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SCENE III

FANNY, seule.

Qu'ont-ils donc l'un et l'autre? ils me laissent

j toute seule; c'est u:i fait exprés. Pour la première

, depuis deux mois, mon cousin Achille vou-

I/K FILS VA. LA l-'OLLK.

laii bien passer la journée au château. Précisément, mon oncle lui donne une commission pour Grenoble; ce n'est pas ça qui m'a beaucoup contrariée, parce que j'ai pensé que Fabius pourrait me parler plus librement, et me donner les informations qucje lui ai demandées; et maintenant voilà qu'il s'en va en me saluant d'un air triste et glacé... peut-être cela vaut-il mieux. J'ai eu tort de m'adresser à ce jeune homme; il s'est peut-être exagéré le motif de la confiance que je lui accorde. 11 en faudrait mille fois moins à Achille pour se croire adoré... etqui sait si Fabius... Allons , estce que je suis folle?... lui s'imaginer qu'il peut intéresser quelqu'un? Il est plutôt disposé à se juger comme tout le monde le juge, et je suis sans doute la seule qui ai compris tout ce qu'il y adenoblcetdebon sous cette enveloppe grossière. (Rêvant.) N'est-ce pas la une chose bien étrange? mon oncle se trouve avoir besoin d'un copiste, il s'adresse à un pauvre maîtred'école, et voilà qu'il rencontre un homme d'une instruction profonde et solide; cet homme gauche, ma! vêtu, demeure un jour dans ce salon, j'ouviepar ennui ce piano, et voilà qu'aux premières notes, il me critique, me conseille, et s'en empare comme un habile musicien. C'est pourtant vrai; a ce moment, j'ai cru à une ruse, à un déguisement de la part de cet homme; mais la vérité de tout cela s'est bientôt montrée d'elle-même. Un enfant abandonné, élevé dans un hospice entre un vieil oratorien et un pauvre organiste chassés de leurs, couvens; deux ^ icux prêtres qui n'avaient qu'un élève, et qui lui ont légué toute leur science. Triste héritage sans doute, qui a élevé son cœur sans changer sa position. Hélas', le temps est passé des révolutions et des fortunes rapides comme celle de ma famille, et peut-être eût-il mieux valu pour Fabius rester un pauvre ouvrier... comme il est probable que j'eusse été plus heureuse, si mon père, au lieu de s'enrichirpardes spéculations hardies, m'eûtlaissée dans la classe où il était né... Alors, si j'avais rencontré Fabius, et qu'il m'eût aimée, je l'eusse peut-être aimé aussi... et je ne souffrirais pas comme je souffre.

Elle rrsîc assise cl rêve sur un fauteuil à uauclie.

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