‹ Magasin théâtralChapitre 946 sur 1377 · LE A · texte numérisé non relu

LE A

Charles!

chaules.

Je n'ai rien dit; oh! chaque mot déchire Un voile, et l'on m'écoute, et je puis donc tout dire ! — Et quand un homme ainsi, comme à sa nuit d'hy- Effeuille vos seize ans avec sa propre main , [men, Et vousdit, plein d'amour comme vous d'innocence, Qu'on doit à son époux sa seconde naissance , Plus tremblant que vous-même, il se jette à genoux. Celui-là, c'est l'amant; celui-là, c'est l'époux!

(Il se met à ses pieds. — Gabriel entre.) GABRIEL.

Votre épée...

CHARLES, à Lea.

Ah! — Lea! gardez votre pensée, Gardez sur tout cela la paupière baissée... Gardez votre silence et taisez-vous; un mot Pour moi , ce serait tout ; pour vous, ce serait trop... Je reviens...

LEA

Avez- vous votre escorte? il fait sombre, Et j'aurai peur pour vous.

CHARLES

Peur! que craignez-vous?

LEA

L'ombre.

CHARLES

Ce serait Balaal, je lui dirais : Va-t'en, Les bienheureux n'ont rien à faire avec Satan. ( Il la prend par la main et la mène à son prie-dieu.) Voilà votre prie-dieu ; ce soir, après la votre, Si je ne suis pas là , vous en ferez une autre...

* LEA

Pour vous...

CHARLES

Et vous prierez...

LEA

Jusqu'à votre retour.

CHARLES

Et dites tout à Dieu... Dieu partage l'amour.

(Il lui baise la main et sort.)

LEA, au prie-dieu, sous l'inspiration de Chai les et toute tremblante d'elle-même.

Vierge d'amour, Vierge des âmes, Sainte Vierge Marie, ô vous !

Patronne de toutes les femmes, Veillez sur lui , veillez sur nous !

J'aime cet homme des batailles , Qui combat et donne ses jours A Dieu , le fruit de vos entrailles , A Dieu le fruit de votre amour.

Il combat pour voire défense,

Et comme votre cavalier,

< l'est votre chevalier de France ,

Et j'aime votre chevalier !

Ah ! qu'il vienne et vienne à toute heure , Vierge ! qu'il vienne avant le jour ; Il a parfumé ma demeure D'ivresse et d'ivresse d'amour !

Je l'attends , ô Mère céleste !

Je frissonne au bruit de ses pas...

Vos auges savent tout le reste...

Et vous , ne le savez-vous pas?

(Entre Istnaè'l.) ISMAEL.

Lea , relevez-vous ! au nom de la Judée , Au nom de votre foi , promise et mal gardée.

LEA

Gabriel?

Non , c'est moi.

LEA

Vous , ah!

ISMAEL

Rassurez-vous, Ce n'est pas votre amant , ce n'est pas votre époux.

LEA

Ismnël !

ISMAEL

Ismaël , vous chercheriez sur terre Un nom plus malheureux. Oh ! silence !

LEA

Ma mère !

ISMAEL

Et qu'on ne dise pas : Elle a reçu , la nuit , Deux hommes.

LEA

Malheureuse !

ISMAEL

On viendrait, pas de bruit !

D'un mot on flétrirait...

LEA

Mais le comte?

Oli ! le comte...

Vous ne comprenez pas. Je dis que votre honte Serait qu'on nous surprit seuls, entendez-vous bien? Et je crains, c'est pour vous. Après, je ne crains rien! Vous, femmes, vos amours sont changeantes et folles, Le moindre vent qui passe emporte vos paroles ; Mais l'homme à qui l'on donne une fois ses amours Les garde dans son cœur et les garde toujours... Cette nuit, cette nuit vous n'avez plus d'enfance , Car vous êtes sa femme.

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