‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 117 sur 187 · LA COURONNE DE ROSES · texte numérisé non relu

LA COURONNE DE ROSES

— Enfant , d'où vient cette couronne?

Et ces roses sur tes cheveux ?

Ah ! tous les jours qui te les donne , Réponds , belle enfant aux yeux bleus?

Elle écouta , triste et pensive ,

Son regard se voila de pleurs;

Et d'une voix douce et plaintive ,

La belle enfant me dit : — « Mes sœurs !

— Tes sœurs , dis-tu? mais sur la terre Je ne te croyais de parents

Que ta mère , ta bonne mère , * Et ton vieux père aux cheveux blancs.

— Hélas ! c'est vrai ! Oui , me dit-elle , Sur la terre je n'ai plus qu'eux ;

Mais quittant leur robe mortelle, Mes sœurs nous attendent aux cieux.

Lorsqu'elles quittèrent ce monde, La môme fosse les unit.

Ah ! qu'elle est humide et profonde !

Oh ! qu'il est froid , ce dernier litl

Mais, sur la tombe solitaire, A l'ombre des saules pleureurs, Mille roses cachent la terre Aux yeux distraits des voyageurs.

Souvent à l'aube matinale , Rieuse , j'y porte mes pas ; Mais j'en reviens pensive et pâle, Disant : Si l'on ne mourait pas!..

Et de roses je m'y couronne , M'enivre du parfum des fleurs, Souris au jour que Dieu me donne , Pense à l'avenir, à mes sœurs...

A quinze ans, toutes deux nous dirent En souriant des mots d'adieux; Puis à la tombe descendirent , En regardant l'azur des cieux.

Dieu , sans doute , voulait deux anges.

Il dit , lors il fallut partir ; Aller aux célestes phalanges Se mêler , adorer , jouir.

Oh! bien souvent, quand la nuit est venue, Lorsque tout dort , au castel , au hameau , J'aime à venir \ craintive et tout émue , Errer près du tombeau.

Oh! c'est qu'alors, quand le ciel a son voile, Et que nulle ombre en marchant ne vous suit , Qu'au firmament ne, brille qu'une étoile, Et qu'on pense minuit. ■

Et que le vent, courant dans la bruyère, Semble le cri de vampires hideux , Ou bien la voix de la vieille sorcière , Encor plus laide qu'eux.

Oh! c'est qu'alors aussi je crois entendre La voix chérie de mes anges du ciel, Qui près de moi viennent pour me défendre Contre un démon cruel.

Hier, ils m'ont dit : « Atala , sœur, écoute! Le temps est pioche où tu prendras quinze ans; Alors tu dois à l'éternelle voûte , Porter aussi les chants.

Le Christ le veut. Mais, dis à notre mère Qu'au ciel, tous trois, pour elle nous prierons; Pour toi , pour nous , embrasse notre père Comme nous t'embrassons.

Ton auréole et tes ailes sont prêtes ; Tu souriras, en montant au ciel bleu. » A deux genoux, j'ai dit : Beaux anges faites Les volontés de Dieu.

Huit jours plus tard , la tombe fut rouverte ; Notre Atala venait de s'endormir ; On en parlait déjà comme d'un souvenir, Et la foule disait , dans la maison déserte : a La belle enfant avait mille vertus , Pour rester ici-bas, elle était trop parfaite ; En souriant , elle a quitté la fête , Le Christ au ciel compte un ange de plus. » Louis De Planque.

VOYAGE EN ECOSSE d'Edimbourg a l'île de bass.

L'Ecosse de nos jours n'a conservé que quelques traits généraux de l'aspect de l'ancienne Ecosse; ses montagnes, ses fleuves et ses lacs ne semblent plus les mêmes ; on y chercherait en vain les immenses forêts de chênes qui en rendaient les abords si sombres et si dangereux; là où l'élégante villa moderne ne s'est pas encore emparée du site et des pierres de la forteresse féodale , ce sont les ruines qui parent seules aujourd'hui la nudité du désert; les brebis fréquentent paisiblement les pâturages où le sanglier, l'ours, le bison et le loup se rendaient redoutables au troupeau et au berger. De vastes marais ont été aussi convertis en des plaines cultivées où l'on ne retrouve plus les traces de ces sentiers connus de Wallace et de Bruce, qui y bravaient, après leurs défaites, la lourde cavalerie des Anglais. Enfin, on tâcherait vainement de vérifier les récits de ces vieux chroniqueurs qui rencontraient à chaque pas une chapelle ou un château, une abbaye ou un fort royal, à l'ombre desquels vivaient, moyennant une faible redevance, les habitants des bourgs et des hameaux. L'union de l'Ecosse avec l'Angleterre a fait disparaître les citadelles imprenables , et déjà les guerres religieuses avaient détruit les monastères les plus vénérés.

Bornons-nous aujourd'hui à parcourir les Lowlands; ce pays n'a ni torrents, ni montagnes, ni aucun de ces grands accidents qui frappent d'admiration ou de frayeur. La Tweed, que l'on côtoie jusqu'à Dunbar, arrose une vallée enrichie de mille beautés de détail trop longues à décrire : « Si c'est à l'aspect imposant et s'auvage des montagnes que la poésie ossianique a dû sa naissance, dit M. Léon de Buzonnière , la physionomie riante des Lowlands a inspiré des muses moins sévères , dont les chants tendres et folâtres sont depuis long-temps devenus populaires ; les fées y ont laissé de nombreux monuments de leur empire , et il n'est pas un lieu , si obscur qu'il paraisse , qui ne soit célébré dans le refrain de quelque antique ballade. z>

Du sommet de la colline d'Arthur's steat, la vaste étendue des flots se confond avec l'azur du ciel ; l'œil se repose sur les îles dont le golfe d'Edimbourg est parsemé, et quand le soleil mêle les riches nuances de ses rayons à leur verdure, on peut les comparer avec le poète , à des êmeraudes enchâssées dans l'or. C'est Inch-Keilh avec son fanal élevé, c'est le rocher de Bass avec son fort inaccessible , c'est l'île de May consacrée jadis à saint Adrien , et de laquelle un autre phare protège les pilotes; c'est Inch-Colm,

fameux par un ancien monastère , puis les montagnes de Braid et la chaîne du Pentland. Toutes ces hauteurs et celle d'Arthur's steat forment l'amphithéâtre au milieu duquel s'élève Edimbourg avec son château assis sur une roche de trois cent cinquante pieds.

D'Edimbourg à Peebles, la campagne prend ce caractère pastoral qui distingue la vallée de la Tweed. Peebles est situé dans une plaine entourée de belles collines; les rois d'Ecosse , attirés par le charme de sa position, aimaient à y passer une partie de l'été. Lorsqu'on quitte les grandes montagnes des Highlands , hérissées de rochers et couronnées de pics dont les sommets se perdent dans les nues , on aime à voir les gracieuses collines qui couvrent le comté de Peebles. Soit qu'elles se terminent par un large plateau , soit qu'elles conservent une forme pyramidale , leurs flancs sont toujours^couverts d'une riche verdure; elles ont toutes leur petit ruisseau , leur vallée profonde et solitaire. Si la situation de ce pays le mit à l'abri des désastres de la guerre, elle l'exposa souvent aux bandes de maraudeurs anglais. Ce fut pour se défendre de ces incursions inattendues que les rois d'Ecosse et leurs haut-tenanciers établirent d'un commun accord, depuis Berwick jusqu'à Bield, auprès des sources de la Tweed, une ligne fortifiée, composée de tours à trois étages situées alternativement sur l'un et l'autre bord de la rivière, à un quart de lieue de distance.

Parti de Peebles, on suit les rives de la Tweed , dont les ondes plus calmes, tantôt se répandent sur de belles prairies, tantôt coulent entre des coteaux escarpés ; près du ruisseau du Leither, les débris d'une forteresse , jadis entourée d'une triple enceinte de murailles, couronnent le sommet d'une colline; on trouve sur chaque éminence quelques restes d'un de ces forts que le peuple appelle rings, à cause de leur forme circulaire, et que quelquefois on honore à tort du nom de camp romain. Selkirk occupe le faîte d'un rocher d'où la vue s'étend sur les bords de la Tweed; cette ville fut incendiée en 1513 , par les Anglais , après la bataile de Flodden , si fatale à la noblesse écossaise; la valeur que ses habitants déployèrent dans le combat a inspiré aux muses écossaises une mélancolique ballade : The flowers of the forest.

La plaine de Càrterhang fut le théâtre de l'aven- • ture rapportée dans la vieille ballade de Young Tamlane; les paysans montrent encore quelques-uns des cercles qu'y tracèrent les fées dans leurs réjouissances nocturnes , et le lieu où furent placés les bassins de lait et d'eau dans lesquels on plongea le jeune Tamlane pour rompre les liens de l'enchantement qui l'enlaçait. Voyez sur les rives de l'Yarrow cette tour carrée , flanquée de tourelles; c'est Newark- Castle; là naquit la fameuse Mary Scott, la fleur de l'Yarrow, dont tant de seigneurs étrangers se disputèrent la main. Suivant la tradition , la fille de Mary épousa Elliot, désigné dans la chanson sous le nom de Gibbie aux jarretières dorées ( Gibbie with the golden garters ). Gibbie trouva bientôt sa femme incommode au logis , et Harden consentit à se charger de sa jeune épouse, à condition qu'il lui abandonnerait tout le butin qu'il pourrait faire pendant la lune qui suivrait la moisson. C'est à Newark-Caslle que Walter Scott a placé une des scènes principales

du laij ofthe last minstrel : le lai du dernier ménostrel.

Voici l'abbaye do Melrose , sur la rive méridionale de la Tweed ; on suppose qu'elle esl la même que Kennaqhairde l'auteur de Waverley et qu'elle est le prototype du Monastère. L'abbaye de Melrose , fondée et riebement dotée par David I", en 1136, fut dédiée à la vierge Marie et occupée par des moines de l'ordre deCiteaux. La régularité du plan, la grandeur et le choix des pierres qui furent employées à la construction de l'église, en firent un des plus beaux monuments qui aient jamais existé en Ecosse; et, quoiqu'à diverses époques elle ait été horriblement mutilée , ce qui en reste est encore admirable , et présente les morceaux les plus parfaits d'architecture et do sculpture gothique que l'on puisse trouver dans le royaume ; sous le maître-autel, est placé le cœur du grand roi Robert, Rruce et plusieurs membres de la famille des Douglas. Environ un mille au-dessus, l'Elven se jette dans la Tweed, après avoir parcouru un vallon solitaire, nommé la Vallée-sans-Nom (Nameless dean) , parce qu'on n'osa pas lui donner le nom des fées qui y résidaient. Les fées éprises des bords escarpés du ruisseau , aimaient à se cacher sous le gazon qui les couvre , et s'y amusaient à donner des formes fantastiques à ces pierres qu'après les grandes pluies on trouve souvent dans son lit. Les unes ressemblaient à des bottes ou à des souliers, d'autres à des canons ou à des pistolets, d'autres enfin , à des bonnets, à des berceaux , etc. La science moderne les regarde comme de simples pétrifications.

La route de Melrose à Kelso, de Kelso à Rerwick, est une des plus belles parties de la Rasse-Écosse. Placé au cenlre d'une contrée populeuse , Kelso fait un commerce considérable. Quoique trois fois brûlé parles Anglais, réduit en cendre par accident, en 1684-, presque détruit il y a environ quatre-vingts ans par un cinquième incendie , Kelso est aujourd'hui

une assez jolie ville'; son antique abbaye fut démolie â l'époque de la réforme , il n'en reste plus aujourd'hui que les ailes du midi et du nord, chacune flanquée de deux tourelles. Les environs de Kelso sont habités par un grand nombre de vieilles familles. Toutes les forteresses qui l'entouraient sont en ruines, même Roxburgh-Castle que l'on regardait comme le boulevart de l'Ecosse , et qui fut mille fois pris et rendu dans les guerres entre les Anglais et les Écossais. Rerwick est fortifié d'un épais rempart en terre , soutenu par une double muraille flanquée de cinq bastions , et défendue par des pièces de grosse artillerie qui commandent l'entrée du port. L'histoire de Rerwick remonte ans temps les plus reculés; en 880, la ville était au pouvoir des Danois; mais, plus tard elle leur fut enlevée par les Écossais. A partir du treizième siècle , elle soutint des sièges nombreux, et , après avoir passé à diverses reprises de la domination de l'Ecosse à celle de l'Angleterre , etviceversd, elle fut cédée aux Écossais par Henri VI, et rendue aux Anglais en 14-82. Depuis cette époque , elle est restée sous la puissance anglaise, quoique formant un district politique séparé. On y voit encore sur une montagne les ruines de l'ancien château et la tour du beffroi , du sommet de laquelle on plane sur l'Océan ; le son de la cloche du beffroi avertissait la garnison de l'approche des ennemis.

Les débris de Tantallon-Castle sont à trois milles de Rerwick, sur un roeber qui domine Ja mer. Un peu plus loin, et en face de l'île de May, Rass s'élève , isolé comme une grande pyramide au milieu des flots; son diamètre est d'environ huit cents pieds, et sa hauteur de quatre cents. Le seul sentier, à l'aide duquel on puisse gravir jusqu'au sommet, se trouve au nord-ouest. Pendant les mois dejuin et de juillet, le rocher de Rass est entièrement couvert de nids d'oiseaux aquatiques, dont les troupes innombrables, voltigeant autour de la cime , obscurcissent l'air comme un nuage épais.

( L'tle de Dass. )

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