de ne pas le reconnaître , quand on a eu le bonheur de voir une seule fois le

grand homme Je crois que voilà un

homme qui m'écoute.

lorrain , sortant. Je vous dis que je ne paierai pas.

le saltimbanque. Et pourquoi?

lorrain. Parce que vous avez dit que l'on ne payait que si l'on était content, et que je ne suis pas content du tout. — C'est

pas pour les deux sous ; et la preuve.... (Se retournant. ) Garçon! un petit verre.. ( // avale le petit verre et paie. ) Vous voye bien que c'était pas pour les deux sous Mais vous m'avez fait des pyramides qu me suffoquent , cré coquin , et puis ; Marengo, le premier consul n'est pas ref sémillant...

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