‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 104 sur 187 · DEUXIÈME PÉRIODE PALÉONTOLOGIQUE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÉRIODE PALÉONTOLOGIQUE

Les géologues caractérisent cette époque par la présence du vieux grès rouge, du calcaire carbonifère, arkoses, poudingues et houille.

Le paysage qui se développe à nos yeux est d'un tout autre aspect que celui de l'époque précédente. Les eaux se sont retirées dans des bassins limités, et des continents plus ou moins grands ont succédé aux mers sans bornes. Des forêts couvrent les vallons d'une verdure étrange qui n'a rien de commun avec la végétation d'aujourd'hui. Cent trente-sept espèces de fougères, la plupart d'une taille gigantesque, disputent le terrain à soixante-huit espèces de lycopodes qui tantôt rampent sur la terre, tantôt s'élancent en longs festons pendants ou grimpants autour des troncs raboteux des fougères, ou quelquefois se balancent avec grâce sur des tiges grêles et longues de soixante-et-dix pieds. Seize prêles élèvent leurs têles nues au milieu de ces masses de feuillage, dont quelques marciliacées viennent varier les teintes pittoresques. Tous ces végélaux, alors comparables pour la taille à nos chênes et nos peupliers les plus élevés, rampent encore aujourd'hui dans nos forêts, mais les plus grands peuvent à peine cacher un lièvre ou un timide chevreuil.

Cà et là vous auriez vu, sur le sol formant les premières fondations de la France, et même de Paris, quelques bouquets de palmiers balançant dans les airs leurs têtes gracieuses en parasol, tandis que d'autres arbres monocotylédons épanouissaient leurs belles fleurs aux douces influences du printemps. Sur le penchant des hautes montagnes s'étendaient de vastes rideaux de conifères, tels que cyprès, ifs, pins, etc.

Vous voyez que la nature suit, pour l'organisation végétale, la même marche que pour les animaux, celle du simple au composé. Les premières plantes appartenaient à la classe des végétaux cellulaires, dont toute l'organisation consiste en de petites cellules membraneuses appliquées les unes contre les autres; ils n'ont ni feuilles, ni racines, ni sexes. Si l'on n'en trouve aucuns vestiges fossiles, c'est qu'ils ne sont pas

d'une substance assez solide pour pouvoir se conserver. Telles sont les moisissures, etc. Vinrent ensuite les végétaux vasculaires, qui ont des vaisseaux, et dont l'organisation est par conséquent un peu plus compliquée; comme les prêles, les lycopodes, les fougères; ensuite les phanérogames monocotylédones, qui, les premières, offrent des fleurs et des sexes distincts (élamines et pistils); par exemple les palmiers et les conifères. Dans les périodes suivantes, vous verrez paraître des plantes dicotylédones, mais elles viendront les dernières parce qu'elles sont les plus parfaites.

Dans la période précédente, je vous ai parlé de trilobites, animaux moitié crustacés, moitié mollusques. La nature semble, dans cette période, les dédoubler pour former une nouvelle grande classe, celle des animaux articulés, comprenant d'abord les crustacés (crabes, écrevisses, etc.,) et celle des insectes. Ici, l'arbre généalogique de l'organisation jette une branche latérale dont l'extrémité ne se rattache à aucune partie du tronc. La base de celte branche se compose de crustacés; le milieu, d'inseetes céléoptères analogues aux hannetons, aux bousiers, etc.; l'extrémité, d'arachnides renfermant plusieurs sortes d'araignées. Les débris fossiles de ces animaux ont été trouvés en Angleterre, dans le Northumberland.

Si nous reprenons le tronc généalogique où nous l'avons laissé, c'est-à-dire aux mollusques, nous le verrons éprouver, pendant cette époque, une grande modification, et le sein des eaux se peuplera de poissons, mais d'une forme étrange , bizarre, et qui n'a aucune analogie avec les poissons que nous connaissons aujourd'hui.

Voici les premiers animaux vertébrés qui aient paru sur la terre, et, comme vous le voyez, il n'en existait point encore qui eussent une véritable respiration aérienne, c'est-à-dire qui respirassent par des poumons. Ce pas énorme était difficile à franchir sans intermédiaire. Aussi la création a-t-elle suivi ici la même marche que le doigt de Dieu lui avait tracée jusque là, et parurent les megalichthys. Figurezvous des sortes de monstres moitié poisson, moitié reptile, se traînant sur la vase du fond de la mer, et sortant des eaux de temps à autre pour ramper sur le sable des rivages et jouir des rayons du soleil.

— Quoi, me direz-vous, des animaux qui vivent à la fois dans l'eau et sur la terre ! vous ressuscitez là le vieux préjugé de nos pères qui croyaient aux amphibies, préjugé qui a été victorieusement réfuté par nos modernes naturalistes. Ouvrez le livre de ces derniers, et vous verrez qu'un animal vertébré ne respire que par des branchies ou ouïes propres à décomposer l'eau , comme les poissons , et ceux-là ne peuvent vivre que dans leur élément qui est l'eau; ou par des poumons propres à décomposer l'air , et ceux-là ne peuventvivre que dans l'air. Donc, selon eux, un amphibie est un être impossible,

— Mais, si les megalichthys avaient â la fois des branchies et des poumons?

— Impossible, vous dis-je; comment le prouveriez-vous?

— Comme je vais le faire : par l'analogie. Il existe dans les eaux souterraines de la Carniole, un petit animal que l'on nomme protée anguillard (proteus

anguimts , Cuv.), gros comme le doigt, et long d'un pied, il queue comprimée verticalement et munie de nageoires comme celles d'une anguille, à quatre rudiments de petites jambes, dont les antérieures sont munies de trois doigts, et les postérieures de deux seulement. Il a des poumons comme tous les reptiles, et s'en sert pour respirer l'air quand il sort de l'eau pour ramper sur les rochers. Alors il témoigne sa colère ou son amour par un petit cri très aigu. Replongé dans l'eau il redevient muet comme tous les poissons, et ses poumons lui sont inutiles; il respire alors par des branchies qu'il porte de chaquo côté de la tète. Sa peau est lisse, transparente, recouverte, comme celle des poissons, d'une mucosité très épaisse. En un mot, ôtez-lui ses pattes de reptile, ses poumons de reptile, et c'est un véritable poisson.

La sirène (sir en lacer tina, Lin.), quihabite les marais de la Caroline, est un peu plus près des poissons que le protée, car elle n'a que des pieds de devant et ceux de derrière manquent encore , ainsi que le bassin dont elle n'a pas le moindre fragment , et cependant elle respire aussi, à volonté, par des poumons et des branchies.

Vous voyez donc que les megalichthys ont encore leurs analogues dans la nature vivante, et que leur existence n'a rien de merveilleux. Encore un pas, et nous aurons de véritables reptiles, des animaux à respiration aérienne; la nature le fit, et parut la première tortue. Mais n'allez pas vous figurer qu'elle naquit tout à coup avec cette carapace ou cuirasse osseuse qui défend ordinairement le dessus et le dessous du corps de ces animaux; non, les gradations n'eussent pas été suffisamment observées. Aussi étaitce une trionyx ou tortue molle ; elle n'avait point d'écaille, mais une peau molle pour envelopper sa carapace et le plastron, et ceux-ci ne sont encore ni l'un ni l'autre, complètement soutenus par des os ; la surface des côtes est très raboteuse, comme prête à se souder au plastron; il n'y a encore que trois doigts qui soient munis d'ongles, car cette tortue est le premier animal onguiculé qui ait paru sur la terre; son bec est encore revêtu en dehors de lèvres charnues, et, comme si tout devait être bizarre à cette époque, son nez se prolongeait en une petite trompe, et son anus était percé au bout de la queue.

Une chosequi a beaucoup embarrassé lesgéologues, c'est d'expliquer comment des palmiers et autres arbres qui ne croissent aujourd'hui que dans la zone torride, pouvaient alors croître dans le nord et à Paris ; comment des animaux des pays chauds pouvaient vivre en Auvergne et en Sibérie ; comment des fougères, des prêles et des lycopodes , qui atteignent à peine quelques pieds de hauteur aujourd'hui, pouvaient alors avoir une taille gigantesque. Quant à moi, j'aurais expliqué cela tout simplement par une différence physiologique d'organisation dans ces êtres antiques, et j'aurais fait remarquer que cette différence n'est pas aussi grande qu'on l'imagine au premier abord, et qu'elle disparaît même, en quelque façon, si on la compare à la différence d'espèce qui existe entre les végétaux et animaux fossiles, et ceux d'aujourd'hui. J'aurais fait observer que parmi les familles qui abondent dans les contrées les plus brùantes, quelques espèces supportent très bien une température froide, et j'aurais cité en végétaux des

yucca, des aloès, des cactiors, des acacies, des palmiers même, qui résistent à nos gelées, quoique nés près de l'équateur. En animaux, j'aurais cité le tigre royal qui remonte les plateaux glacés du nord de l'Asie, s'avance en été jusqu'à la pointe occidentale de l'Altaï, et supporte très bien les hivers rigoureux du nord do la Chine; le lynx de Russie et le chat domestique qui vivent tout aussi bien ici que les panthères, les léopards, et autres chats des pays chauds vivent chez eux. Quant à la taille, j'aurais dit qu'elle est purement un attribut spécifique qui n'a rien à démêler avec le climat, et j'aurais montré, pour preuve, le petit gredin que les dames portent dans leur manchon, et le grand danois de la taille d'un veau ; le muscardin, un peu moins gros que le bout du doigt, se fourvoyant dansle terrierd'un autre rat, le castor, delagrandeur d'un chien barbet; le daman, de la grosseur d'un petit lapin, foulant le même sol que son gigantesque parent le rhinocéros; j'aurais fait voir le chêne au kermès, arbrisseau de trois ou quatre pieds, mêlant sa racine au chêne rouvre, dont la tète se balance dans les nues; le saule herbacé, chôtive plante rampante, disputant le terrain au saule blanc qui s'élève à soixante-et-dix pieds, etc.. etc.

Par ces exemples, puisés dans la nature, j'auraisexpliqué fort bieneeque les géologues n'expliquent pas, savoir : Comment les conifères qui sont essentiellement des enfants du nord, se trouvent en mélange avec les cicas et les palmiers habitant le midi ; comment on a pu trouver des éléphants et des rhinocéros, pris dans des blocs de glace ; comment, dans la même couche de terrain, on trouve mêlés les ossements des animaux qui vivent à présent près des pôles et sous l'équateur. Moi, comme vous voyez, j'aurais tout expliqué en laissant les choses telles qu'elles sont, je me serais borné à dire : ils étaient organisés de manière à vivre là.

Les géologues, au contraire, ont tout bouleversé, chimie, physique, histoire naturelle, astronomie. Je ne vous citerai ici que quelques-unes de leurs utopies.

Tous partent d'un principe faux, c'est qu'il fallait, pour le développement de la végétation gigantesque des prêles et des fougères, une atmosphère plus chaude même que celle de la zone torride. Des vapeurs aqueuses, disent-ils, étaient répandues dans l'air, en mélange avec une grande quantité d'acide carbonique, et la lumière avait un éclat beaucoup plus vif.

Rayons d'abord de cela les contradictions, savoir : si des vapeurs épaisses nageaient dans l'atmosphère, la lumière du soleil, obligée de les percer pour arriver à la terre, avait donc moins d'intensité. Si l'acide carbonique est utile à la nutrition des plantes, il est mortel pour la respiration des animaux ; or, comme il y avait des animaux aussi bien que des végétaux, l'acide carbonique ne devait donc compter dans la composition de l'air qu'à peu près dans les mêmes proportions qu'aujourd'hui.

Robert Rrown et M. Dumont d'Urville ont remarqué que les fougères et les familles voisines étaient plus nombreuses dans les zones équatoriales que dans les zones tempérées, plus dans les îles que dans les continents , plus encore dans les îles petites et éloignées des grands continents. Ils en ont conclu que,

un climat brûlant, l'humidité de l'air et la température uniforme de la mer , sont les circonstances les plus favorables au développement des cryptogames vasculaires, et les géologues ont en conséquence établi leur climat des premières périodes géologiques. On devait conclure tout simplement que dans les petites îles éloignées des continents, et pour la plupart sorties nouvellement du sein des eaux, la matière s'organise selon ses lois ordinaires, et que, ces îles ne pouvant recevoir des graines des continents éloignés, doivent nécessairement se couvrir des êtres placés les premiers dans l'échelle de l'organisation, c'est-à-dire de cryptogames en général, et particulièrement de fougères.

Mais il fallait expliquer encore comment, à ces périodes reculées, le climat de Paris était plus chaud que ne l'est aujourd'hui celui du Sénégal. Les uns ont dit que la terre fut rencontrée par une comète qui la heurta, la fit pirouetter, et dérangea la position de son axe, ce qui changea la température de contrée à contrée. L'un d'eux a même avancé que l'équateur passait, avant cette catastrophe, sur les deux pôles d'aujourd'hui. Ces assertions ont beaucoup fait rire les astronomes, et d'ailleurs elles n'expliquent rien, car il faudrait pour cela, qu'on ne trouvât des fossiles de pays chauds que près des pôles, et des fossiles de pays froids que près de l'équateur. Or, c'est ce qui n'arrive pas, car, ainsi que nous l'avons dit, on rencontre les mêmes espèces fossiles dans les couches analogues par toute la terre. L'hypothèse n'étant pas soutenable, on en a inventé une autre.

Notre globe, a-t-on dit, était incandescent dans l'origine, et il se refroidit peu à peu. Voilà pourquoi, lors des périodes primitives antédiluviennes, la chaleur qui régnait sur toute sa surface était encore plus forte qu'elle ne l'est aujourd'hui sous l'équateur.

Mais rien n'est facile comme de démontrer mathématiquement que la chaleur propre de la terre n'a pas pu changer. En effet, si la température du globe eût été, aux époques reculées, ou plus haute ou plus basse, le volume de la terre, par l'effet de la dilatation ou de la contraction aurait été progressivement plus grand ou plus peiit, et alors, le mouvement de la lune aurait varié dans la même progression. Or, cela n'est pas, car la durée du jour sidéral est aujourd'hui rigoureusement la même qu'aux temps les plus reculés, et...

— Halte-là, monsieur, vous m'avez promis de n'être pas trop savant, et voilà que vous vous perdez dans des dissertations où ni vous ni moi, ne comprenons sans doute pas grand' chose.

— Aussi je reviens à la

TROISIÈME PÉRIODE PALEONTOLOGIQUE.

Elle est caractérisée, en géologie, par les couches suivantes : grès rouge, zechstein, grès vosgiens, grès bigarré, calcaire-conchylien, marnes irisées, calcaire du lias, calcaire oolithique.

Cette période se divise assez naturellement en deux époques géologiques, dont la première comprend le grès rouge jusqu'au grès bigarré, et la seconde depuis le calcaire conchylien jusqu'au calcaire oolithique.

Première époque.

La nature a conservé à peu près le même aspect Tome v.— avril 1838.

que dans la période précédente. C'est toujours un vaste océan qui couvre la plus grande partie de la terre, mais les archipels y sont plus nombreux, et composés d'îles plus grandes; de nouveaux continents sont sortis des eaux pour remplacer ceux qui se sont abîmés.

Les forêts couvrent encore les coteaux do leur riante verdure, mais ce ne sont pas les mêmes végétaux qui les composent ; on ne trouve plus aux fougères cette taille énorme qui les élevait jusqu'aux nues, et les six espèces qui restent n'ont même pas d'analogie avec celles qui existaient jadis. Les bords de la mer sont couverts d'algues et de roseaux; quelques monocotylédones, d'une nature inconnue, forment de jolis massifs de verdure dans la plaine; des liliacéesaux corolles brillantes s'épanouissent dansles vallons, et près des sommets des montagnes s'étendent des forêts de cyprès, d'ifs, devoltziaet autres conifères. Il n'y a point encore de dicotylédones.

Des gryphées et des ammonites, coquilles qui n'ont plus leurs analogues vivants et dont la dernière atteint souvent la grandeur d'une roue de carrosse, se traînent lentement sur le sable qui argenté le fond des mers, tandis que de nombreuses espèces de poissons nagent au sein des ondes. Déjà quelques-uns se rapprochent, pour les formes, des espèces vivant aujourd'hui, et l'on trouve des analogues à nos brochets, harengs, bandouillères et stomates ; mais les plus nombreux sont tout à fait inconnus, tels que les palœotrissum, palœoniscum, etc.

Ici, les reptiles commencent à devenir nombreux ; les uns se rapprochent de la classe des salamandres et grenouilles, tel est le psammosaurus ; d'autres annoncent la prochaine apparition des lézards, par exemple le protosaurus . Et en effet, voilà un véritable lézard, un monitor qui, posté sur le bord des rivières et des étangs, épie les petits animaux dont il fait sa proie ordinaire. Sa tête ressemble un peu à celle du crocodile, mais il a le museau beaucoup plus court, et ses mâchoires ne sont garnies que de onze dents de chaque côté ; il n'a guère que trois pieds de longueur, et ressemble, du reste, aux monitors qui vivent à présent en Afrique.

Mais voici un monstre étrange, dont les horribles formes sont tellement fantastiques, qu'il paraît plutôt sorti de l'imagination en délire d'un poète, que des mains de la nature.

C'est un plésiosaure, qui me paraîtrait à moi-même un être chimérique, si l'on ne trouvait assez communément son squelette presque entier, dans plusieurs contrées de l'Europe, et même aux environs de Paris.

A l'époque où nous sommes, il n'en parut qu'une espèce, (le plesiosaurus profondus de Zeuker), mais elles devinrent nombreuses dans la période suivante, et l'on en compte jusqu'à dix bien caractérisées ; nous allons en parler ici, pour n'avoir plus à y revenir.

Celle dont nous donnons la figure est le plésiosaure à long cou (plesiosaurus dolichodeirus) , un des plus petits de tous, et qui n'en atteignait pas moins de vingt-cinq à trente pieds de longueur. Il tenait à la fois du lézard par le corps et la tête, des cétacés par ses pattes de dauphin, et des serpents par son long cou composé de trente-cinq vertèbres, ce qui est sans autre exemple parmi les animaux.

Cet animal habitait la mer et nageait avec autant

d'habileté que do grâce. Rarement il devait sortir du sein des eaux pour ramper lourdement sur le sable, mais sa respiration aérienne le forçait à ne guère s'é-

loigner des rivages, et, grâce à son cou prodigieux, il pouvait, sans sortir de l'eau, aller chercher les mollusques et autres animaux dont il se nourrissait,

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PLÉSIOSAURE A LONGCOt.

jusque dans le feuillage des arbres qui se penchaient sur la mer. Il pouvait également, en plongeant sa tète à une assez grande profondeur dans les ondes, s'emparer des poissons à leur passage, ou ramasser les coquillages et les crustacés qui se plaisent sur les plages plates. Son corps, comme celui de tous les lézards, devait être recouvert d'une cuirasse écailleuse, et, ce qu'il y a de plus étrange, c'est que, semblable au caméléon et aux anolis, il pouvait à volonté changer de couleur, selon ses passions; du moins telle est l'opinion de M. Cuvier. La structure bizarre de ce monstre devait le rendre terrible pour ses ennemis; avec son long cou il les enlaçait comme avec un câble, et lorsqu'il leur avait ainsi ôté la faculté de se mouvoir et par conséquent de se défendre, il pouvait à son gré leur déchirer les entrailles avec ses dents, ou les tenir submergés et les noyer. Sans doute les ptérodactyles, dont nous parlerons plus loin, ne pouvaient lui échapper malgré la légèreté de leurs ailes, car lorsqu'ils passaient à sa portée, il leur lan-

çait sa terrible tête comme une sorte de harpon attaché au bout d'une corde. Si l'on juge de la rapidité de cette action par la rapidité que met la vipère, le plus lent de nos reptiles, pour exécuter ce mouvement au moyen duquel elle saisit sa proie, on peut la comparer â celle d'une flèche sortant de l'arc et lancée par un bras vigoureux.

Deuxième époque.

La terre offre encore la même physionomie, mais la végétation a changé d'aspect. Pour la première fois se montre la singulière famille des cycadées, arbres ayant le port des palmiers joint à quelque ressemblance avec les fougères. Les zamia aux longues feuilles hérissées d'épines acérées, les gracieux cycas aux feuilles ailées, mêlent leur couleur vertde-mer au vert noirâtre des ifs et des thuya. Les cyprès et les voltzia n'existent plus, mais ils sont remplacés par de nouvelles espèces de prêles et de fougères. Ces derniers végétaux ont encore une grande

taille, et cependant ils ont perdu ces énormes proportions qui les rendaient si étonnants dans la période précédente.

Jusque là rien n'avait troublé le silence des forêts, si ce n'est le bourdonnement de quelques insectes et le sifflement des reptiles. A cette époque, le chant des oiseaux anime leur solitude en saluant le matin d'un beau jour. Mais ce chant n'a pas la mélodie cadencée de celui du rossignol ou de la fauvette, car il ne vient que d'espèces qui ne passent pas pour des Orphées. Les forêts n'offrant encore aucune graine, aucun fruit alimentaire pour les légers habitants de l'air, ils sont forcés d'habiter les rivages et de fouiller la vase pour trouver leur nourriture; aussi tous les oiseaux de cette époque sont-ils nageurs ou échassiers. Tandis qne les canards se balancent mollement sur les flots qui les portent, des courlis, des ibis, au long bec emmanché d'un long cou, se promènent sur leurs longs pieds et parcourent les grèves sablonneuses.

Les dix espèces de plésiosaures devaient sans doute leur donner la chasse, et, pour les surprendre, ils se glissaient entre deux eaux; puis, tout à coup, leur lançaient à plusieurs pieds de distance une tête placée comme au bout d'un long câble.

Cette époque est celle des reptiles monstrueux, soit par leur grande taille, soit par leurs formes bi-

zarres. Les espèces en étaient plus nombreuses qu'à aucune autre époque géologique, et nous allons faire le portrait des plus remarquables, comme si nous les avions sous les yeux.

Le géosaure, ou lézard géant (geosaurus giganteus) , a environ douze pieds de longueur. Ses mâchoires sont armées de dents redoutables, et comme tous les reptiles de cette époque, il habitait les eaux des bords de la mer. Mais ce n'était qu'un pygmée, malgréson nom, en comparaison du mégalosaure (megalosaurus bucklandii), qui avait communément quarante-cinq piedsde longueur et qui en atteignait quelquefoisjusqu a soixante-et-dix. Sa croupe et la plus grande partie de son corps s'élevaient à cinq pieds de hauteur, ce qui est énorme pour la forme générale du lézard. Aussi ce monstre épouvantable n'était-il comparable à rien de ce que nous connaissons, et proportionnellement à son genre, il était plus grand qu'une baleine. Son naturel devait être extrêmement vorace, si l'on s'en rapporte à la forme tranchante de ses dents. Ces deux animaux avaient les mêmes mœurs, et tous deux faisaient le passage des monitors aux crocodiles, mais le géosaure tenait plus des premiers, et le mégalosaure plus des seconds.

Je place sous vos yeux la figure d'un être encore bien plus singulier, c'est

ICIITHYOSAURE COMMUN.

L'ichthyosaure (ichthyosaurus communis), monstre à pattes de cétacés, à corps de poisson, à tête et queue de lézard. Il atteignait de quinze à vingt pieds de

longueur, et ne pouvait que rarement quitter la mer, car sa taille lourde et massive ne lui permettait pas de se traîner aisément sur le sable avec ses courtes pattes

Ses longues mâchoires étaient armées de dents formidables, et tout annonce; que ses habitudes étaient féroces. Ce qui rendait surtout sa physionomie aussi bizarre que sinistre, c'était ses yeux d'une grandeur énorme, lui permettant de voir dans les ténèbres. Aussi ce devait être principalement la nuit qu'il se glissait sous l'eau pour saisir sa proie endormie. Sa respiration aérienne ne lui permettait pas non plus de s'écarter beaucoup des rivages, et lorsqu'il nageait entre deux eaux il était obligé de remonter souvent a la surface pour respirer ; du reste, on trouve les fragments de sept espèces de ces animaux bien caractérisés. M. Cuvier pense qu'ils ne pouvaient, en aucune manière, sortir de la mer, et qu'ils devaient échouer sur le sable comme les baleines et les dauphins, lorsque l'eau leur manquait. Ici le grand naturaliste s'est trompé, ou il devait admettre (ce qui serait encore plus extraordinaire que les monstres eux-mêmes, car ce serait contre toutes les analogies) que les ichthyosaures étaient vivipares ; et il n'en dit pas un mot. Ces animaux devaient donc sortir de l'eau pour pondre leurs œufs : donc ils avaient la faculté de se traîner sur la terre. Ceci s'applique également aux plésiosaures.

Vous remarquerez que l'ichthyosaure fait, par ses mâchoires et ses pattes de dauphins, le passage naturel des reptiles aux cétacés, et que cependant il tient encore aux poissons par ses vertèbres. Un autre de la même époque, le téléosaure de Caen (teleosaurus cadomensis) , est encore plus singulier, car sa tête, et particulièrement son crâne, a beaucoup plus de rapport avec celui des mammifères qu'avec celui des reptiles. Vous ne sauriez vous en faire une idée plus juste, qu'en vous figurant un crocodile portant une tête de loup, aux poils près, qui étaient remplacés par des écailles.

On trouve communément, dansles environs d'Honfieur, les ossements de deux espèces de gavial, l'un nommé sténéosaure à grand museau (steneosaurus rostro-major); l'autre sténéosaure à petit museau (steneosaurus roslro-minor) ; ces crocodiles sont très remarquables par leur crâne rétréci vers la région temporale. Le premier avait un museau fort allongé, les mâchoires munies de fortes dents, mais, ce qui lui donnait un aspect fort extraordinaire, c'est que ses yeux, d'une grandeur démesurée, se trouvaient placés, non sur le haut du crâne comme ils le sont généralement, mais sur ses parties latérales. Ces animaux se cachaient dans les joncs et les hautes herhes des marais et des bords de la mer. Leur taille atteignait souvent vingt pieds de longueur. Sans doute ils étaient des ennemis dangereux pour les autres reptiles, mais le premier surtout devait en faire un grand carnage, car ses yeux lui permettaient de les apercevoir dans les ténèbres et de les surprendre la nuit lorsqu'ils étaient livrés au sommeil.

L'histoire des crocodiles de cette époque offre un fait très curieux pour les naturalistes, et sur lequel, ce me semble, les géologues ont glissé un peu vite. Toute la structure de ces animaux annonce qu'ils doivent vivre dans l'eau douce, et même que, dans les grands lacs, ils ne peuvent guère s'éloigner des rivages, car si le moindre orage les surprenait seulement à quelques lieues de la terre, il est certain qu'ils se noieraient, faute de pouvoir venir respirer

à la surface, ce que ne leur permettrait pas l'agitation des Ilots. Aussi, les gavials des Indes, les caïmans d'Amérique et les crocodiles d'Afrique, en un mot toutes les espèces vivant aujourd'hui, ne se trouventelles jamais dans la mer, et pas même sur ses rivages; elles n'habitent que les rivières, le bord des lacs et les marais. Les crocodiles, lorsqu'ils ont saisi une proie, ne la dévorent jamais ù l'instant même, par la raison que leur estomac froid ne pourrait probablement pas la digérer sans les faire tomber dans la stupeur et l'engourdissement, comme il arrive aux boas, aux pythons, et à la plupart des autres reptiles terrestres; ils la noient d'abord ou la tuent, puis ils vont la cacher sous des racines d'arbre ou des herbes, et ils attendent avec patience, sans s'en éloigner beaucoup que la putréfaction la fasse tomber en lambeaux; alors, ils l'avalent par fragments qu'ils digèrent aisément. Or, un crocodile qui s'engourdirait au fond de l'eau serait bientôt mort, faute de respirer. Tous les reptiles, sans exception, sont ovipares et obligés de venir déposer leurs œufs dans le sable sec et chaud des rivages, pour que la chaleur du soleil les fasse éclore, raison ajoutée aux autres pour les empêcher de s'éloigner des rives couvertes des fleuves.

Ces faits, bien connus et non contestés, on se demande comment il peut se faire que les ossements de crocodile aient toujours été trouvés dans des dépôts marins, en mélange avec des coquilles qui vivent dans la mer, des poissons également d'eau salée, des cétacés, etc.

Avant d'aller plus loin, vous remarquerez comment la nature suit avec persévérance la marche que je vous ai montrée dès le commencement. Vous avez vu d'abord des poissons lézards, voici à présent un plésiosaure lézard et serpent, puis un ichthyosaure lézard et cétacé. Aussi ne tarderons-nous pas à voir paraître ces derniers animaux, et ce sera une nouvelle branche latérale que jettera l'arbre généalogique de l'organisation. Les mammifères terrestres eux-mêmes ne peuvent pas se faire long-temps attendre, car vous savez la grande analogie qu'ils ont avec les cétacés, et de plus le téléosaure vous montre déjà une tendance à les annoncer. Ce nom de téléosaure a été imposé au reptile qui le porte par M. Geoffroy-Saint-Hilaire, parce qu'en grec il signifie lézard parfait, et que ce savant a reconnu celte perfection dans son squelette en ce qu'il se rapproche beaucoup du squelette des mammifères, surtout par sa partie la plus importante, par la tête. Mais revenons à nos monstres.

Voici un mastodonsaure (mastodonsaurus jœgeri) qui se glisse avec crainte dans les hautes herbes des prairies, et ce lézard, quoique d'une grande taille, n'a pas l'œil étincelant et farouche de ses contemporains. C'est qu'en effet, il n'en a pas les mœurs féroces. Ses dents, hérissées de petites protubérances, comme celles des animaux ruminants, lui permettent, faute de proie vivante, de se nourrir de fruits, de feuilles et de racines, et ce genre de vie a dû adoucir son caractère. C'était l'innocence de l'époque, et, comme l'innocence d'aujourd'hui, il devait, selon la loi fatale, être en butte à une foule d'ennemis contre lesquels il n'avait aucune défense à opposer. Il était la proie ordinaire et facile des ichthyosaures, des crocodiles, des mégalosaures et autres, qui eurent bien-

tôt détruit sa race. Aussi ne le voit-on plus figurer dans les périodes suivantes.

Je vous ai dit que les mammifères ne tarderaient pas à paraître, et en effet, en voici un, mais dont l'espèce restera long-temps seule sur la terre, car elle a de beaucoup précédé les autres. Il est nécessaire, si la nature suit réellement la marche que nous croyons, que cet animal soit bizarre dans ses formes et ses mœurs, car il doit tenir encore un peu du lézard ; voyons si elle se démentira. Ce premier mammifère est un didelphe ou sarigue (Didclphis). Il a cinquante-deux dents, et ce nombre, commun dans les lézards, est sans exemple dans les autres mammifères, qui tous en ont beaucoup moins. Sa langue est hérissée comme celle de beaucoup de reptiles, et, ainsi que le caméléon, il a la faculté de saisir les branches avec sa longue queue prenante et dépourvue de poils. Sa bouche est très fendue, et son pouce de derrière est long et bien séparé des autres doigts. Cet animal est lent, et ne se met en marche que la nuit; il exhale une mauvaise odeur. Il grimpe sur les arbres pour y poursuivre les petits ptérodactyles et les insectes dont il fait sa principale nourriture ; mais quand sa proie lui échappe il se contente de fruits. Comme vous voyez, il a encore beaucoup des habitudes et même des caractères anatomiques de certains reptiles :

Mais ce n'est pas tout. Ce qui distingue particulièrement les mammifères de tous les autres animaux, c'est qu'ils font leurs petits vivants, et qu'ils les allaitent pendant le premier âge. Les reptiles, au contraire, font des œufs, dont ils abandonnent l'incubation à la chaleur du soleil. Entre le vivipare et l'ovipare, y a-t-il un milieu possible? car la transition est brusque! j'avoue que la chose parait difficile, et cependant elle existe, comme vous allez le voir,

Peu de temps après l'accouplement, le didelphe, qui est de la grandeur d'un chat, fait quinze ou seize petites masses charnues, que je ne peux pas appeler des œufs, car elles n'en ont pas les enveloppes ; que je n'appellerai pas non plus des petits , car elles sont informes et on ne leur reconnaît ni têtes, ni membres, ni aucuns autres organes extérieurs ; elles sont privées de mouvement, et tellement petites qu'en naissant elles ne pèsent guère qu'un grain. Elles ont cependant un petit trou, qui leur sert de bouche, par lequel elles s'accrochent aux mamelles de leur mère, et elles y restent adhérentes et immobiles pendant cinquante jours. Pendant cet espace de temps, que les petits des autres animaux passent dans le sein de leur mère ou dans un œuf, ces singuliers enfants sont garantis du choc des corps extérieurs et des intempéries de l'air, par une membrane chaude et velue qui forme au sarigue une sorte de sac où il porte sa petite famille.

Au cinquantième jour cette espèce d'incubation est terminée. Les petits alors ont atteint la grosseur d'une souris, ils ont tous leurs membres et ils ouvrent les yeux. Peu de temps après, ils sortent de la poche pour aller jouer sur l'herbe, et ils y rentrent à la moindre apparence de danger ; ce n'est que lorsqu'ils sont de la grosseur d'un rat qu'ils la quittent pour ne plus y rentrer, et qu'ils se contentent de suivre leur mère.

— Mais, me direz-vous, quoiqu'il y ait de l'analogie entre l'incubation et ce que vous venez de me dire

des sarigues, la transition est encore énorme, car le§ reptiles n'offrent rien de pareil.

— Pardonnez-moi : prenez au printemps la femelle d'une salamandre terrestre, que vous reconnaîtrez, dans les bois humides, à sa tête de crapaud et à sa belle livrée d'un jaune orangé se dessinant sur un fond noirâtre. Ouvrez-la, et vous lui trouverez des œufs dans le ventre ; elle est ovipare alors, parce que la chaleur de l'été suffira pour faire éclore les œufs déposés par elle dans la terre. Mais ouvrez une de ces salamandres en automne, saison qui ne permet plus l'incubation au dehors , vous ne trouverez plus d'œufs, mais des petits groupés dans une poche intérieure membraneuse, comme le sont les jeunes sarigues dans la poche de leur mère. Vous voyez donc que la nature a pu aisément franchir, d'une espèce à une autre, le pas qu'elle franchit deux fois par an dans le même individu. D'ailleurs, on connaît aujourd'hui, non-seulement des reptiles vivipares, mais encore des poissons.

— C'est juste ; la vipère, par exemple.

— Non, la vipère est réellement ovipare, mais elle a une habitude singulière qui, mal observée, a fait croire le contraire et lui a valu son nom. Elle pond ses œufs, peu de temps avant leur éclosion, dans un endroit sec et chaud, à l'exposition du midi. Comme les crocodiles , elle les veille avec une sollicitude maternelle, ne s'en éloigne jamais beaucoup, et malheur à l'être assez mal avisé, homme ou animal, pour aller les déranger ; une morsure presque toujours mortelle serait la punition de son imprudence. Au moment où les petits éclosent, la vipère est là, qui les essuie et les lèche comme ferait une chienne, puis elle les avale tous, ordinairement au nombre de douze à dix-huit, et elle s'en va. Mais bientôt après, quand elle a trouvé dans un lieu solitaire une place sèche et sablonneuse, elle baisse la tête, ouvre la gueule, et sa nombreuse famille sort gaiement de son estomac pour jouir des douces influences de l'air; elle les surveille, les empêche de trop s'écarter d'elle, les lèche chacun à leur tour, et leur apprend à saisir les petits insectes dont ils font leur première nourriture, en attendant qu'ils soient assez forts pour attaquer des reptiles, des oiseaux et des petits mammifères. Mais si le ciel se couvre et menace d'un orage, ou qu'elle entende un bruit inquiétant, elle applique la tête par terre, siffle et ouvre la gueule. Aussitôt, la petite famille dispersée se rassemble, et les petits fort effrayés se hâtent de rentrer dans son estomac. Alors la vipère fuit, emportant dans son sein ses enfants chéris, et elle va se mettre à l'abri du danger sous une racine d'arbre, ou dans un trou de rocher, jusqu'à ce que sa crainte soit passée,

— Voilà qui est merveilleux I

— Il faut bien que je vous montre le merveilleux de la nature vivante, car sans cela, comment votre esprit pourrait-il croire ce qui me reste à vous raconter.

Les anciens poètes se sont torturé l'imagination pour inventer un animal effroyable, capable d'inspirer la terreur aux plus intrépides. Ils lui ont donné des griffes de lion, un corps de crocodile, une queue de lézard, des ailes de chauve-souris, une tête d'oiseau , un cou de serpent, et l'ont nommé dragonvolant. Il en est résulté que les imaginations froides

en ont fait des plaisanteries, et que les nations superstitieuses ont fait du dragon une sorte de divinité fantastique, ou du moins un être mystérieux rattaché à leur théosophie. Tels sont encore les Chinois, les Persans, et quelques peuplades de l'Inde.

Or, voici ce qu'il y a de singulier, c'est que l'on a découvert assez nouvellement, et dans beaucoup de

localités, des squelettes plus ou moins entiers de ces dragons prétendus fantastiques, et qu'on en compte aujourd'hui sept espèces bien reconnues. On leur a donné le nom de ptérodactyle, en grec, doigt-ailé, parce qu'en effet les membranes de leurs longues ailes sont attachées à un de leurs doigts prodigieusement allongé.

PTERODACTYLE A MUSEAU COURT.

Je mets ici, sous vos yeux, le ptérodactyle à bec court (pterodactylus brevirostris), le moins bizarre de tous , mais celui dont le squelette le mieux conservé permet le plus facilement de le restituer dans ses proportions exactes. C'était un monstre en miniature, car sa grosseur ne dépassait pas celle d'un merle.

Mais il n'en était pas de même du grand ptérodactyle (pterodactylus grandis), qui avait quinze pieds d'envergure ; son museau se prolongeait en un bec presque a issi long que son corps, et armé de dents

pointues et nombreuses; ses yeux étaient grands et flambloyants ; sa tête ressemblait à celle d'un oiseau, et comme eux , il avait les narines percées près des yeux , tandis que dans les autres reptiles elles sont placées au bout du museau. Son cou était également plus long que son corps, et ressemblait à un tronçon de serpent, de manière que, lorsqu'il volait, il était obligé, pour soutenir sa tête, de le replier sur son dos. Son corps écailleux ainsi que sa courte queue ressemblaient à ceux d'un lézard, mais de gros mus-

clés pectoraux placés sur un sternum fort grand, lui élargissaient beaucoup la poitrine, comme dans les oiseaux et les chauves-souris. Ses bras vigoureux se terminaient par un doigt prodigieusement allongé, et portant la membrane de l'aile ; trois autres doigts, de proportions ordinaires, étaient armés d'ongles gros et crochus , servant à l'animal à se suspendre aux branches d'arbres, à la manière des chauves-souris. Ses pieds de derrière étaient moins gros, mais également allongés ; ils se terminaient en une patte de lézard, dont les doigts étaient plus courts et armés d'ongles moins grands et moins crochus.

Il résultait de cette étrange conformation que l'animal devait avoir une grande puissance de vol, et fendre les airs avec beaucoup de facilité ; mais sur la terre, il ne pouvait plus agir avec la même liberté de mouvement; il était alors obligé de se traîner lourdement, embarrassé par les membranes de ses ailes, ou de se tenir dans une position verticale, posé sur son derrière, et sur sa queue qui lui servait de levier pour marcher en sautant, à la manière des gerboises et des Kanguroos. Sans doute il donnait la chasse aux insectes, aux autres reptiles moins forts que lui, et peut-être aux oiseaux de rivages.

Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer le passage frappant des reptiles aux mammifères volants (chauves-souris, galéopilhèques, etc.), par les ptérodactyles. Ici , le chaînon intermédiaire est tellement prononcé, que plusieurs analomistes ont regardé ces monstres comme des chauves-souris, jusqu'à ce que Cuvier ait prouvé qu'ils appartenaient plus particulièrement à la classe des lézards.

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