‹ Magasin théâtralChapitre 828 sur 1377 · NAPOLEON, LORRAIN, L'ESPION · texte numérisé non relu

NAPOLEON, LORRAIN, L'ESPION

L'ESPION. Toulon et liberté!

napoléon. Oui ; ne laisse approcher personne : j'ai à parler à cet homme. ( A ''espion.") C'est toi...

l'espion. Oui , sire.

napoléon. D'où viens-tu?...

l'espion. De France.

napoléon. Directement?

l'espion. Non ; par Milan et la Spezzia.

NAroLÉON. Qu'avais-tu vu à Paris?

l'espion. Regnault et...

(Il lui parle bas.)

NAPOLÉON. Que t'ont-ils donné pour moi?

l'espion. Rien; ils ont eu peur que je ne fusse pris et fouillé.

NAPOLÉON. Dis qu'ils m'ont oublié comme les autres.

l'espion. Dites pas plus que les autres.

napoléon. On pense donc encore à moi en France ?

l'espion. Toujours.

NAPOLÉON , s"> échauffant petit à petit. On y fait sur moi beaucoup de fables , de mensonges ! . . . tantôt on dit que je suis fou,

tantôt que je suis malade On prétend

qu'on veut me transportera Sainte-Hélène.. Je ne leur conseille pas. J'ai des vivres pour iix mois, des canons et des hommes pour me défendre. Les rois ne voudraient pas se déshonorer. Ils savent bien qu'en deux ins le climat m'y assassinerait. Comment ;e trouve-t-on en France des Bourbons?

l'espion. Sire , ils n'ont point réalisé l'attente des Français : chaque jour le nombre des mécontens s'augmente.

napoléon , s'échaujfant. Je croyais , lorsque j'abdiquais, que les Bourbons, instruits et corrigés par le malheur , ne retomberaient pas dans les fautes qui les avaient perdus en 89. J'espérais que le roi gouvernerait en bonhomme. C'était le seul moyen de se faire pardonner les Cosaques. Depuis qu'ils ont remis le pied eu France, ils n'ont fait que des sottises. Leur traité • lu 23 avril m'a profondément indigir'-I

on. 39

D'un trait de plume ils ont dépouillé la France de la Belgique : les limites de la France, c'est le Rhin. C'est Talleyrand qui leur a fait faire celte infamie ! On lui aura donné de l'argent. La paix est facile à ces conditions. Si j'avais voulu comme eux signer la ruine ou la honte de la France , ils ne seraient point sur mon trône! mais j'aurais mieux aimé me trancher la main ! . j'ai préféré renoncer au trône que de le conserver aux dépens de ma gloire et de l'honneur français. Une couronne déshonorée est un horrible fardeau. Mes ennemis ont dit que je ne voulais pas la paix ; ils m'ont représenté comme un misérable fou , avide de sang et de carnage ; mais le monde connaîtra ia vérité : on saura de quel côté fut l'envie de verser le sang. Si j'avais été possédé de la rage de la guerre» j'aurais pu me retirer avec mon armée au delà de la Loire, et savourer à mon aise la

guerre des montagnes Ils m'ont offert

l'Italie pour prix de mon abdication ; je l'ai refusée : quand on a régné sur la Fiance, on ne doit pas régner ailleurs. (Une pause.; Mes généraux vont-ils à la cour? Ils doivent y faire une triste figure.'...

l'espion. Ils sont irrités de se voir préférer les émigrés, qui n'ont jamais entendu le bruit du canon.

napoléon. Les émigrés seront toujours les mêmes. Tant qu'il ne s'est agi que de faire la belle jambe dans mon antichambre, j'en ai eu plus que je n'en ai voulu. Quand il a fallu montrer de l'homme , ils se sont sauvés comme des... J'ai fait une grande faute en rappelant en France cette race

antinationale Que disent de moi les

soldats?

l'espion. Ils disent que l'on reverra le petit caporal , et quand on les force de crier Vice, le roi , ils ajoutent tout bas : de Hume...

napoléon. Ils m'aiment donc toujours?

Que disent-ils de nos défaites... je veux dire de nos malbeurs?

l'espion. Ils disent que la France a été vendue.

NAPOLEON. Ils ont raison ! Sans l'infâme défection du duc de... je ne lui ferai paj l'honneur de prononcer son nom , les alliés étaient tous perdus .. il n'en serait pas

échappé un seul Ils auraient eu aussi

leur vingt-neuvième bulletin ! Le maréchal est un misérable. Il s'est balafré pour jamais ; il a perdu son pays et livré sou prince ; tout son sang ne suffirait pas pour expier le mal qu'il a fait à la France. C'est si mémoire qu'il me faut ! j'y attacherai le moi f m h ■■'son, et je la dévouerai à l'exécra-

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lion de la postérité. (Une pu use.) D'après c. que tu viens de m'apprendre , je vois nue iiMiu opinion sur la Fram e esl i vicie. La race des Bourbons n'est plus en état de régner; sou gouvernement est bon pour les piètres, les nobles et les vieilles comtesses, et ne vaut lien pour la génération actuelle. Oui , le peuple a été habitué <! ms a révolution a compter dans l'état... il ne i ede\ ieiui a pas le patii ut «le la nob] et de l'église. L'arjnée ne sera jamais aux Bourbons; nos victoires et nos malheurs oui établi entre elle et moi un lien indestructible. Avec moi , elle peut retrouver la puissanceet la gloire ; avec les Bourbons, elle n'attrapera que des injures et des coups. Les rois ne se soutiennent que par l'amour ou la crainte ; et les Bouillons ne sont ni craints ni aimés... Ils se jetteront d'euxmêmes à bas du trône; mais ils peuvent s'y maintenir long-tems! Les Fran; ;. ne savent point conspirer !... il faut que je les aide; ils n'attendent que moi. J'ai pour moi le peuple , l'armée... et contre moi pielqms vieilles marquises dont les carlins n'oseront pas même aboyer di rrière mon

ombre Yllons ! le jour (pie j'attendais

est levé; l'heure est venue. Le sort en est jeté... Monsieur le grand maréchal!

Monsieur le maréchal; avez-vous lait vos adieux à votre femme ?

Il GRAND- M Alt ÉCH AL. Kl pourquoi , sire.' Vous ne me renvoyez pas, je l'espère. • ■

napoléon. Non, mais je vous emmène.

LE GRAND-MARÉCHAL, l'uis-je savoir.'..

napoli ON. Tout à l'heure. ( Les soldais

arrivent ou son de lu musique, qui exécute :

i ■' salut de l'empire. Napoléon/ait

un signe , //; musique cew.) Soldats ! vous

avez (oui quitté pour suivre voire empe-

malhi un ux... aussi votre empeu m

vous aime. Soldats, j'ai encore compté sur

dei tiièi e campagne. Depuis un mois le brick C Inconstant et trois felouques sont préparés par uns • , armés en guerre , approvisionnés . huil jours. Mes quatre cents grena- .; le brick avec moi; les i s corses, les centehevaumais I i ' > ii t la traversée sur les

felouques. Soldais! je n'ai plus qu'un

mot à vous dire : Nous allons en Fiance, nous allons à Paris.

LES SOLDATS. En France ! à Paris ! vive la France! vive l'empereur!

LORRAIN. Cré coquin!... je sulFoque.

(On entend un coup «le canon.)

napoléon. Voilà le signal du départ.

Amis! la première' terre que nous verrons sera la terre de France. A vos rangs! grenadiers; en avant, marche!

(La musique exécute l'air : Ali. ça ira , ça ira, pendant ijue l'armée descend.)

lorrain. Eh bien! on m'oublie, moi!

on ne me relève pas ! je suis sacrilié dans une île déserte !...

'ESPION. Donne j'achèverai ta faction. C'est moi qu'on oublie.

(L'armée descend dans les canots. — Le théâtre change.

.,,s MÊMRS, LE GRAND -MARÉCHAL.

LE GRAND-MARÉCHAL. Sire !

NAPOLÉON, 'don armée est-elle prête?

LE GRAND-MARÉCnAL. Elle s'avance , s, Ion l'ordre de votre majesté, pour pas i sa revue sur le port... On entend le tambour d'ici.

NAPOLEON, fui donnant du petits soufflets.

Bte-ljïïitiéme 'Subirent.

Une salle du

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