SCENE II
Les Mêmes, BONAPARTE, DUROC
lorrain. Oh ! c'est que ce n'est pas à moi qu'il faut en faire accroire sur celuilà , au moins! — et me dire qu'il a les yeux noirs , quand il les a bleus ! Je l'ai vu à Toulon quand il a dit : Ces batteries-là ne bougeront pas de là. Je l'ai vu aux Pyramides quand il a dit : Du haut de ces monuniens , quarante siècles vous contemplent ! Et tu te figures bien qu'après avoir été contemplé par quarante siècles, c'est pas toi qui me feras peur , entends-tu , paillasse! — Je l'ai vu au 18 brumaire , quand ils ont voulu l'assassiner, et que Murât nous a dit : Grenadiers , il y a ladedans cinq cents avocats qui disent que Bonaparte est un.... — Ils en ont menti , que je dis. Eh bien! alors, dit-il, en avant, grenadiers , et faites-moi évacuer la salle aux avocats. — Ca ne fut pas long. Et il vient me dire à moi que son Bonaparte est ressemblant! Tandis que je l'ai vu vingt
fois face à face comme je vous vois
{Voyant Bonaparte.) Cré Cré.... Cré
coquin !
BONAPARTE. Chut ! et paie. {A un marchand. ) Eh bien ! comment va le commerce ?
le marchand. Bien. Ça reprend. Oh !
il était tems que premier consul se décidât à se faire empereur.
Bonaparte. Tout le monde est donc content?
le marchand. Je crois bien !
BONAPARTE , à Duroc. Tu vois, Duroc...
( Au marchand). Et les Bourbons?
LE marchand. Bah! qui est-ce qui y pense ?
Bonaparte. Il y a des conspirations tous les jours.
le marchand. Oui , parce que tant qu'il ne sera pas empereur et l'hérédité dans sa famille, ils auront l'espoir de revenir, si on l'assassine. Mais quand il faudra assassiner ses trois frères, tout le monde
bah ! — Et puis, tenez, il a un tort, le nremier consul : il s'expose trop. On di<
que tous les soirs il sort déguisé... Eh bien!
qu'est-ce qui empêche un assassin?...
DUROC. Le citoyen a raison, et le premier consul a trot. — Vous entendez.
BONAPARTE. Oui, mais n'est-ce pas le moyeu de savoir ce que l'on pense véritablement de moi. Crois-tu que le danger imaginaire que je cours ne soit pas bien racheté par le plaisir d'entendre faire mon éloge, devoir tout un peuple me regarder omme son sauveur? — Duroc, quand un jour peut-être on m'appellera usurpateur, j'aurai besoin de cette voix de ma conscience qui me criera : Le seul souverain égitime est l'élu du peuple , et qui plus que toi est souverain légitime?...
Pendant ce terns, un homme, qui s'est approché de lui, tire un poignard , lève la main , et va pour le frapper, lorsque l'espion se jelle audevant de lui.)
DUROC. A l'assassin !
l'espion , qui a détourné le coup. On se
MAGASIN ÏUKATBAL.
jette au-devant du couteau, on rceoil le coup, et l'on ne crie pas;
cuis du peuple. A l'assassin !
Bonaparte. Silence! — Je puis être reconnu au milieu de ce tumulte. Donne ta bourse à cet homme qui m*a sauvé , et demande-lui son nom. — A demain aux Tuileries.
((H ton
duroc, à l'espion. La personne que roui avez sauvée désire savoir votre nom.
l'espion. Ai-j. demandé le sien?
DUROC. Voila Sa boni
l'espion , montrant :>un aras. Voilà u
sang.
duroc. Prend».
L ESPION, fêtant la bourse au peuple. Tenez, mes amis, buvez à la saut' du pivmier consul. C'esfi lui qui était tout a L'heure au milieu de vous.
TOUS. Vive le premier consul !
'Erotsicmc tableau.
Les Tuileries.