UNE PAGE DE LA BIOGRAPHIE DE NAPOLÉON
Les premiers rayons d'un beau soleil de septembre frappaient les obélisques de granit rose, qui s'élèvent, surmontés d'aigles dorés à l'entrée du palais do Schœnbrunn, et se réfléchissaient sur les armes
polies des Iroupes rangées en bataille dans la vaste cour. Les tambours battaient aux champs; l'empereur passait la revue , qui avait lieu chaque jour comme s'il eût été aux Tuileries, car il en était venu à se regarder comme chez lui dans chaque résidence royale de l'Europe. Arrivé devant un des régiments de la confédération, il se tourna en souriant vers un 'de ses aides-de-camp. — Voyons, monsieur de Salm, lui dit-il, ceux-ci doivent vous connaître, commandez-leur une charge en douze temps.
Le jeune prince s'inclina en rougissant beaucoup, mais il obéit sans hésiter, et tirant son épée avec aisance et noblesse, il commanda le mouvement, qui fut exécuté avec une grande précision. L'empereur satisfait alla se placer devant le palais pour assister au défilé , et quand les derniers rangs eurent dépassé la grille, et qu'il eut congédié tous ceux que leur service ne retenait pas près de lui : — Allons, messieurs, dit-il aux autres, il est encore de bonne heure, le temps est beau pour la promenade; qui m'aime me suive.' Et il partit au galop.
Il prit d'abord la grande route; mais bientôt, faisant un détour, il s'enfonça dans la campagne. Partout la guerre y avait empreint ses stygmates : on ne rencontrait que des villages à demi-brûlés, ou. détruits par l'artillerie , des champs foulés sous les pieds des chevaux ou sillonnés par les roues des caissons, des bois tombés sous la hache des sapeurs; tous ces maux , si prompts à faire et si lents à réparer, que la conquête laisse après elle!
Napoléon avait laissé peu à peu se ralentir le pas de son cheval, et, livré à ses méditations, ils'abandonnait avec insouciance à l'instinct de sa monture. L'intelligent animal, comme s'il eût deviné les désirs de son maître , le conduisit vers un petit vallon écarté que le hasard de sa situation avait préservé des ravages de la guerre. A mesure que les traces des fureurs humaines disparaissaient pour laisser reparaître la nature dans sa beauté primitive, les sombres pensées qui rembrunissaient le visage de l'empereur et imposaient silence à tout ce qui l'entourait, semblaient se dissiper pour faire place à des idées plus riantes; son front soucieux s'éclaircit et son regard satisfait parcourut le paysage qui l'environnait; c'était une gorge étroite , bornée par des coteaux boisés ; dans le bas-fonds, une douzaine de maisonnettes , propres et riantes , étaient groupées autour d'un moulin qu'alimentait un petit ruisseau babillard où de vieux saules miraient leur feuillage grisâtre. L'empereur se dirigea vers le hameau et le traversa lentement : au bruit des chevaux, les habitants se montrèrent aux portes et aux fenêtres, suivant des yeux les cavaliers avec une inquiète curiosité. Devant une habitation plus considérable et plus élégante que les autres, était rassemblé un groupe d'enfants que quelques femmes s'efforçaient de faire rentrer dans la maison pour les empêcher de se jeter sous ■les pieds des chevaux.
La suite au numéro suivant.
( Jérôme de Prague. — Voir l'article qui précède. )