‹ Magasin théâtralChapitre 829 sur 1377 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

LA \TARQJ [SE, LABR.EDECHE, LA- FEUILLADE , Les Grands Parens , On Anne, La Pf.tite Cousine , donnant le lu-as a Lafeu'llade.

\ \ VALET, ouvrant lu porte du salon. Madame la marquise de Lafeuillade est

S . \ le.

i.\ marquise. Combien je remercie

madame la baronuedeCorbellede m'avoir

cctu'é le plaisir de vous recevoir, mo:i-

Gci main.

sieur ! . . . et vous d'avoir bien voulu accepter ce petit dîner de famille !

L \BREDÈCHE. J'étais loin de m'attendre, madame la marquise, quand j'entrevis monsieur l'autre jour chez son excellence, que j'aurais le plaisir de me trouver avec lui à la table de ses respectables païens... [Lisant 1rs étiquettes.) Le chevalier de Labredèche.

J. \ MARQUISE. Madame la baronne de Corbelle n'ayant pu me dire quel était précisément votie titre, à tout hasard , j'ai mis chevalier...

NAPOLEON

i. \bredi» m;. Lie n'est pas précisément le mien... Quelque chose de mieux ! Mais j'aime beaucoup ce titre, c'est celui que je portais à l'époque où mon malheureux père !... d'ailleurs chevalier a quelque chose de loyer , de galant , de français enfin... On dit : Le chevalier de Lauzun... le chevalier de... de... de... enfin, nous avons beaucoup de chevaliers...

LAdFEUILLA.DE. Et. monsieur le chevalier espère obtenir ce qu'il sollicite ?

LABREDÈCHE. Oh! sans doute ; je suis nue victime de l'ancien gouvernement.

UN GRAND PARENT. À propos!... vous savez, marquise : il ne s'appelait pas Napoléon... On a découvert cela.

TOUS. Et comment s'appelait-il donc?

le grand parent. Il s'appelait. . . Nicolas.

LABBEDÈCHE. Vraiment!

LE Grand parent. Foi de gentilhomme !

c'était aujourd'hui dans la Quotidienne... Il s'appelait Nicolas.

labredèche. Nicolas ! Nicolas ! quel

nom roturier

l'abbé. C'est celui d'un grand saint.

LABREDÈCHE. Eh bien ! il avait usurpé le nom de votre grand saint; cet hommelà ne respectait rien.

l'abbé. Rien... c'est le mot. Il avait décrété la liberté des cultes.

UN monsieur. Il ne croyait pas à la médecine.

LABREDÈCHE. Il dînait en dix minutes...

Hein! quel homme dénaturé! Je disais donc que le ministre, qui a de grandes bontés pour moi , s'étant assuré que ma famille avait tout perdu à la révolution, que mon père avait été fusillé, que moi-même j'avais pris une part active à la guerre de la Vendée...

LA marquise. vous étiez

dans la Vendée ?

labbedÈche. Oui , madame , à la fameuse bataille de Torfou, où Kléber et ses trente mille Mayençais ont été battus par nous. . Il n'en serait pas resté un , madame, si Kléber n'avait pas appelé un de ses aidesde-camp nommé Schvvardin, et ne lui avait pas dit : « Schwardin , prenez deux cents <> hommes et allez vous faire tuer au pont » de Beausset ; vous sauverez l'armée. » Hein! quel despotisme !

LE grand parent. Pardieu! s'il m'avait ordonné cela à moi, je lui aurais répondu : « Je n'ai pas d'ordres à recevoir d'un ré- » publicain, d'un bleu, d'un brigand, » d'un roturier comme von;... »

l.vbredècde. Eh bien ! il n'osa pis lui répondre cela.

LA MARQUISE. EitV...

LAFEUILLADE. Il répondit : <« Oui , gé- » néral, » et se lit tuer.

LE GRAND PARENT. Le lâche!...

LABREDÈCHE. Je disais donc que le ministre, voyant tous mes droits, m'a renvoyé au roi. De sorte que je vais profiter de la première occasion de mettre sous les yeux de sa majesté le tableau des pertes que j'ai laites... Mais je ne sais comment arriver jusqu'au pavillon Marsan. Je n'ai pas encore pu obtenir mes entrées à la cour...

LA MARQUISE. Mais voici mon frère qui est maître de la garde-robe et qui fera...

la petite cousine. Ma tante, le maître de la garde-robe, n'est-ce pas celui qui...

la marquise. Taisez-vous, petite

Quand on va se marier , on ne dit pas de ces choses-là.

labre DÈCHE. Mademoiselle va se marier! et quel estl'heureux mortel?...

la marquise. C'est mon fils. Un mariage de convenance — de fortune. La petite , telle que vous la voyez, a vingtneuf quartiers.

LABREDÈCHE. Et monsieur le marquis?..

la marquise. Trente-un.

LABREDÈCHE. Mais c'est fort joli !... vingt-neuf quartiers qui en épousent trenteun, cela fait un total de soixante... Je n'en ai encore que onze, moi.

le grand parent. Mais , monsieur le chevalier, le nom de Labredèche ne m'est pas particulièrement connu. .. Je sais pourtant mon d'Hosier par cœur.

labredèche. C'est un nom vendéen.

le grand parent. Il y a dans la noblesse vendéenne un Labretèche?...

labredèche. Labredèche.

LE GRAND PARENT. Tèche.

labredèche. Dcchc! dèclie! dèchc! ..

le grand parent. Ah ! je me le rappelle, monsieur... Mais il me semble qu'à l'occasion du sacre, l'usurpateur vous avait accordé...

LABREDÈCHE. Oui , c'est vrai , il m'a flétri d'une pension de douze cents francs. . . Je l'ai refusé! mais il m'a menacé de me

faire fusiller , et vous concevez C'est à

cette même époque , monsieur le baron , qu'il vous imposa le titre de comte...

LE GRAND parent. Oui, oui ; mais heureusement il est tombé, le despote !

labredèche. Oui , heureusement !

LE GRAND parent. Et j'ai perdu mon titre.

LABBEDÈCnE. Et moi ma pension.

LE GRAND parent. Mais je réclame mon titre.

LABREDÈCHE. Et moi ma pension...

MAGASIN XIIKAI11AI.

LE GRAND PARENT. Nous les aurons, mou .uni , nous 1rs .niions

LARREDÈGI1E , a /mil. 11 m'a appelé son ami, son ami! un homme qui voit ions les jouis le roi lue ,\ (ace '■ ■ . ( [Avet ' enthousîatwc,) Ali ! monsieur le grand-maître ! oui, le bon (cuis va revenir! D'abord, monsieur le colonel, j'espère bien qu'on ne e battra plus l'hiver ; on prendra ses quartiers depuis le mois de septembre ou d'octobre jusqu'au printems... Quant à nous qui avons émigré, car j'ai émigré, moi, madame, un «les premiers même, on nous rendra nos biens que des spoliateurs...

l'arRÉ. Et ceux du clergé , j'espère!

larredèciie. Comment donc ! roaiscertainement ; chaque évêque rentrera dans ses droits de vasselage , chaque...

LA PETITE COUSINE. Ma tante, qu'estce que c'est que le droit de vasselage ?

LA marquise. Chut donc , petite! Vous faites des questions d'une inconvenance...

larredèciie. Chaque évêque aura mille paysans , chaque curé sa dîme, et le plus

petit abbé ses six mille francs de rente, rien que poui donnir, et le double s'il ronfle. ..

le grand parent. Ah! monsieur ; ce teins est encore bien éloigné...

LARREDÈCIIE. jNous y loin lions , monsieur, nous y touchons! Voyez la Qiiuti~ dienne , la Gazette, journaux bien estimables! pelit à petit on fait «les empiétcmens sur la révolution. La tiliis conniicncci à être de mauvais ton; l'aile de pigeon reprend faveur, et la queue pointe imperceptiblement... Quant à ces daines , elles ont toujours été de l'opposition : elles n'ont pas quitté le rouge.

LA marquise, se levant. Messieurs, si vous voulez passer au salon , le café nous j attend.

LARREDÉCHE. Madame la marquise!

LAFEUILLADE. Ma petite cousine!

LE GRAND PARENT. Ma chère Sd.ui !

LA MARQUISE. L'abbé , apportez Cocotte.

L'ahhé prend la perruche sur son liàlon cl ferme la marche. — I.c théâtre chanjic.

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£i*-ttcu»icme "eoblcau.

Le pont du vaisseau.

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