‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 139 sur 187 · SUPPLICE DE JEANNE-D'ARC · texte numérisé non relu

SUPPLICE DE JEANNE-D'ARC

30 mai 1431.

Il n'est peut être pas de physionomie historique qui ait été plus diversement jugée que Jeanne-d'Arc, la miraculeuse Pucelle d'Orléans. Que de notices contradictoires! que d'appréciations différentes! Ici c'est de l'exaltation, de l'enthousiasme, du fanatisme pour la jeune vierge de Domremy; là, de froides dissertations philosophiques qui enlèvent toute poésie au dévouement sublime de la glorieuse Pucelle. Des écrivains , même d'un immense talent, se sont laissé dominer par de fausses idées , et, préoccupés de leurs études classiques , ils ont voulu voir dans Jeanne-d'Arc une héroïne des temps .primitifs , une sorte d'amazone , de dame romaine ; Malherbe luimême n'a-t-il pas comparé la Pucelle à Hercule, parce que tous deux étaient morts sur un bûcher ! Étrange confusion de souvenirs qui maintenant n'est plus supportable. Les études historiques ont fait de nos jours assez de progrès pour qu'il soit permis de rendre à chaque personnage son véritable caractère; mettre en parallèle les chevaliers et les paladins du moyen-âge, avec les héros de la Grèce et de Rome, serait chose puérile , absurde , ridicule ; on ne nous a que trop long-temps fatigués de ces comparaisons fastidieuses et des mille récits de conspiration et de conjuration à la manière de Salluste.

Dans une publication récente , la vie de Jeanned'Arc a été parfaitement résumée. On a présenté cette noble figure sous son véritable jour , on lui a rendu son aspect de naïveté et de candeur : « Jusqu'ici, dit l'écrivain, on n'avait pas voulu voir que la libératrice de la France, et ce fut un des miracles de sa vie, avait pris place parmi les héros, sans cesser d'être une femme simple , douce , modeste. Le plus fâcheux de tous les anachronismes, c'est de donner aux modernes l'esprit et les mœurs des anciens, et de représenter avec les mêmes traits et les mêmes couleurs des générations différentes. Un per-

sonnage historique perd toujours quelque chose de sa gloire , lorsqu'on le sépare des physionomies contemporaines et des circonstances qui le faisaient agir, lorsque , en un mot , on le place ailleurs que dans son pays, et dans un autre temps que le sien. Toutes ces métamorphoses , tous ces travestissements ont beaucoup nui à la renommée de la Pucelle; et dans le siècle dernier, ont fourni des armes à la malignité impie. »

Une notice détaillée sur Jeanne-d'Arc ne saurait trouver place dans les limites d'un seul article ; cette vie de fidélité et de dévouement, d'infortune et de gloire , demanderait tout un volume. Le supplice de la vaillante fille nous occupera plus particulièrement aujourd'hui ; peut-être un jour compléterons-nous ce travail , en finissant par où nous aurions dû commencer.

Le lundi , 28 mai 14-31 , l'êvêque de Beauvais et le vicaire de l'inquisition se transportèrent en la prison de la Pucelle avec trois assesseurs ; le comte de Warwick et plusieurs officiers anglais les accompagnaient. Quand on eut reconnu que Jeanne avait l'habit d'homme , il s'éleva un grand murmure parmi les assistants, et plusieurs voix s'écrièrent : « Elle est prise, elle est prise. » La pauvre Jeanneéplorèe avait le front meurtri, ses vêtements en désordre, ses cheveux épars. Lorsque l' évêquede Beauvais lui demandapourquoi elle avait repris l'habit d'homme, elle daigna â peine répondre; la seconde fois elle répondit vaguement que cet habit lui plaisait mieux qu'un autre; elle dit enfin ce qu'elle avait dit souvent au procès : « Que l'habit viril lui paraissait plus convenable, puisqu'elle était toujours avec des hommes ; elle ajouta qu'elle ferait tout ce que l'église ordonnerait si on la délivrait de ses fers, et si on lui permettait d'aller à la messe et de recevoir la communion. » C'est ainsi qu'est présentée dans le procès-verbal cette partie de l'interrogatoire. L'habit d'homme était le véritable prétexte dont on se servait pour préparer la fin tragique de Jeanne. Cependant l'êvêque de Beauvais lui demanda si elle entendait encore ses voix; elle répondit que ses voix s'étaient fait entendre plusieurs fote , et lui avaient dit qu'elle avait fait grande injure à Dieu en désavouant ce qu'elle avait fait et dit au nom de Dieu et de ses saints ; elleajoutaqu'elle n'avait jamais entendu révoquer ses révélations , et qu'elle n'avait fait son abjuration que par la crainte du feu. Tel fut le dernier interrogatoire de la malheureuse Jeanne-d'Arc, d'après le procès-verbal rédigé sous les yeux des geôliers de la Pucelle. L'êvêque de Beauvais, sortant de la prison , dit en riant au comte de Warwick : Farewel, farewel (c'en est fait, tout va bien) ; mots qui furent répétés avec joie par tous les assistants, et qui annonçaient la mort prochaine de la victime.

Le lendemain , 29 mai , Jeanne fut déclarée relapse , hérétique , et on arrêta qu'elle serait livrée à la justice séculière. La noble fille devait comparaître une fois encore devant ses juges. Le 30 mai , dès le lever du jour , elle vit arriver dans sa prison frère Martin qui avait assisté au procès , et l'un de ceux qui avaient toujours cherché à la consoler ; il venait pour lui annoncer sa condamnation, etl'exhorterà contrition et pénitence : « Quand il lui eut annoncé la mort de quoi elle devait mourir , dit un témoin, elle com-

mença à 9'écrier doloreusement et piteusement, à se défendre et à s'arracher les cheveux. — Comment me Iraite-t-on si cruellement, que mon corps que j'ai conservé net et pur, soit aujourd'hui consumé par le feu et réduit en cendres. Ah ! j'aimerais mieux être décapitée sept fois que d'être ainsi brûlée. Hélas! si j'eusse été en la prison ecclésiastique , et que j'eusse été gardée par des gens d'église et non par mes ennemis , il ne me fût pas si misérablement échu mésaventure. J'en appelle à Dieu, des grands torts et ingrav'ances qu'on me fait.» Le frère Martin-l'Advenu , la consola et lui dit qu'elle devait se préparer à mourir, alors Jeanne se confessa fort dévotement, et comme elle désirait communier, l'évêque de. Beauvais en donna l'autorisation ; mais, ce qui prouve l'aigreur et l'animosilé des esprits contre la Pucelle, c'est que la communion lui fut apportée sans étole, sans

cierge, sans aucune des solennités de l'église catholique, tant on craignait un soulèvement des A*nglais ! Frère Martin, scandalisé, réclama auprès du prélat, et quelques instants après, le vicaire d'une paroisse voisine, porta très solennellement le sacrement de l'Eucharistie, chantant les litanies, et priant pour l'infortunée victime. « Jeanne, dit le frère Martin, reçut la communion avec une grande abondance de larmes. Alors arriva l'évêque de Beauvais : Jeanne , lui dit-il, prenez tout ceci en patience. Vous périrez, parce que vous n'avez pas tenu ce que vous avez promis ; » et la Pucelle répondit : « Hélas 1 si vous m'eussiez mise aux prisons ecclésiastiques, et entre les mains de concierges compétents, ceci ne fût pas arrivé; pourquoi je vous appelle devant Dieu. »

Neuf heures du matin sonnaient au beffroi de l'hôtel-de-ville de Rouen , et la charrette qui devait

( Supplice de Jeanne-d'Arc. )

conduire Jeanne-d'Arc au supplice l'attendait dans la cour du château. La Pucelle était l'objet d'une surveillance minutieuse. Martin-l'Advenu , et frère Isambart-la-Pierre restèrent auprès d'elle. Le frère Martin-l'Advenu, un des assesseurs du procès , était du nombre de ceux qui avaient averti la Pucelle de se soumettre au pape et au concile de Bâle , et ce conseil de l'amitié faillit lui coûter la vie. Frère Isambart avait siégé aussi parmi les assesseurs ; lorsqu'on interrogeait Jeanne, il se plaçait auprès d'elle, et la conseillait par signes et par gestes. Aussi, le comte de Warwick irrité, voulut-il faire jeter à la Seine frère Isambart. Massieu était le troisième ami de la Pucelle; dans le cours du procès de Jeanned'Arc, l'évêque de Beauvais avait menacé Massieu de lui faire boire de l'eau plus que de raison, car il avait témoigné quelque intérêt à la pauvre fille ; Massieu

avoue lui-même qu'il fut malade de frayeur. Quand l'heure fut venue, Jeanne sortit de sa prison, et monta sur le char funeste, couverte d'une longue robe de deuil, et portant sur sa tête la mitre de l'inquisition, où étaient écrits ces mots : Apostate, hérétique, sorcière, etc. Martin-l'Advenu, et l'appariteur Massieu se placèrent à ses côtés, frère Isambart la suivit à pied. Le char était entouré de plus de huit cents hommes de guerre, armés de haches, de glaives et de lances : «Elle priait si dévotement, et se lamentait avec tant de douceur qu'aucun Français ne pouvait retenir ses larmes, ditM.de Barantedans son beau Iravailsur lesducs de Bourgogne (1); quelques assesseurs n'eurent pas

(1) L'histoire des ducs de Bourgogne par M. de Barante , est une de ces œuvres remarquables dont notre ^énëraiion a le droit d'être fière; elle est comme le premier anneau de ce chaînon littéraire et scientifique où brillent les travaux

la force de la suivre jusqu'à l'échafaud. Tout-à-coup, un prêtre perça la foule, arriva jusqu'à la charrette et y monta. C'était maître Nicolas-l'Oiseleur , sou faux confesseur, qui, le cœur contrit, venait demander à Jeanne pardon de sa perfidie. Les Anglais, furieux de son repentir, voulaient le tuer; le comte de Warwick eut grand' peine à le sauver. Arrivée à la place du supplice : « Ah 1 Rouen! dit-elle, Rouen ! est-ce ici que je dois mourir? » Le cardinal de Winchester et plusieurs prélats français étaient placés sur un échafaud ; les juges séculiers sur un autre. Jeanne fut amenée devant eux. d

Nicolas Midi, un des assesseurs, adressa à la Pucelle une admonition pour la préparer à entendre son jugement; il avait pris pour texte de son discours ces paroles de saint Paul : « Si l'un des membres souffre, les autres souffrent également. » L'orateur, en terminant sa prédication, s'adressa à Jeanne, et lui dit : « Jeanne, allez en paix; l'église ne peut plus vous défendre et vous laisse en la main séculière. » Dans ses piteuses lamentations, la victime s'adressa à toute manière de gens, de quelque condition ou état qu'ils fussent, tant de son parti que d'autre, les conjurant de prier pour elle, leur demandant merci pour le mal qu'elle avait pu leur faire, et pardonnant le mal qu'on lui avait fait. Elle resta ainsi à peu près une demi-heure; tous les juges furent provoqués à pleurer en lui voyant faire ses pitoyables regrets et douloureuses complaintes; ceux qui la regardaient pleuraient à chaudes larmes, et le cardinal de Winchester en eut très grande compassion. Jeanne supplia les prêtres qui étaient présents de dire chacun une messe pour son âme. Alors l'évêque lut la sentence; elle commençait par ces mots : « In nominédomini. Amen. Nous, Pierre, par la miséricorde divine, évêque de Reauvais, et nous, frère Jean Lemaîlre , vicaire de l'inquisiteur de la foi, compétents en cette partie. » Les juges rappelaient à la Pucelle qu'elle était retombée dans les erreurs et crimes de schisme, d'hérésie, d'idolâtrie, d'invocation de diable, et plusieurs autres méfaits qui lui avaient été pardonnes. Tu es revenue, ajoutèrent-ils, malgré tes promesses, aux erreurs et méfaits qui t'avaient retranchée de la sainte église, semblable au chien qui a coutume de retourner à son vomir, ce que nous disons avec grande douleur. Pour quelle cause nous te déclarons avoir encouru de rechef les sentences d'excommunication prononcées contre toi, et te déclarons hérétique ; séants au siège et tribunal de justice, proférons

si supérieurs de MM. Guizot, Capefigue et Thierry. Il y a tant de traits de ressemblance entre la manière de M. de Barante et celle deM. Capefigue! c'est une semblable variété de tableaux, un même attrait de descriptions, un même charme de style; les deux historiens ont résolu le difficile problème de faire de l'érudition .beaucoup d'érudition, sans être lourds, indigestes , ennuyeux; ils ont dépouillé l'arbre antique de la science, de ses branches arides et de ses rameaux desséchés. La maison Duféy termine en ce moment sa belle édition des Ducs de Bourgogne, publication élégante qui a réuni des milliers de suffrages; on a épuisé en sa faveur toutes les formules de l'éloge, de la louange; rien n'est comparable en effet à la richesse des gravures, à cet atlas de cent vignettes , petits tableaux dus aux crayons des Scheffer, des Decamps , des Roqueplan, des Delaroche, etc. C'est là véritablement une œuvre d'art, où se trouvent en parfaite harmonie , et la pensée qui l'a conçue , et les habiles mains qui l'ont exécutée.

que comme membre pourri , nous t'avons déboulée et rejetée de l'unité de l'église et t'avons livrée à la justice séculière, laquelle nous prions de te traiter doucement et humainement, soit en perdition de vie ou d'aucuns membres. »

La sentence prononcée , Jeanne voulut avoir une croix; un Anglais était près de là, il coupa son bâton en deux, et en fit une croix qu'il lui donna; très dévotement elle la prit, la baisa, et la mit entre sa chair et ses vêtements; elle demanda humblement à Jean Massieu et à frère Isambart qu'ils allassent en l'église prochaine , et lui apportassent une autre croix ; lorsqu'elle l'eut, elle l'embrassa étroitement, en se recommandant à Dieu et à tous les saints du paradis. Plusieurs capitaines anglais qui avaient mission d'assister à son supplice se montraient impatients de la voir mourir; ils s'adressèrent à Jean Massieu : « Comment, prêtre, lui dirent-ils, nous ferez-vous dîner ici? » Puis ils voulaient l'entraîner vers le bûcher. Il est historiquement vrai, qu'aucun jugement de la justice séculière ne fut prononcé. Après la lecture de la sentence ecclésiastique, l'évêque de Reauvais, nouveau Pilate, était descendu de l'échafaud, laissant Jeanne avec les exécuteurs. Pour obéir à l'ordre du bailli de Rouen, 'des sergents d'armes s'approchèrent et contraignirent Jeanne à les suivre vers le lieu du supplice avec une grande violence ; pendant qu'on la conduisait, elle s'écriait : « Rouen, Rouen, seras-tu ma dernière demeure! » L'infortunée Pucelle monta sur le bûcher, et fut attachée au poteau avec une chaîne de fer ; avant d'être ainsi liée, elle embrassa encore la croix et la remit au frère Isambart qui la tint élevée devant ses yeux. En voyant le feu s'allumer, elle s'écria: «Jésus, Jésus. » Comme le frère Martin qui était près d'elle, ne s'apercevait pas que le feu gagnait, elle l'en avertit et le pria de s'éloigner. L'évêque de Reauvais et quelques prêtres du clergé de Rouen s'approchèrent pour la voir : « Hélas ! dit-elle au prélat, je meurs par vous, car si vous m'eussiez donnée en garde aux prisons de l'église, je ne serais pas ici. » Jeanne ne voulut rien révoquer, elle dit qu'un jour Dieu maudirait ses juges. « Ah! Rouen, r.épétait-elle, j'ai bien peur que tu n'aies à souffrir de ma mort. »

Il y avait sur toutes les physionomies une profonde empreinte dp tristesse; des bourgeois disaient qu'ils avaient pleuré sur le sort de la pauvre Jeanne plus qu'ils n'avaient jamais pleuré pour malheur qui personnellement leur advint. Quelques-uns de ceux-là mêmes qui avaient désiré le plus ardemment la mort de la Pucelle, erraient dans les rues, sur les places publiques , criant à tue-tête : « Nous sommes perdus , une bonne fille expire dans les flammes. » L'exécution allait lentement; pour que tout le monde pût voir la Pucelle et s'assurer de sa mort, les Anglais avaient fait construire sur le bûcher un grand échafaudage de plâtre où la victime èlait enchaînée. La flamme avait de la peine à monter jusqu'à elle ; « de quoi le bourreau élait marri, disent plusieurs témoins, et avait grande compassion de la forme et manière cruelle dont on la faisait mourir.» Rientôtle feu et la ■fumée l'enveloppèrent; Jeanne appela à son secours saint Michel ; à plusieurs reprises elle prononça le nom du Christ, et le mot de Jésus fut le dernier qui sortit de sa bouche. Les Anglais commandèrent alors

au bourreau de retirer un peu le feu, afin que le peuple rassemblé pût s'assurer de la mort de la jeune vierge. « Incontinent fut le feu tiré en arrière, s'écrie un chroniqueur, et ladite Jeanne fut vue avec sa robe brûlée. Quand le peuple l'eut vue assez, et à son gré, pour ôter ses doutes, le bourreau remit le feu sur son corps, qui, aussitôt, fut réduit en cendres. » Jeanne-d'Arc étant malade en sa prison, avait demandé à ses juges implacables d'être ensevelie en terre sainte, si la mort venait à l'emporter. Hélas! on refusa même une sépulture à l'infortunée victime ! Le cardinal de Winchester, le comte de Warwick , l'évêque de Beauvais, et plusieurs chefs de troupes, présents à l'exécution , ordonnèrent de disperser au vent les cendres de la Pucelle, et de jeter dans la rivière de Seine les lambeaux de son corps.

» Il y avait peu d'hommes assez durs pour retenir leurs larmes, écrit M. de Barante ; tous les Anglais, sauf quelques gens de guerre qui continuaient à rire, étaient attendris : C'est une belle fin, disaient quelques-uns, et je me tiens heureux de l'avoir vue, car elle fut bonne femme. Les Français murmuraient que cette mort était cruelle et injuste. — Elle meurt martyre pour son vrai seigneur. — Ah ! nous sommes perdus; on a brûlé une sainte. — Plût à Dieu que mon âme fût où est la sienne ! Tels étaient les discours qu'on tenait. Un autre avait vu le nom de Jésus écrit en lettres de flammes au-dessus du bûcher. Mais ce qui fut plus merveilleux, c'est ce qui advint àun.homme d'armes anglais ; il avait juré de porter un fagot de sa propre main au bûcher ; quand il s'approcha pour faire ce qu'il avait dit, entendant la voix étouffée de Jeanne qui criait Jésus, le cœur lui manqua, et on le porta en défaillance à la prochaine taverne. Dès le soir, il alla trouver frère Isambart, se confessa à lui, dit qu'il se repentait d'avoir tant haï la Pucelle, qu'il la tenait pour sainte femme, et qu'il avait vu son âme s'envoler des flammes vers le ciel, sous la forme d'une blanche colombe. Le bourreau vint aussi se confesser le jour même, craignant de ne jamais obtenir Te pardon de Dieu. »

Elle n'avait pas atteint sa vingtième année , la vierge de Domremy, lorsqu'elle quitta la vie; pendant un an à la cour du roi Charles VII , elle avait ensuite paru à la tête des armées sous le gonfanon aux fleurs de lis d'or; depuis treize mois elle languissait dans les cachots , en butte à mille outrages. Son glorieux trépas ne fit que prouver son innocence: en vain maître l'Oiseleur assura que la Pucelle avait abjuré ses fautes et reconnu le mensonge de sa vision ; en vain le roi d'Angleterre écrivit à tous les princes que si Jeanne avait péri sur un bûcher , c'est qu'elle fréquentait des esprits diaboliques maudits de Dieu ; il n'en fut pas moins constant que Jeanne-d'Arc mourait victime de la vengeance des Anglais, irrités d'avoir été souvent battus par une jeune fille, sans expérience dans les guerres. A. Mazuy.

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