‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 107 sur 187 · LE GRAND MASTODONTE · texte numérisé non relu

LE GRAND MASTODONTE

Le grand mastodonte ( rnastodon maximus ). Cet . l'Inde, et néanmoins il leur ressemblait assez. Sa animal dépassait la taille des plus grands éléphants de [ trompe etses défenses étaient absolument semblables,

cependant M. Peale, qui, le premier, a restauré le squelette d'un mastodonte, prétend que ses défenses étaient implantées en sens contraire, la pointe regardant la terre et non le ciel. Telle n'est pas l'opinion de G. Cuvier. Quoi qu'il eu soit, ce géant avait le corps plus massif que l'éléphant, quoique le ventre plus mince; ses jambes étaient plus grosses, et sa tête un peu plus longue. Comme il habitait l'Amérique septentrionale, il était couvert de poils assez longs, surtout aux jambes et aux oreilles. Habitant des forêts, il se nourrissait quelquefois d'herbes et de jeunes pousses d'arbres, mais il préférait les racines et les tiges charnues des végétaux. Aussi se plaisait-il le long des grandes rivières et des marais, quoiqu'il n'entrât jamais dans l'eau.

Plusieurs journaux ont annoncé, à diverses époques, que l'on avait aperçu un mastodonte vivant dans de vastes forêts désertes de l'Amérique, mais ces faits hasardés ne se sont jamais confirmés. Cependant, il semblerait que cet animal est un des derniers qui aient disparu de dessus la terre, car les sauvages, qui le nomment le père aux bœufs, le mêlent dans beaucoup de leurs traditions, et on le voit même figurer dans une de leurs plus anciennes chansons nationales. Lorsque le grand Manitou descendit sur la terre, dit la chanson, pour voir si les êtres qu'il avait créés étaient heureux, il interrogea tous les animaux. Le bison lui répondit qu'il se trouverait content de son sort, dans les grasses savanes dont l'herbe lui venait jusqu'au ventre, s'il n'avait sans cesse les yeux tournés vers la montagne pour apercevoir le père aux bœufs en descendre avec furie pour le dévorer lui et les siens.

La théologie des sauvages fait aussi mention du grand mastodonte. Par exemple, en Virginie, les indigènes racontent qu'une troupe de pères aux bœufs descendit un jour des montagnes, et fit un tel massacre des buffles, daims, et autres animaux dont le grand esprit avait peuplé les forêts pour l'usage des Indiens, que Manitou irrité prit son tonnerre et les foudroya tous, à l'exception d'un seul qui était le plus gros mâle, conduisant le troupeau. Il présentait la tète aux foudres, et à mesure qu'elles tombaient il les secouait sans en éprouver de mal ; mais enfin il fut blessé au côté, et alors il prit la fuite du côté des grands lacs, où il est encore.

Les sauvages chawanais prétendent que jadis vivaient dans le pays, avec les mastodontes, des géants tout aussi terribles qu'eux; mais que le grand esprit les foudroya les uns et les autres.

Toutes ces histoires viennent-elles d'une ancienne tradition, ou bien ont-elles été inspirées simplement par la rencontre d'ossemenls gigantesques? Quoiqu'il en soit, pour établir que les mastodontes ne sont pas perdus depuis aussi long-temps que les autres animaux fossiles, voici des faits plus positifs :

De tous temps, on a trouvé des ossements munis de parties molles encore reconnaissables. Les sauvages qui en virent cinq squelettes, selon M. Barton, rapportèrent qu'une des têtes avait encore a un long nez (évidemment la trompe) sous lequel était la bouche.» Kalm, en parlant d'un autre grand squelette, trouvé par des sauvages dans le pays des Illinois, dit que « la forme du bec était encore reconnaissable, quoique à moitié décomposé. » On trouve quelquefois

ces fragments sous des bancs de roche calcaire, et en mélange avec des coquilles marines dont quelquesunes même sont incrustées sur les os; mais le plus souvent on les rencontre enfouis sur le bord des fleuves et des marais, dans de la tourbe, à cinq ou six pieds de profondeur.

Cette période vit encore paraître d'autres espèces de mastodonte. Celui à dent étroite (maslodon ungustidens) so trouve à peu près dans toute l'Europe; il était d'un tiers plus petit que l'éléphant. Celui d'Auvergne [mastodon arvernensis) avait tout au plus la taille d'un tapir d'Amérique, et n'était pas rare aux environs d'Issoire. Le mastodonte de Cuvier [mastodon Cuvieri) habitait aussi la France et la Suisse. Sur les bords actuels de l'Iraouaddy, dans l'empire Birman, vivaient les mastodontes éléphantoïde, et à larges dents (M. elephantoïdes et lulidens).

Le cheval se montre pour la première fois, mais beaucoup plus petit que nos chevaux de carrosse. Son poil était brun, long, surtout aux pieds et aux oreilles ; sa tête était un peu lourde, sa crinière courte et hérissée, mais il était très léger à la course. Du reste, il ne différait en rien dé nos chevaux, et je ne sais trop pourquoi les géologues lui ont donné un nom particulier, celui d' equus adamicus.

Mais voici une nouvelle famille qui se présente : c'est celle des mammifères rongeurs. Un écureuil et deux espèces de loir, sautent de branche en branche parmi les arbres des forêts; un lièvre se tapit sous les buissons, un rat d'eau plonge dans l'onde limpide des ruisseaux, et des lagomys, font entendre leur voix aiguë dans les prairies. Ces derniers petits animaux n'habitent que dans les pays froids, aussi n'en a-t-on jamais trouvé vivants que dans la Sibérie. Ceci doit contrarier un peu les géologues qui prétendent qu'il existait alors une haute température , car vous voyez que les animaux des pays les plus froids de la terre se trouvent groupés avec ceux de la zone torride. Quoi qu'il en soit, le lagomys se nourrit aujourd'hui de fruits etde bourgeons; pendant la belle saison, il ramasse et fait sécher sa provision de foin pour l'hiver, il l'entasse dans les terriers et les trous de rochers qu'il habile. Il en fait des tas qui ont jusqu'à sept pieds de hauteur, et qui, de nos jours, deviennent une ressource précieuse pour les cavaliers voyageant dans les déserts de la Sibérie.

Les premiers castors se réunissaient pour bâtir en travers des petites rivières ces digues et ces cabanes dont je vous ai parlé dans un précédent numéro, à l'article de l'ondatra.

Les carnassiers apparaissent ensuite. Ce sont d'abord des espèces de petite taille, tels que des martres, des loutres, des genettes, puis viennent des coatis au nez allongé et mobile, à la marche traînante et à la vie nocturne. Leurs pieds sont à demi-palmés, et cependant munis d'ongles grands et forts, ce qui leur permet de grimper aux arbres, etde fouir la terre. Us font la chasse aux petits animaux dont ils se nourrissent, et n'habitent aujourd'hui que l'Amérique méridionale; mais alors leur taille dépassait celle d'un loup, et ils pouvaient attaquer des anoplothérions et des paléothérions dans les environs de Paris.

Des ours d'une grandeur monstrueuse peuplaient les cavernes des montagnes, et quelques espèces avaient des dents tranchantes qui devaient les rendre

plus avides de carnage et plus dangereux pour les autres animaux.

Des hyènes et des chiens font, pendant la nuit, retentir les forêts de leurs sinistres hurlements, et parmi ces derniers, il en est un surtout qui devait être terrible, car sa grandeur était égale à celle de nos plus gros chevaux de brasseur.

Et cependant cet animal formidable avait aussi des ennemis encore plus terribles pour lui qu'il ne l'était lui-même aux autres. C'était des lions, des tigres, des panthères, etc.

— Quoi! des lions et des tigres en France !

— Oui, monsieur, et pas moins de huit espèces de cette période ont laissé leurs dépouilles en Auvergne et dans plusieurs autres parties de la France.

Le plus grand de tous (felis giganteus) était à peu près de la grosseur d'un bœuf, mais son corps musculeux était beaucoup plus long. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'il ressemblait tout à fait à notre chat domestique, quant aux formes, et peut-être aux couleurs. Quand cet épouvantable animal faisait retentir les forêts de ses rugissements , tous les êtres vivants en étaient effrayés à une lieue à la ronde, et le lion lui-même se retirait frémissant dans son antre. Les mastodontes aiguisaient en vain leurs longues défenses contre les rochers couverts de mousse; en vain ils prenaient la fuite en brisant sous leurs pieds , comme de faibles roseaux, les arbres des bois qui entravaient leur marche, le chat gigantesque, en quelques bonds d'une prodigieuse longueur les avait bientôt atteints; il s'élançait sur leur corps massif, implantait dans leur cou ses griffes longues de neuf à dix pouces, pointues comme des aiguilles, dures comme de l'acier, et tranchantes comme des rasoirs; avec ses formidables mâchoires, il leur saisissait le derrière de la tête, leur brisait le crâne, et faisait jaillir au loin leur cervelle mêlée à des flots de sang. Le colosse terrassé poussait un long et dernier mugissement, il tombait, et la terre tremblait sous sa masse à jamais privée de vie.

Le chat moyen (felis média) était un peu moins grand que le précédent, mais sa taille dépassait encore celle de nos plus grands lions. Sa couleur était fauve, et une belle crinière flottante parait la tête, le cou et les épaules du mâle. Moins féroce que ses congénères, mais tout aussi courageux, une seule victime lui suffisait, et lorsqu'il l'avait terrassée, til laissait errer paisiblement les animaux dans la plaine, jusqu'à ce que l'aiguillon de la faim se fit de nouveau sentir.

Un tigre (felis antiquu) de la grandeur du tigre royal d'aujourd'hui, s'embusquait dans les roseaux sur les bords des fleuves et des lacs, et, caché dans les hautes herbes, il attendait patiemment, sans faire le moindre mouvement, qu'une victime passât près de lui pour la saisir et la dévorer. Le courage indomptable de cet animal gisait tout entier dans une aveugle férocité qui ne voyait et ne calculait aucun danger. Il se précipitait avec la même fureur sur le cerf timide et sur le mastodonte, et, dans ce dernier cas, il en résultait un combat à outrance dont, peut-être, il ne sortait pas toujours victorieux.

A cette période, on aurait sans doute pu voir le combat du tigre et du lion, combat terrible dont ont parlé plusieurs voyageurs pour orner leurs relations merveilleuses , mais combat mensonger, car le tigre

et le lion des temps modernes habitent des contrées différentes, à plus de deux mille lieues l'une de l'autre, ce que ne savaient probablement pas nos naïfs voyageurs.

Le jaguar avait déjà son représentant sur la terre dans le chat d'Auvergne (felis arvernensis). Il est presque aussi grand que le tigre et presque aussi dangereux. Son pelage est d'un fauve vif en dessus, marqué le long des flancs de quatre rangées de taches noires en forme d'yeux, c'est-à-dire d'anneaux plus ou moins complets avec un point noir au milieu ; blanc dessous, rayé en travers de noir.

Il n'habite plus aujourd'hui que les parties chaudes de l'Amérique méridionale, et, ce qu'il y a de bien singulier, c'est qu'il est plus ou moins féroce en raison de la contrée où il vit. Ceux que l'on trouve dans les environs deBuenos-Ayressont les plus dangereux. Comme cet animal aime à dormir couché au pied d'un arbre dans les forêts épaisses , malheur au chasseur qui en fait la rencontre et le réveille en sursaut: s'il ne l'abat raide mort de son premier coup de fusil, il est perdu. D'une autre part, s'il ne le tire pas et qu'il se prenne à fuir, le jaguar se met aussitôt à sa poursuite, l'atteint en quelques bonds et le déchire. Que faut-il donc faire? c'est ce que sait fort bien le chasseur indien. Dès qu'il aperçoit le monstre, il s'arrête net, et ne détourne pas un instant ses yeux de dessus les siens ; il semble que ce regard fascine l'animal par un pouvoir magique, car il reste également immobile, la gueule ouverte, le cou tendu, le corps baissé sur ses pattes à demi pliées, comme s'il allait s'élancer. Lorsque cette pantomime effrayante a duré un moment, le chasseur, toujours sans détourner les yeux, fait un pas en arrière, en reculant, et le jaguar avance d'un pas; le chasseur, après une pause, fait un second, un troisième pas, mais doucement, et l'animal fait les mêmes mouvements en avançant. Enfin , cette manœuvre se continue de part et d'autre, jusqu'à ce que l'Indien ait gagné une plaine découverte ou le voisinage d'une habitation. Alors le jaguar hésite, s'arrête, et le chasseur est sauvé; mais pendant tout ce temps-là, son fusil est toujours prêt à faire feu sur la bête féroce dans le cas où elle gagnerait du terrain sur lui, car ce serait un indice certain qu'elle ne tarderait pas às'élanceF.

Le guépard qui vit aujourd'hui dans les Indes, avait alors son analogue dans le felis megantereon qui habitait l'Auvergne comme tous les felis ou chais dont nous parlons ici. Cette espèce, un peu haute sur jambes, avait un pelage d'un fauve clair, régulièrement parsemé de petites taches noires, et une sorte de petite crinière sur la nuque.

Enfin, les bois étaient encore peuplés de felis pardinensis, semblable au couguar d'Amérique; f. issiodorensis, analogue au lynx du Canada; f. brevirostris, qui devait ressembler au lynx d'Europe ; f. minuta, le plus petit de tous, et ayant de l'analogie avec notre chat sauvage.

Vivaient encore pendant cette période, des phoques; des reptiles appartenant tous, non pas à des espèces, mais à des genres vivants, tels que crocodile, tortue , et un leptorhynque (leptorhyncus) , lézard à museau grêle et allongé, comme une sorte de bec.

Je ne passerai pas sous silence le fameux squelette trouvé à OEningen, village du canton de Schaffhouse,

en Suisse. Il fut pris pour celui d'un homme par Scheuchzer, qui, pour cette raison, le nomma « l'homme témoin <Iu déluges (homo diluvH t estis) . Geaner, Vogel, Blumcnhach, Karg et autres, s'obstinèrent long-lemps dans celte opinion qui éleva une sérieuse polémique enlre les géologues, j usqu'à ce q ue M M . Jaeger, Kielmeyer et G. Cuvier, aient prouvé jusqu'à l'évidence que ce prétendu homme fossile n'était rien autre chose qu'une salamandre, mais énorme , ayant la tête plus grosse que celle d'un enfant de dix ans, et le corps long de six pieds.

Les poissons sont nombreux à cette période, et pour la première fois, paraît la nombreuse classe des malacoptérygiens, poissons vivant pour la plupart dans l'eau douce, et ayant une organisation qui les sépare d'une manière plus tranchée de la classe des reptiles. Quoiqu'il y en ait plus de deux cents espèces, une seule vit encore aujourd'hui; c'est le saumon (salmon arcticus).

Les crustacés et les insectes sont nombreux ; et l'on compte environ quinze cents mollusques à coquille.

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