‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 113 sur 187 · NADIR-SHAH · texte numérisé non relu

NADIR-SHAH

Nadir, le célèbre roi de Perse, avait illustré déjà comme général, son nom de Thamas Kouly Khan ; il naquit en 1688, dans un petit village, d'une ancienne famille de la tribu de Kirklou. Agé de quinze ans à peine, il prit les armes pour défendre ses propriétés contre les ravages des Curdes et des Uzbecks. Hussein Shah régnait alors en Perse, ou plutôt ses courtisans, ses eunuques gouvernaient en son nom; les mécontentements grossissaient, des révoltes éclataient de toutes parts, et la dynastie des Sophispenchait vers sa ruine. La valeur que Nadir avait montrée en plusieurs circonstances décisives attira quelques guerriers sous ses drapeaux ; aidé de leur secours il s'empara d'une forteresse, berceau de sa puissance naissante. Hussein Shah venait d'être détrôné ; Ispahan était au pouvoir des rebelles, et cette révolution avait servi de prétexte aux Russes et aux Musulmans pour s'agrandir aux dépens do la Perse.

Shah Thamas, l'héritier légitime du trône , retiré dans les provinces du nord, en appela à l'influence do Nadir et à son bras victorieux ; il réclama son appui. Leur première entrevue eut lieu au mois de septembre 172G ; Nadir proteste de son dévouement, il marche contre les ennemis de son souverain, et les oblige à se rendre. Ce succès l'enhardit ; déjà il ne veut plus souffrir d'égaux, ilfait assassiner le commandant en chef des troupes de Thamas, prend sa place, et dispose de tout dans le conseil et à l'armée. Shah Thamas s'alarma de l'ambition de Nadir ; il tâcha de lui susciter des ennemis, mais le glorieux général redoublait de zèle auprès du monarque, et pour gagner sa confiance il prit le litre de Thamas Kouly Khan (le Khan esclave de Thamas). Il s'attacha surtout à obtenir l'affection des soldats; les courtisans du roi s'opposèrent en vain à l'ascendant que prenait chaque jour Nadir dans les affaires ; il triompha de leurs intrigues, et n'en fut que plus puissant.

De nouvelles victoires remportées sur les Afghans accrurent la renommée de Nadir; les Persans qui tremblaient naguère au nom seul de cette peuplade, recouvrèrent sous lui leur antique valeur. Bientôt ils s'emparèrent d'Ispahan, et Shah Thamas put encore siéger sur le trône de ses aïeux. Après ce brillant exploit, Nadir témoigna le désir de retourner dans ses foyers; mais, cédant aux prières des populations, il consentit à terminer son ouvrage, et à rendre à la Perse sa tranquillité et ses anciennes limites. Shah Thamas incapable do s'élever au-dessus du général à qui il devait la couronne, voulut au moins l'éloigner. Son ambition lui portait ombrage; il lui offrit la souveraineté de toute la Perse orientale, lui envoya un diadème enrichi de diamants, et lui proposa une alliance avec une princesse de sa race. Nadir accepta tous les bienfaits de son souverain ; mais affectant une extrême modération , il refusa le diadème , l'aigrette et le titre de sultan.

En moins de cinq mois, Nadir remporta sur les Turcs plusieurs victoires ; il se préparait à faire le siège d'Érivan, lorsqu'il fut appelé dans une autre partie de l'empire par la révolte des Abdalhis; cette guerre l'occupa plus d'une année ; les Abdalhis furent

vaincus, et Nadir transplanta la population dans une province lointaine, droit des gens emprunté aux conquérants de l'ancien monde. Sliah Thamas croyant que l'absence de Nadir lui offrait l'occasion de ressaisir son autorité, conclut un traité avec les Turcs sans la participation de son général. Nadir apprend avec indignation cette nouvelle; il abandonne le théâtre de la guerre , et arrive en toute hâte à la tête de ses troupes, aux environs d'Ispahan; là, il invite le roi à une grande revue suivie d'un festin splendide; au milieu du banquet il fait arrêter Shah Thamas, l'envoie prisonnier dans une ville déserte ; puis, ayant placé sur le trône un des (ils de ce prince, Abbas III, il s'empare de la régence, et devient le souverain véritable de la Perse.

Les succès militaires de Nadir étonnaient le monde entier. Vainqueur de tous les rebelles, de tous les ennemis extérieurs, il était regardé comme le libérateur de la Perse ; l'armée lui était dévouée, le peuple le respectait; rien ne manquait à sa puissance et à sa gloire. Le jeune Abbas III avait quitté la vie, et si sa mort fut naturelle, elle fut du moins très utile aux projets du régent. Après avoir donné deux rois à la Perse, il se voyait trop près du trône pour ne pas désirer d'y monter. Nadir n'imita pas les usurpateurs vulgaires ; il voulut avoir l'air d'être appdc au pouvoir suprême par le vœu de la nation et le choix des ministres sacrés. En peu de jours douze mille ouvriers font de son camp une ville somptueuse; les députés y trouvent des maisons élégantes, des bains, des mosquées, des bazars. Lorsqu'ils furent assemblés, Nadir leur exposa l'état misérable de la Perse avant qu'il ne prit la direction de ses armées, il leur parla de l'incapacité, de la faiblesse, de la nullité des derniers rois; enfin, il leur fit connaître son intention de se démettre de la régence et du commandement des troupes, leur donnant trois jours pour choisir un autre souverain. Tous ces députés avaient été gagnés par les promesses de Nadir; aussi après avoir feint de résister au vœu général, il fut proclamé roi le 20 mars 1736.

La fin prochainement.

( Couronne de Sibérie. Voir l'article Moscou.

Le chêne de la Doui par M. Esbrat.

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