‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 114 sur 187 · LK CHÊNE DE LA DOUI , PAYSAGE PAR ESBHAT · texte numérisé non relu

LK CHÊNE DE LA DOUI , PAYSAGE PAR ESBHAT

En entrant au salon, vous êtes tout d'abord étonnés de la quantité innombrable de portraits et de paysages qui tapissent les murs des galeries de l'exposition; c'est à désespérer l'amateur le plus patient, le plus résigné. Nous ne dirons rien des portraits, notre critique serait trop facile; il serait impossible à l'imagination, même la plus bizarre/de créer jamais une collection de visages aussi grotesques, un ensemble de physionomies aussi jaunes, aussi bleuâtres que celles admises celte année au Louvre. Est-ce la faute de ceux qui ont peint ou de ceux qui se sont fait peindre? Nous ne savons; tant il y a qu'on dirait vraiment que l'épidémie la plus terrible a porté ses ravages sur toutes ces figures, et qu'on croirait voir la triste reproduction des scènes de pestilence que les chroniqueurs du moyen-âge racontent en larmoyant. Quant aux paysages , donnons-en un aperçu rapide. On peut montrer dans un combat perpétuel quatre genres de paysages qui luttent entre eux pour la prééminence. D'abord apparaît dans son courageux isolement le paysage classique, avec ses collines et ses ports décorés de noms grecs, puis ses temples grecs ou romains, genre vieilli dont M. J.-V. Berlin est le dernier représentant. En second lieu se trouvent les paysagistes qui aspirent à la sévérité historique, qui se plaisent aux effets ternes, à la lourdeur des tons, à la simplicité des lignes auxquelles ne préside aucun arrangement. Pour ces artistes-là, l'aspect de la nature n'est pas le plus aimable des délassements, c'est quelque chose de grave et de mélancolique. Il faut en troisième lieu classer les peintres qui créent une nature à leur usage et qui inventent un ciel, une lumière, des montagnes, des arbres apocalyptiques, et tels que n'en virent jamais les simples mortels. Enfin, en quatrième lieu se placent les artistes qui imitent la nature avec une intelligente exactitude.

Il faudrait plus de temps et d'espace que nous n'en avons pour parler en détail du tableau de M. Rémond, la mort d'Abel, qui appelle et fixe l'attention dans le salon carré; de ceux de M. Huet, de M. Jadin, des vues bien touchées de M. Léon Fleury, des jolis pâturages de M. Fiers ; le public a distingué les toiles de ces artistes aussi bien que les gracieuses productions de M. Esbrat

Le tableau de M. Esbrat représentant le chêne de la Doui est un motif bien dessiné, d'une peinture solide et d'une bonne couleur ; peut-être l'exécution manque-t-elle d'une certaine finesse de détails. Le site pris dans le département de la Haute-Marne du même auteur, et la vue des bords de l'Yonne, aux environs de Clamecy, produisent un joli effet et laissent peu à désirer. M. Esbrat est un artiste essentiellement d'avenir; on lui doit déjà plusieurs cadres où se révèlent d'éminentes qualités, un heureux choix dans les sujets, du goût dans l'arrangement ; en suivant cette voie, en y apportant successivement des améliorations, un peu moins de raideur dans les formes, M. Esbrat comptera, nousenavons la certitude, de nombreux et légitimes succès.

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