SCENE V
NAPOLÉON , DES MARÉCHAUX , ROUSTAN, un Envoyé , Domestiques Soldats .
NAPOLÉON, s'élançant dans l'appartement.
Des chevaux , des chevaux !
ROUSTAN. On les met à la voiture , sire.
napoléon. Quinzelieues... Quinze lieues de Fontainebleau à Paris : c'est trois heures qu'd me faut. Mes braves Parisiens , comme ils se défendent!
un domestique. Les chevaux sont mis.
napoléon. Partons.
un domestique. Un envoyé du duc de Vicence.
napoléon. Arrivant de Paris ? (A l'envoyé.) Qu'y a-t-il, monsieur?
l'envoyé. Paris s'est rendu, sire...
napoléon. Qu'est-ce que vous dites?
Paris rendu? cela ne se peut pas.
l'envoyé. La capitulation a été signée à deux heures du matin. Et dans ce moment les alliés entrent dans la capitale
NAPOLÉON. Paris rendu ! et dans un moment les colonnes que je ramène de la Champagne déboucheront par la route de Sens.
l'envoyé. Et par la route d'Essonne ; vous pouvez voir d'ici Favant-garde des troupes qui sortent de Paris.
napoléon. Paris rendu! en êtes-vous bien sûr ?
l'envoyé. Demandez aux ducs de Raguse et de Trévise. . .
napoléon. Oh ! Raguse , Raguse, estce vrai que vous avez rendu Paris ?
le duc de raguse. Un ordre du prince Joseph m'a enjoint de traiter.
napoléon. Et l'impératrice ? et mon enfant ? Vous m'en répondez , marécLv1 , d# mon enfant !
32 AGAS1N TIlfiATHAL.
LE Duc DE RAGHTSE. Leurs majestés se sont retirées sur la Loire avec les ministres.
NAPOLÉON; Combien nie ramenez-vous d'hommes , messieurs.
LE DUC de rachjse. Moi , neuf mille.
le duc de trjbvise. Moi , six mille.
NAPOLÉON 3 à Ney. Prince , où sont les roupës que vous commandiez ?
\i:v. Sire , elles rejoignent le quartiergénéral,
NAPOLÉQN. Combien d'hommes? Paris rendu "...
ne Y. Dix mille.
napoléon. Et vous, messieurs?
tvrenteé/ NEÙFCHATEL. Quinze mille, à peu près...
NAPOLÉON. Ainsi donc, j'ai encore ici quarante mille hommes sous la main?
NEY. Oui, mais découragés, fatigués...
napoléon. Qu'est-ce que vous dites , monsieur le prime?
(Il se montre à la fenêtre.)
TOUS LES soldats. Vive l'empereur!
vive l'empereur! Sur Paris! sur Paris!
Marchons sur Paris ! .
NAPOLÉON , revenant. Vous entendez !
eux ne se fatiguent pas, messieurs! Monsieur le duc de Raguse , placez votre quartier-général à Essonne. C'est vous qui serez mon avant- garde.
le duc de raguse. Sire, c'est une grande ♦responsabilité ! . . .
NAPOLÉON. Si je connaissais un homme plus sûr que toi , mon vieux camarade , c'est à lui que je confierais ton empereur. Je serai tranquille , Marniont , tant que tu veilleras sur moi. Monsieur le maréchal de Trévise , vous établirez votre camp à Mennecy ; ce qui viendra de Paris se ralliera derrière votre ligne ; ce qui arrivera de Champagne prendra une position intermédiaire du côté de Fontainebleau. Les bagages et le grand parc seront dirigés sur Orléans. Donnez vos ordres.
LE DUC de tarente , à demi-voix. Il va nous faire marcher sur Paris... Et nos femmes , nos ënfans qui y sont en otages!... Quand finira-t-on ?.. .
NAPOLÉON, se retournant. Hein! vous m'avez entendu, messieurs.
voix dans l'antichambre. Le duc de Vicence ! le duc de Vicence !
le DUC de tarente. Caulaincourt !
NAPOLÉON. Caulaincourt !
LE DUC DE tarente. Quelle nouvelle ?
Qu'y a-t-il , monsieur le duc ? Eli bien ! Paris ?
CAULAINCOURT. Rendu.
les .maréchaux, Les alliés?...
CAULAINC0UB1 . t ;,../.<. a. Lies <•<■ matin.
napoléon. Eh! messieurs*, c'est .1 moi que le duc de Vicence a affaire , ji pense donnez donc vos ordres. Allez, allez. ( // sortent.) Qu'y a-t-il, Caulaincourt? voyou parlez...
CAULAINCOURT. Sire, le sénat a proclamé la déchéance...
\ ipoléon. De qui ?
Caulaincourt. De L'empereur \apo léon...
napoléon. Ma déchéance , à moi ? le sénat?.. Ah ! les malheureux! Avez-vons vu les souverains alliés?
CAULAINCOURT. Tous...
NAPOLÉON. Et Alexandre?
CAULAINCOURT. Oui.
napoléon. Eh bun ' que disent-ils, eus: ? Quelles sont les conditions qu'on impose? Parlez vite... ne voyez-vous pas que je brûle ?
CAULAINCOURT. Il y a un parti violent pour les Bourbons...
napoléon. Les Bourbons! les Bourbons!
C'est moi qui suis l'empereur. Ils m'ont tous reconnu comme tel, ils m'ont appelé leur frère... Les Bourbons! c'est impassible..
CAULAINCOURT, Sire, il n'y a peut-être qu'un moyen de conserver le trône dans la famille de Votre Majesté ; c'est d'abdiquer en faveur du roi de Rome, avec la régence de l'impératrice. . .
NAPOLÉON. Mais , monsieur le duc, j'ai ici quarante mille hommes ; l'ennemi vient d'en laisser douze mille dans les fossés de Paris. Leurs généraux sont dispersés dans les hôtels. En huit jours je peux faire marcher cent mille hommes sur la capitale.
Caulaincourt. Sire, on est las de la guerre...
napoléon. Les Parisiens se réveilleront au bruit de mon canon !...
caulaincourt. Sire , des cris de Vive h roi! rivent les Bourbons ! ont été proféré hier dans les rues ; beavicoup de fenêtre: étaient pavoisées de drapeaux blancs. Sue. au nom du ciel... il m'en coûte... sire, abdiquez en faveur du roi de Rome...
napoléon, Eh ! que diraient mes vieux généraux?.. (Se tournant vers le fond.) Maréchaux , entrez , entrez tous.. . Où est Ra guse ?
UN maréchal. A l'avant-garde...
napoléon. Savez-vous ce qu'on me propose ? une abdication en faveur du roi de Rome...
un maréchal. Et croyez-vous que les souverains alliés s'en contentent ?
napoléon. S'en contentent ?
UN MARECD IL. Alors , sire. . .
NAPOLÉON. Eh bien!...
un maréctial. Il faut abdiquer, puisque le roi de Rome peut être reconnu.
ne reconnaissaient pas le roi de" Rome, nous vous dirions: Sire, non-; sommes prêts à marcher...
NAPOLÉON. Ah! c'est votre avis aussi à vous. .A ous voulez du repos! Ayez-en donc. Ah! vous ne savez pas combien de chagrins et de dangers vous attendent sur vos lits de duvet !.. Quelques années de cette paix que vous allez paver si cher en moissonneront un plus grand nombre que la guerre la plu-;;' isespérée. Allons.. (II de ri t.) « Les » puissances ayant proclaméquel'empereur » Napoléon était le seul obstacle au réta- » blissement de la paix en Europe , l'em- » pereur Napoléon , fidèle à son serment , » déclare qu'il est prêt à descendre du » trône, à quitter la France et même la vie « pour le bien de la patrie , inséparable » des droits de son fils, de ceux de la ré- » gence de l'impératrice , et du maintien » des lois de l'empire...
" Fait en notre palais de Fontainebleau, » le 5 avril 181 4-
» Napoléon. »
Tenez , messieurs : c'est bien ma signature; vous devez la reconnaître : elle est sur tous vos brevets de maréchaux et sur toutes vos dotations de princes .. Partez , monsieur le duc , et portez-leur ce chiffon. C'est la spoliation d'un beau trône. Oh ! si j'avais fait comme eux quand ils étaient comme moi!... Allez, messieurs, et laissezmoi seul. (Au duc.) Tarente etTrévise vous accompagnero n t .