SIXIÈME PÉRIODE PALÉONTOLOGIQUE
Cette période est géologiquement caractérisée par ces couches toutes formées par des dépôts de transport.
Vous commencez à reconnaître le pays, car voici des chênes, des bouleaux , des ormes, des frênes, et en général tous les végétaux qui vivent encore aujourd'hui. Les vertes graminées tapissent les prairies, les saules et les peupliers balancent dans les airs leur tête légère, tandis que leurs racines rampent dans les ruisseaux et soutiennent les rives escarpées des torrents. Toutes les rivières qui arrosent la France promènent leurs eaux, mais d'une manière vagabonde, car elles n'ont pas encore creusé leurs passages enlre les montagnes , et leurs ondes s'accumulent en forme de lacs ou d'étangs devant tous les obstacles qu'elles rencontrent. Ici, le Rhône furieux roule de roche en roche ses eaux bouillonnantes et jaunâtres. Plus loin, la Loire se précipite des rochers de "Ville— ray, et forme une cascade de deux cents pieds de hauteur, dont le bruit effroyable s'entend jusqu'à l'emplacement de Roanne et au-delà. A Paris, la Seine, après avoir usé les roches calcaires de la Bourgogne, forme un lac tranquille sur l'emplacement d'une partie de la capitale. Partout les ondes se précipitent en mugissant, partout leurs rivages pittoresques sont couverts de riants bocages ou de vertes pelouses. En un mot, c'est une nature qui commence à ressembler à celle d'aujourd'hui, et qui cependant a encore toutes ses beautés vierges et romantiques, car la main de l'homme ne l'a pas encore dégradée.
Nous partagerons cette période en deux époques paléontologiques. La
Première époque
Se caractérisera par ses terrains diluviens, ou dalluvion ancienne. On les croit formés par des causes qui ont cessé d'agir comme elles le faisaient alors, ce qui ne me paraît pas très clair. Ces terrains se présentent dans des situations telles que leur masse, loin d'augmenter par les eaux de l'époque actuelle, qui, le plus souvent, n'atteignent pas leur niveau,
tend à diminuer tous les jours; ce qui ne me paraît pas plus [trouvé, comme règle générale pour toutes les localités.
Les paléothérions, les anoplolhérions, et tous ces animaux bizarres qui n'avaient pas de représentants aux époques historiques, ont entièrement disparu, mais pour faire place à d'autres êtres non moins extraordinaires. C'est à cette première époque que les grands pachydermes, encore rares précédemment, lels que l'hippopotame, le rhinocéros et le tapir, couvrent, pour ainsi dire le sol de la France et de l'Europe entière. Les ruminants, tels que bœufs, cerfs, antilopes, moutons; les rongeurs, le3 hyènes, les ours, les tigres, ne sont pas moins communs, mais tous appartiennent encore à des espèces perdues. Nous ne parlerons ici que des plus remarquables.
On a trouvé, dans le mid! de la France, des ossements que les géologues ont cru devoir rapporter au genre mouton (oins); reste à savoir si le mouton constitue un genre ou même une espèce, et c'est positivement ce que je ne crois pas. Le mouton est une race purement artificielle, qui doit son origine et la prolongation de son existence à l'homme, sans lequel il lui manquerait toutes ses conditions d'existence. Dans tous les pays de la terre, des moutons abandonnés aux seules influences de la nature, ne vivraient pas dix ans. En moins de temps peut-être, leur race entière aurait péri par la dent des animaux carnassiers ou par les intempéries de l'air. Ainsi donc les ossements attribués à des moutons ne peuvent appartenir qu'à des œgagres, ou chèvres sauvages, ou à de» mouflons.
Peut-être les a-t-on confondus avec les antilopes qui habitaient les environs de Montpellier, ou avec d'autres espèces voisines. Dans les bois d'une grande partie de la France, des daims, d'un tiers plus grands que ceux d'aujourd'hui, des chevreuils, des élans, et même des rennes, aujourd'hui relégués dans les glaces de la Laponie, se nourrissaient des tiges tendres de bouleaux, de bourgeons de pins, et des lichens, qui tapissaient les rochers. Des cerfs gigantesques bramaient dans les forêts, et, parmi leurs nombreuses espèces, il en était qui dépassaient la taille des plus grands chevaux. Tel était le cerf à bois gigantesque (cervus giganteus oucervus megaceros), et le cerf commun (cervus elaphus); il n'est pas rare d'en trouver dont les bois avaient douze pieds d envergure.
A cette époque, la terre entière était couverte d'aurochs (bos «rus), dont on trouve les nombreux débris en Europe, depuis la Suède jusqu'en Italie; en Asie, dans la Sibérie orienlale et occidentale ; en Amérique, dans toute la partie septentrionale. Sa taille était grande, mais celle du bœuf commun (bos taurus) était encore plus considérable, car cet animal n'avait pas moins de six pieds et demi sur le garrot, et de douze pieds de longueur. Son squelette ne diffère en rien de celui de notre bœuf domestique, ce qui a fait penser à G. Cuvier qu'il en est le type. Si cela est, l'éducation que l'homme donne aux animaux peut produire des effets diamétralement contraires, car autant le bœuf aurait perdu de sa taille originaire, autant le cheval en aurait gagné; car, ainsi que nous l'avons vu, les plus grands chevaux fossiles ne dépassent guère les dimensions d'un grand âne. Et cela produit par les mêmes causes 1
Aux lieux où passe actuellement le canal de l'Ourque, près de Paris, se promenait paisiblement le rhinocéros à narines cloisonnées (rhinocéros tichorinus). Il avait sur le nez deux cornes très rapprochées l'une de l'autre, dont une fort grande ; sa tête était plus longue et plus étroite que celle du rhinocéros de l'Inde, lisse et sans callosités; son œil, plus reculé en arrière, était placé au-dessus de la dernière molaire
et non de la quatrième ; il manquait d'incisives. Ses membres étaient fort courts, d'où il résultait que son ventre traînait presqu'à terre; ses pieds se terminaient par trois sabots. Son corps était couvert d'un poil très abondant, surtout aux pieds, etsa peau ne formait aucun pli. Du reste, comme tous les animaux de son genre, il avait le regard et le caractère stupide et féroce, et il aimait à se vautrer dans la fange desmarais.