‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 132 sur 187 · GRECE · texte numérisé non relu

GRECE

RUINES DE STRATONICÉE.

L'ancienne ville de Stralonicée, aujourd'hui Eski- Hissard, fut fondée par les Macédoniens; elle avait reçu son nom de Stratonice, femme d'Antiochus Soter. Tous les monarques Séleucides se plurent à l'embellir, et respectée par les Romains, elle conserva long-temps sa liberté. L'empereur Adrien en rebâtit une partie; on croit retrouver en effet dans ses ruines, l'empreinte d'un goût postérieur à l'ère des Séleucides , et peu digne de celte époque glorieuse pour les arts. Les montagnes qui entourent la ville sont les dernières ramiGcalions de la chaîne immense des monts Taurus qui, s'élevant ensuite à mesure qu'ils s'étendent, se prolongent jusqu'aux extrémités de l'Inde, et divisent toute cette partie du monde.

Les Slratonicéens avaient en leur pays deux temples célèbres ; l'un, dédié à Hécate, était à Lagini, sur la route d'Éphèse; l'autre , situé près de leur capitale, était consacré à Jupiter. C'est là qu'une fois Tome v.— juin 1838.

l'année , toutes les villes de la Carie envoyaient leurs députés pour offrir des sacrifices communs, et pour traiter des affaires générales de leur république fédérative, comme les peuples d'Ionie se réunissaient pour les mêmes motifs dans le temple d'Apollon. Sur une médaille de Stratonicée, parvenue jusqu'à nous, il est dit : a qu'Hécate et Jupiter ayant préservé la ville des plus grands dangers , que tout le peuple leur témoignant sa reconnaissance par la multitude des sacrifices, et par l'encens qui brûlait dans leurs temples, le sénat a ordonné que tous les jours trente enfants des premières familles de la ville, vêtus de blanc et couronnés d'oliviers, iraient avec leurs gouverneurs en procession au temple, précédés d'un joueur de harpe et d'un héraut , et qu'ils chanteraient un hymne d'actions de grâce, b

On ne reconnaît plus maintenant les vestiges de ces deux temples que la piété des peuples avait sans doute enrichis ; mais on trouve les restes de beaucoup d'autres monuments. Eski-Hissar n'est qu'un village peu considérable. Les maisons qui le composent, entourées d'arbres hauts et touffus , sont placées sur les bords d'un ruisseau dont les eaux pures , lim-

pides se précipitent en cascades parmi le» débris des édifices les plus somptueux. Le fragment que nous avons fait graver appartient à une muraille qui formait sans doute l'enceinte d'une cour dont l'intérieur était décoré par des eolonnes corinthiennes; une de ces colonnes est toujours debout, et, à son sommet, planent encore, comme aux vieux temps, des myriades de grues. Les anciens grecs s'occupaient beaucoup de cet oiseau voyageur; ils le voyaient arriver des deux extrémités du monde alors connu, la Lybie et la Scythie, et ce phénomème donnait lieu à de nombreuses conjectures. Hérodote et Aristote placent l'été des grues en Scythie, parce que toutes celles qui venaient s'abattre sur les Cyclades, avaient quitté cette contrée; et Hésiode, voulant désigner l'époque de leur passage en Grèce, écrit : « Que leur voix annonçait aux laboureurs le temps d'ouvrir la terre.» Les grues restent pendant plusieurs mois au milieu des ruines silencieuses de Stratonicée ; elles y trouvent le repos, un climat tempéré, jusqu'à ce que le printemps- les rappelle vers les régions du nord, à l'extrémité des deux pôles.

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