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UN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE POLYTECHNIQUE

Camarades , ou nous a donné des boulets qui n'étaient pas de calibre , et des gargousses de cendre.

ouvriers. On nous trahit, on nous vend.

l'élève. A l'Arsenal ! à l'Arsenal !

(Des élèves passent au fond, traînant des pièces et portant des boulets.)

ouvriers. Vive l'Ecole Polytechnique !

LVBREDÈcnE. Quels petits gaillards! Si je leur parlais de mes deux irères gelés en Russie ?

TOUS. A Montmartre ! à Montmartre

UN OUVRIER , à Labredèche. Viens-tu à Montmartre avec nous , toi?

labredèche. Non, mes braves, non; je reste ici pour faire des barricades.

UN OUVRIER. Ah ça ! est-ce que tu as peur?

labredèche. Moi, peur ! du tout ; c'est que je n'ai pas de fusil.

l'armurier. Tiens, en voilà un, mon brave.

UN ouvrier. Mets des cartouches dans tes poches , et viens.

labredèche. Dites donc , dites donc, mon ami , faites-moi l'amitié d'éteindre votre cigare. C'est que je sauterais comme une poudrière , moi !

l'ouvrier. Ah! bah!

labredèche. Ce n'est pas pour moi.

mais pour les citoyens que je peux blesser en éclatant.

UN agent de police . Les rassemblemens sont défendus.

UN Ouvrier. Pardi ! si nous nous rassemblons , c'est pour aller nous battre.

DES GENS , se mêlant parmi eux. Mais vous voyez bien que vous êtes trahis. Allez , croyez-moi , n'allez pas vous faire tuer.

OUVRIER , revenant. Mes amis, on ne veut pas nous laisser sortir de la barrière , mille dieux ! Nous sommes plus de dix mille armés. C'est une trahison ! tonnerre !...

OUVRIERS. Forçons les portes.

NAPOLÉON

femmes. Sonnons le tocsin !

tous. Ah ! oui , le tocsin !

Cris qui se prolongent.— Une cstafelte à cheval.)

ouvriers. Quelle nouvelle ? Quelle nouvelle ?

l'estafette. L'empereur ! l'empereur qui revient du côté de Fontainebleau ! il n'est plus qu'à six lieues d'ici. Du courage ! du courage !

UN ouvrier. Nous en avons , si on voulait nous conduire... Ah ! voilà le tocsin ! L'empereur revient , sais-tu ?

UN AUTRfi. Il est à la barrière de Fontainebleau.

UN AUTRE. On dit qu'il est entré déguisé.

UN autre. L'impératrice est partie avec le roi de Rome. (Bruit.) Qu'est-ce que c'est ?

UN autre. Arrêtez! arrêtez ! un homme qui a mis la cocarde blanche.

l'homme , qui se sauve. Mes amis ! mes amis !

un ouvrier. Canaille! brigand! c'est donc toi qui veux nous ramener les Bourbons ?

l'homme. Mes amis, je vous en prie...

ouvriers. Va-t'en ! tu ne vaux pas une balle. A Montmartre , mes amis ! à Montmartre !

UN ouvrier , à Labredèche. Eh bien !

est-ce que tu ne viens pas?

labredèche. Vous voyez bien que je suis en serre-file ; je suis en serre-file, file , file.

UN OUVRIER, courant après ceux qui viennent de passer. Ah ! dites donc, dites donc, vous autres ! avez-vous un fusil , des cartouches ?

LAïuiEDÈCHE. Mon ami, mon ami, voilà votre affaire ; je reviens de la barrière, où je me suis battu comme un démon... voilà le reste de trois cents cartouches , et voilà un fusil qui en a descendu...

l'ouvrier, prenant le fusil. Merci ; mais vous ?

labredèche. Moi , je suis chargé d'une mission importante et dangereuse.

l'ouvrier. Allons , bon courage.

labredèche. Et vous aussi. (L'ouvrier s'en va.) Ramassons cette cocarde. Au fait, ce n'est pas si beau que la cocarde tricolore, mais c'est la couleur de la légitimité. Mettons la légitimité dans une poche , l'usurpation dans l'autre... Dieu décidera la question. Je ne m'en mêle plus, moi : c'est trop embrouillé...

(On entend dans le lointain des cris : )

A Montmartre ! à Montmartre !

(Le théâtre change.^

(Gbiurtoathni ^tobleau.

Fontainebleau.

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