‹ Magasin théâtralChapitre 968 sur 1377 · SCENE IL LE C031TE, FABIUS, à qui un domestiqué n · texte numérisé non relu

SCENE IL LE C031TE, FABIUS, à qui un domestiqué n

montré le Comte.

Vous m'avez fait demander plusieurs fois, oion-

LE FILS DE LA FOLLE

sieur le comte, veuillez m'excuscr si je ne me suis pas rendu plus tôt à vos ordres.

le comte, assis près de la table, à fauche. Oui, je sais L'accident qui vous est arrivé. Vous soupçonnez Grand-Louis , in'a-t-on dit , d'être l'auteur de ce guet-apens.

FABIUS

îl n'en a peut-être été que l'instrument, monsieur le comte; mais ce n'est pas cela qui m'eût empêché de me présenter au château,.

LE COMTE

Quelle crainte vous a donc arrêté?

FABIUS

Aucunecrainte, monsieurlecomte;mais, comme je le redoutais hier, ma mère s'est irritée de mon absence... des circonstances que je ne pouvais prévoir ont porté cette exaltation jusqu'à un délire effrayant. Elle s'est échappée de la maison, et j'ai passé toute la nuit à sa recherche.

LE COMTE

Et vous avez fini par l'atteindre, sans doute?

FABIUS

Non , monsieur le comte ; mais en la suivant pas à pas et quelquefois en faisant obstacle à sa fuite, je suis parvenu à la ramener à peu de distance du château. Ma sœur, qui a beaucoup plus d'empire que moi sur l'esprit de ma mère, est venue prendre ma place, et c'est alors qu'elle m'a dit que depuis ce matin vous m'aviez envoyé chercher plusieurs fois.

LE comte, se levant.

Et vous vous êtes empressé d'obéir, c'est bien.

FABIUS

Rien, monsieur le comte, ne me fera oublier le bon accueil que j'ai reçu de vous; et quoi qu'il arrive, la reconnaissance que je vous dois sera la règle de ma conduite.

le comte.

Ce que j'ai fait pour vous ne vaut pas la peine d'en parler. J'avais besoin d'un secrétaire, je vous ai trouvé ; en vous payant quatre fois plus que ne vous rapportait votre place d'instituteur dans ce village, je n'ai pas estimé vos services plus qu'ils ne valaient. Donc, si j'accepte votre reconnaissance, ce n'est pas parce qu'elle m'est due, mais parce que je veux la mériter.

FABIUS

Je vous écoute, monsieur le comte.

LE COMTE

Par des raisons que je ne puis vous expliquer, vous ne pouvez continuer à remplir ici les fonctions que je vous y avais données.

fabius, avec dignité.

Par des raisons que je désire que vous ne sachiez jamais, monsieur, j'ai dû renoncer moimême à ces fonctions.

le comte, l'examinant.

Ces raisons...

le comte, l'interrompant.

Je ne vous les demande pas. {Après un mom< nt

de silence et avec un commencement de hauteur.) Mais puisque nous nous sommes si bien rencontrés dans nos résolutions pour le présent, je désire savoir s'il en est de même de celles qui concernent votre avenir.

fabius, digne, mais soumit.

Je n'en ai point encore d'arrêtées, monsieur le comte; j'en sais assez pour comprendre que ma présence est impossible dans votre maison, mais j'ignore comment je dois la quitter.

LE comte, avec une intention menaçante.

Eh bien, je puis vous donner à ce sujet un conseil que je crois aussi bon pour vous que pour moi. Voici donc ce que j'ai arrêté, moi: je possède... vous entendez bien, il ne s'agit point des propriétés de ma pupille, qui doivent passer dans les mains de mon fils. .. je possèdeentre Grenoble et Gap une forêt dont la gestion a été confiée à un homme dont je ne soupçonnais encore que l'incapacité, et dont la friponnerie vient de m'être démontrée.

FABIUS

C'est un malheur qui ne suit que les grandes fortunes.

LE COMTE

Eh bien, Fabius, c'est cette gestion que je désire vous donner. J'ai besoin d'un honnête homme et d'un homme intelligent, et je n'ai pu mieux choisir.

Je me sens fier de vos éloges, monsieur le comte, mais je dois vous faire observer... LE COMTE, en appuyant.

J'attacherai des appointerons convenables à cette gestion, à la condition que vous partirez immédiatement.

FABIUS

Monsieur le comte...

le comte, insistant.

Vous aviez quinze cents francs ici, partez, et je porterai ces appointemens à mille écus.

FABIUS

Monsieur...

LE COMTE, vivement.

Je les porterai...

fabius, avec dignité.

Vous les porteriez à toute votre fortune, que je n'accepterais pas.

LE COMTE

Monsieur...

FABIUS

Ne jouons pas plus long-temps cette comédie, monsieur le comte; vous savez pourquoi je me retire, comme je sais maintenant pourquoi vous me renvoyez.

le comte, avec hauteur.

Eh bien, puisque nous nous sommes si bien compris, vous devez sentir que mes offres vont au-delà de ce que vous pouviez espérer.

FABIUS

Peut-être, si j'étais venu ici pour faire un marché...

LE COMTE

il me semble que ce n'est pas le premier qui a eu lieu entre nous.

FABIUS

C'est vrai, monsicurlc comte, le pauvre a vendu son travail au riche, et le riche a payé le travail du pauvre. Vous étiez le maître, et moi le serviteur; mais ici il n'y a plus ni serviteur ni maître, il y a un père qui s'est fait responsable de la conduitedesonfils puisqu'il l'a éloigné, il y a un frère qui vient protéger l'honneur de sa su'ur, et sur ce terrain nous sommes égaux, monsieur le comte. le comte, avec colère.

Égaux! vous vous trompez, monsieur, il y a encore entre nous toute la distance qui sépare l'honnête homme qui veut paternellement cacher une faute dont il n'est pas coupable, de l'insolent qui veut en faire un scandale pour en proliter. FABIUS, avec un cri.

Et vous aussi!... ah! monsieur... [Après s'être remis.) Monsieur le comte, je vous ai trompé... quand je suis venu ici, c'était moins pour me rendre à vos ordres que pour y rencontrer quelqu'un qui n'eût pas osé me parler comme vous venez de le faire, ou à qui j'eusse pu répondre comme je le dois, s'il avait eu cette imprudence. Permettez-moi donc de me retirer.

LE COUTE

Cet adieu est une menace, monsieur.

FABIUS

Pour vous, non, monsieur, et je désavoue mes paroles, si elles ont pu vous le faire croire. le comte, à part, pendant que Fabius le salue pour s'éloigner.

L'intérêt ni la crainte ne le feront céder ; il faut m'adresser ailleurs. (Doucement et à Fabius en le ramenant.) Voyons, Fabius, pas d'emportement, j'ai ea tort.

FABIUS

Ah! monsieur...

LE COMTE

Oui, mais comprenez ma position , comprenez la vôtre: vous voulez chercher querelle à mon fils; il est homme de cœur et vous répondra... ce sera un duel... oui, Fabius, car vous l'avez dit: devant une question d'honneur, tous les hommes sont égaux : qu'en résultera-t-il? que vous aurez fait une affaire grave de ce qui n'est peut-être qu'une imprudence des deux parts.

FABIUS

Le croyez-vous, monsieur le comte?

LE COMTE

J'ai interrogé mon fils, et il m'a juré que votre sce'ir •''ait restée di^ne de vous.

FABU S

Je voii'irau n'en pas douter.

Mais que vous a-t-elle dit, enfin?. ..L'avez-vous interrogée?...

FABIUS

Oui... elle a essayé de se défendre.

LE COMTE

Vous voyez bien ! Dans les brusques mouve-

| mens de votre coeur , vous allez toujours au-delà du vrai... Je veux la voir, lui parler, el lî elle est

innocente, comme je n'en doute pas, la consoler d'une espérance à laquelle elle n'a pas assez réfléchi.

FABIUS

Vous désirez voir ma sœur?

LU COMTE

Ne trouvez- vous pas cette démarche convenable de la part d'un père ?

FABIUS

D'un père?... Voyez ma sœur, voyez-la, et Dieu veuille qu'ellesoit innocente, comme vous l'espérez. le COMTE , a part.

Flic le sera. (Haut.) Veuillez donc l'avertir que je désire lui parler. Je me rendrai chez vous ce soir, vers dix heures. Mais j'aperçois Fanny, je n'ai pas besoin de vous dire qu'elle doit luut ignorer.

FABIUS

Je n'ai pas oublié votre noble conduite d'hier: en imposant silence a Grand-Louis...

K Vill s.

J'ai fait ce que je devais ; si ce qui est arrivé n'est qu'un malheur... elle du moins n'en aura pas souffert... à ce soir, monsieur.

LE COMTE, a pari.

D'après ce que m'a dit Grand-Louis... je crois que je m'entendrai mieux avec sa sœur. FASNï , au fond.

I Ah! c'est lui, enfin.

fabius, à part.

File vient, sans doute, pour m'interroger, et . je ne peux plus, je ne veux plus lui répondre. le COMTE, a part.

J'ai précisément la les fonds que m'a remis i Grand-Louis.

FA>ny, entrant.

Bonjour, monsieur Fabius.

fabius, saluant et sortant.

Mademoiselle.

Il sort.

LE COMTE, à part, en se dirigeant vers sou cabinet.

Allons prendre toutes nos mesures pour qu'ils ! partent ce soir.

FAHNT, roulant arrêter le Comte.

i Dites-moi, mon oncle.

le comte.

Pardon, mon enfant, j'ai à m'occuper d'une af- ; faire importante.

Il sort par le côte droit.

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