‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 159 sur 187 · EXPLOSION DE QUATRE MILLE LIVRES DE POUDRE SOUS L'EAU · texte numérisé non relu

EXPLOSION DE QUATRE MILLE LIVRES DE POUDRE SOUS L'EAU

Une entreprise gigantesque et sans exemple jusqu'à ce jour, vient d'être tentée dernièrement avec un plein succès dans les eaux de la Tamise, non loin de son embouchure.

Il s'agissait de soulever la carène d'un fort navire coulé à fond, et qui, comme un rocher inébranlable, caché sous l'eau, obstruait la navigation. Tous les efforts employés jusqu'alors avaient échoué. Enfin un officier supérieur du génie proposa un moyen qui consistait à remplir de poudre à canon deux énormes cylindres en plomb, à les placer parallèlement, à l'aide de la cloche à plongeur, sous les flancs du vaisseau embourbé, et à y metlre le feu pour le faire sauter. Un tube renfermant une mèche et communiquant d'un bout aux cylindres, de l'autre à une bouée, devait amener l'explosion.

Deux tentatives pour mettre ce dessein à exécution avaient précédemment échoué. Chaque fois, quelque dérangement avait contrarié le succès. Un marin, qui travaillait dans la cloche à cette mine sous-marine, avait péri embarrassé dans les cordes que les oscillations des eaux agitaient et déplaçaient continuellement. Enfin, le 28 mai dernier, tous les préparatifs étaient terminés. Quatre mille livres de poudre, dont les cylindres monstres étaient remplis, allaient au contact du feu ébranler le lit du fleuve, disperser les eaux écumantes, et vomir à la surface le vaisseau naufragé. Le signal est donné ; toutes les chaloupes contenant travailleurs et curieux s'éloignent à grande distance ; une seule reste, c'est celle des rameurs qui, la rame à la main, se tenaient prêts à fuir, aussitôt que l'un d'eux aurait mis le feu à la mèche. Elle brûle lentement pendant plus de cinq minutes. L'anxiété des spectateurs est au comble; immobiles, les yeux dirigés vers le point où devait aboutir le feu de la mèche, ils attendaient l'instant solennel avec une indicible émotion.

Tout-à-coup l'explosion se fait entendre avec un épouvantable fracas. 11 faut renoncer à décrire tout le grandiose d'une pareille scène. Imaginez, s'il est possible, une masse d'eau, prenant la forme d'un dôme de plus de huit cents pieds de circonférence, lancée en l'air à la hauteur de soixante-dix pieds, puis une vapeur épaisse et noirâtre du milieu de laquelle s'échappent de toutes parts mâts, planches et

poutres, comme du cratère d'un volcan. La violence du choc fut telle que les collines qui dominent les deux rivage» en furent ébranlées. La secousse se fit sentir jusqu'à Gravesend et aux villages voisins.

Au silence de l'étonnement qui avait saisi la multitude qui bordait les deux côtés du fleuve, succédèrent d'innombrables applaudissements. Quelques minutes après l'explosion, on voyait des bateliers s'approcher, à force de rames, pour recueillir les débris du navire qui flottaient à la surface de l'eau, rentrée paisiblement dans son lit. Aucun accident fâcheux n'a signalé cette hasardeuse entreprise.

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