‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 164 sur 187 · L'ETNA · texte numérisé non relu

L'ETNA

L'Etna, que les anciens considéraient comme une des anciennes montagnes de l'univers, et sur le sommet de laquelle ils crurent que Deucalion et Pyrrha se réfugièrent pour échapper au déluge universel, est situé dans la plaine deCalane, en Sicile. Son élévation, au-dessus du niveau de la mer, est de douze mille pieds. Sa base et ses flancs sont couverts d'une multitude de collines qu'il a créées, et dont quelquesunes n'ont pas moins de trois lieues de tour, et près d'une lieue d'élévation perpendiculaire. Chaque éruption en produit une nouvelle. On divise ordinairement l'Etna en quatre régions bien distinctes. La première, ou regîonc culla (la région fertile), entoure le volcan jusqu'à une hauteur de près de quinze milles anglais, hauteur à laquelle commence la seconde région , nommée regione sijlvosa ou nemerosa (région boisée); elle forme le pays le plus riche du monde. La région tempérée environne le volcan, comme un cercle de verdure formé d'arbres au riant feuillage ; on se croit transporté dans l'Elysée des païens, lorsqu'on foule aux pieds le gazon des forêts qui la composent. C'est un nouveau climat, une création nouvelle; l'air, auparavant chaud et brûlant, devient frais et embaumé. Tous les sentiers, toutes les routes, bordés de plantes aromatiques, exhalent d'enivrantes odeurs à l'influence desquelles on se soustrait à regret. Ces sensations ne sont plus les mômes lorsqu'on a atteint la quatrième région, nommée regione déserta ou scoperta (région stérile) ; partout on marche sur de la neige ou de la glace. Le grand cratère de la montagne élève sa tête fumante au-dessus des frimats et des régions où les deux températures les plus opposées sont poussées à l'extrême, et semblent, par une inexplicable bizarrerie de la nature, s'être pour jamais réunies dans un même lieu.

Un voyageur, dans sa description de l'Etna, dit que ce volcan singulier rassemble les objets les plus disparates de la nature. Ici, on aperçoit un gouffre qui vomissait autrefois des torrents de feu et de fumée, et qui est maintenant couvert de la végétation la plus abondante. Là, sur un terrain qui n'était jadis qu'un rocher noir et inculte, on cueille des fruits délicieux. Plus loin, le sol est un parterre où l'émail de mille fleurs charme la vue. Étonné de se trouver parmi tant de merveilles, l'étranger contemple ce ravissant spectacle, sans penser que -l'enfer est immédiatement sous ses pieds, et qu'entre lui et des mers de feu, il n'y a que quelques toises d'intervalle. Mais ce qui surprend encore davantage, lorsqu'on jette les yeux sur le sommet du volcan, c'est d'y voir, dans une union perpétuelle, deux éléments qui sont continuellement en guerre : un gouffre immense de feu qui existe pour jamais au milieu de ffeiges qu'il ne peut venir à bout de fondre, et de vastes champs de glace qui environnent sans cesse les flammes et n'ont pas la force de les éteindre.

Le pourtour du cratère, dont la circonférence est d'environ trois milles et demi, va en pente de chaque côté, et forme une vaste excavation qui ressemble à un amphithéâtre; il sort de divers endroits, des nuages sulfureux qui roulent comme un torrent au bas de la montagne, perce qu'ils sont beaucoup plus lourds que l'air qui les supporte ; mais lorsqu'ils sont

arrivés à la partie de l'atmosphère qui est de la même pesanteur, elle s'échappe horizontalement comme une longue traînée, en suivant la direction du vent. Le cratère est si chaud qu'il serait fort imprudent d'y descendre ; il n'est pas moins téméraire de s'en approcher de trop près, car la fumée qui en sort est telment suffocante et le sol tellement glissant en quelques endroits que plusieurs curieux ont payé de leur vie leur audace. M. Dourville plus entreprenant et plus courageux que les autres savants qui ont examiné l'Etna, s'y est fait descendre par des cordes que des hommes, placés à quelque distance, tenaient du mieux qui leur était possible. Il rapporte que des flammes légères et une fumée très compacte ne lui ont pas permis de distinguer parfaitement la profondeur exacte du gouffre, mais il assure qu'il a très bien vu une masse de matières de forme conique, et dont la hauteur perpendiculaire pouvait bien égaler soixante pieds. ,

Dan9 le cours des douzième et quatorzième siècles, plusieurs éruptions signalèrent le volcan de la Sicile'; mais celle qui arriva en 1G69 fut une des plus mémorables ; un ciel noir, des nuages épais, des éclairs brillants, du feu roulant du tonnerre et des secousses souterraines en furent les avant-coureurs. La lave embrasée se répandit avec tant d'impétuosité dans les environs de Monte-Pelieri, qu'elle tomba sur cetlo montagne et la perça d'outre en outre ; elle se partagea ensuite en deux branches qui se réunirent au sud; elle ravagea tout le pays situé entre Monte- Pelieri et Catane, et ayant escaladé les murailles de cette ville, hautes de cinquante-quatre pieds, elle y pénétra, renversa et détruisit tout ce qui entrava sa marche meurtrière, semant par tout la terreur et la moi t sur son passage, et alla enfin se jeter dans l'Océan . On dit qu'elle anéantit les possessions de près de trente mille personnes qui furent réduites à la plus affreuse misère. Elle forma ainsi plusieurs collines dans les lieux où il y avait des vallées, et combla un lac profond dont on ne trouve plus aujourd'hui le moindre vestige. On raconte comme un fait authentique qu'un verger de la dépendance d'un couvent de jésuites, et qui avait? été formé d'une ancienne lave, apparemment peu épaisse et au-dessous de laquelle existaient beaucoup de trous et de crevasses, s'étant trouvé sur le passage du torrent, la lave liquide était entrée dans ces crevasses, et que les ayant^comblées, le verger avait été soulevé peu à peu. On ajoute que les jésuites, qui s'attendaient de moment en moment à voir disparaître leur propriété, contemplèrent avec le plus grand étonnement le mouvement auquel elle était forcée d'obéir; elle fut, à ce que l'on assure, transportée à plusieurs milles de distance, et quoique la majeure partie en ait été détruite durant le trajet, il en subsiste encore de nos jours quelques restes curieux.

En 1809, douze nouveaux cratères s'ouvrirent subitement à un chemin de la montagne, et vomirent des torrents de lave embrasée ; tous les palais et toutes les maisons de campagne qui se trouvèrent sur lo passage de ces torrents en furent couverts à une hauteur de trente à quarante pieds. En 1811, la partie orientale de la montagne creva en différents endroits et à peu près régulièrement. Le spectacle qu'offrit la lave embrasée se précipitant de toutes ces bou*

ches fut horrible; l'horizon en fut éclairé d'une manière effrayante. L'éruption de la majeure partie des crevasses ne fut pas de longue durée ; mais celle de la plus grande continua pendant l'espace de plusieurs mois, et, au moment où on la croyait linie, une nuée de cendres fut lancée dans les airs, et portée par le vent jusque sur la ville de Catane et les terres qui l'environnent. Un bruit épouvantable, semblable à celui des flots d'une mer irritée, eut lieu dans l'intérieur de la montagne, et ce bruit, mêlé à celui des explosions fréquentes, que répétèrent les échos de la vallée, répandit au loin une terreur panique, qui ne se calma que long-temps après que la cause eut cessé d'exister. Quand on examine l'Etna, on ne saurait se défendre d'une espèce de respect mêlé d'effroi, et l'on n'est plus surpris qu'on ait pu le regarder, dans des temps superstitieux, comme le séjour des damnés. En effet, lorsqu'on pense à l'immensité de sa profondeur, à l'étendue des antres et des cavernes d'où sont sorties tant de laves, à la force que doit avoir le feu intérieur pour élever ces laves à une si grande hauteur, les soutenir en l'air, ou seulement les porter au sommet du cratère, avec toutes les circonstances terribles qui accompagnent ces explosions, au bouillonnement de la matière, aux secousses de la montagne et aux rochers enflammés qu'elle vomit, etc.. Il faut avouer que l'imagination, dans ses plus grandes terreurs, a peine à se former l'idée d'un enfer plus redoutable.

Mais, ce qui est en vérité merveilleux, et ce dont on ne pourra jamais donner qu'une idée imparfaite, c'est la beauté et la magnificence de la vue dont on jouit lorsqu'on a atteint le pic de l'Etna. Qu'on se représente l'atmosphère s'enflammant peu à peu, et ne laissant entrevoir que par degrés le firmament et notre globe ; la terre et la mer sont dans un tel état

d'obscurité et de confusion, qu'on croirait qu'elles sortent pour la première fois de leur chaos. Le matin approche et opère leur séparation ; les étoiles s'éloignent et les ombres disparaissent; les forêts qui ressemblaient à des abîmes noirs et sans fond, paraissent sortir du néant, et chaque nouveau faisceau de lumière y répand la vie. Bientôt la zone s'étend de plus en plus, l'horizon s'élargit, se prolonge do tous côtés, et le soleil, s'avançant majestueusement à l'orient, vient compléter cet admirable spectacle. On voit alors le soleil se lever au fond de l'Océan, et traîner pour ainsi dire à sa suite une immense étendue de terre et de mer; les îles Lipari, Panaria. Stromboli et Vulcano, dont les sommets sont couverts de fumée, semblent être sous les pieds du spectateur, et l'on peut contempler la Sicile comme sur une carte. On peut aussi tracer le cours de chaque rivière à travers tous ses détours, depuis sa source jusqu'à son embouchure. Tous ces objets, par une magie d'optique difficile à expliquer, semblent rapprochés et placés autour de la base du volcan. On ne s'aperçoit pas de la distance qui les sépare, elle paraît réduite à rien.

Une des plus grandes curiosités de l'Etna, curiosités qui datent de plusieurs siècles, c'est il castagno dei centum cavalli (le maronnicr des cent chevaux). C'est un arbre d'une grosseur énorme. Si l'on en jugeait par l'apparence, on croirait que c'est un assemblage de cinq gros arbres qui ont une végétation commune. Mais la tradition universelle et le témoignage de tout le pays attestent que ces tiges sont réunies sous terre en une seule racine. Cet arbre, nommé à juste titre , depuis un temps immémorial , Y ornement de la forêt , est maintenant réduit à un respectable état de vétusté. Il a deux cent quatre pieds de tour ; c'est un des phénomènes les plus étonnants du règne végétal.

( L'Etna. )

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Paris, Imprimerie de Chassaignon, rue Gtt-le-Cœur, 7.— Tiré à la Presse mécajiiquc par Aristide.

LE TAMANDUA-GUACU.

LE TAMANDUA-GUACU.

Un de mes amis m'écrivait d'Urnba, au Brésil : « C'était dans une petite forêt placée au pied des montagnes qui séparent Urubade San-Salvador, que le jaguar avait l'habitude de se retirer pendant le jour, après avoir jeté la désolation et l'effroi dans les hameaux des environs. En conséquence, nous partîmes au nombre de douze chasseurs ayant chacun un domestique et deux chevaux. Comme nous avions dix-huit lieues à faire pour arriver au rendez-vous de chasse, nous résolûmes de camper une nuit en route, et nous fîmes nos préparatifs en conséquence; c'est-à-dire que nous emportâmes deux tentes de coton et des vivres.

Notre petite caravane se mit en route le 12 février 1835, à cinq heures du matin, et nous suivîmes pendant quelques heures les rives du fleuve Saint-François , en le remontant comme si nous allions au Paraguay. Figurez-vous mon étonnement, à moi, Parisien, qui cinq mois avant n'étais jamais sorti de la Chaussée-d'Anlin. Tout, pour moi, était un objet de surprise et d'admiration : je ne reconnaissais plus ni le ciel bleu de Paris, ni la végétation mesquine de Montmorenci ; l'air était rouge ; les palmiers se balançaient dans les airs à cent vingt pieds de hauteur, et s'élevaient au milieu de taillis composés de bougainvillers à fleurs éclatantes, de

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solandres à rameaux sarmenteux et à grandes fleurs blanches semblables à des trompettes d'un pied de longueur, de lauriers avocassiers aux branches desquels pendaient de grosses poires d'un goût délicieux. Mille autres espèces d'arbres et arbrisseaux me surprenaient par la singularité de leur feuillage, la beauté de leurs Heurs, ou le suave parfum de leur fruit. J'aimais surtout à voir les tiges filiformes de la vanille aromatique enlacer le tronc des acajous dans leurs mille replis, s'élancer en festons de branche en branche, et laisser retomber vers la terre en gracieuses guirlandes leurs belles grappes de fleurs d'un blanc-jaunâtre. Des nuées de perroquets faisaient retentir les bois de leurs criaillements désagréables, et une foule de singes à queue sautaient d'un arbre à l'autre pour s'approcher de notre caravane et la voir passer. Leur légèreté qui n'est comparable qu'à celle d'un oiseau, leur adresse, et jusqu'à l'effronterie avec laquelle ils venaient nous faire des grimaces jusqu'à demi-portée de pistolet, m'offraient un spectacle aussi neuf qu'amusant.

Nous voyageâmes fort gaiement toute la journée, et le soir, nous vînmes camper sur les bords de la rivière où nous dressâmes nos tentes. Les objels pittoresques que j'avais rencontrés sur la route, m'avaient fait oublier l'excessive chaleur; mais il n'en fut pas de même pour les incommodités du soir, car au moment où, enveloppé dans mon manteau,

je me disposais à m' abandonner à un sommeil réparateur, une armée innombrable de moskitos, ou si vous aimez mieux, de cousins, m'enveloppa comme d'un nuage bourdonnant, et pour éviter leurs piqûres, il n'y eut pas d'autre moyen que de leur abandonner la place. Je sortis doucement de la tente, pour ne pas réveiller mes compagnons, et, armé de mon fusil, je dirigeai ma promenade silencieuse vers le bord du fleuve, pour respirer la fraîcheur.

La lune élevait son front radieux vers le ciel, et ses rayons jetaient assez de clarté pour que je pusse aisément distinguer à trente pas de distance, et jusque dan» leurs plus petits détails, les objets qui m'entouraient. Je m'avançai au milieu des hautes herbes de la savane, et je finis par m'asseoir sur un bloc de granit pour admirer la magnificence d'une belle nuit près de l'èquateur. Je fus tout-à-coup interrompu dans ma douce méditation par l'être le plus extraordinaire que j'eusse vu de ma vie.

Figurez-vous un animal de la grosseur d'un fort mâtin, de quatre pieds de longueur, non compris la queue, à pelage rude d'un gris-brun, avec une bande oblique, noire, bordée de blanc, sur chaque épaule. Je ne pus d'abord distinguer que confusément ses formes bizarres, mais comme je restais immobile et silencieux, il ne m'aperçut pas, et vint jusqu'auprès de moi sans la moindre défiance. Sa tête, très petite comparativement au reste de son corps, se prolongeait en un museau prodigieusement grêle, cylindrique, long de plus d'un pied, et terminé par une toute petite gueule absolument dépourvue de dents; ses oreilles étaient fort courtes, à peine apparentes, et ses petits yeux avaient une expression de tristesse assez commune à tous les animaux nocturnes. Lorsqu'il marchait, il balayait la poussière avec une énorme queue garnie de longs poils dirigés dessus et dessous ; mais, comme je l'ai appris depuis, lorsqu'il se promène au soleil, pour éviter ses rayons qu'il déteste, il la relève verticalement et s'en fait une sorte de parasol. Je remarquai qu'il avait cinq ongles aux pieds de derrière et quatre à ceux de devant; ces derniers étaient d'une force et d'une longueur terribles, et me parurent devoir lui fournir des armes défensives très puissantes. Comme ces ongles, lorsque l'animal ne s'en sert pas, sont à demi-ployés sous sa main, il en résulte qu'il est obligé de ne poser le pied que sur le côlé, ce qui rend sa marche lente, difficile et fort peu gracieuse. Il rôda quelque temps autour de moi, puis il s'approcha d'un cône de terre élevé par une de ces républiques de fourmis que les naturalistes nomment termites. Il en fit le tour deux ou trois fois en l'observant minutieusement, et je crus qu'il allait ensuite passer outre, car je savais que ces cônes, souvent larges de cinq pieds et hauts de plus de six, sont bâtis par les termites avec une telle solidité, qu'il est fort difficile de les entamer avec une pioche ou un pic. Néanmoins, je le vis s'asseoir sur le derrière, puis, avec ses pattes de devant, ou plutôt avec ses ongles, frapper des petits coups secs à différentes places de l'édifice. Comme il avait l'air d'écouter attentivement les sons que produisait chaque coup de patte, je suppose qu'il sondait ainsi l'habitation des termites pour s'assurer de l'endroit où il devait l'attaquer. En effet, je le vis, un instant après avoir frappé trois ou quatre

fois à la même place, se déterminer tout-à-coup, et tenter quelques efforts pour y faire un trou avec les ongles, et il y parvint.

L'ouverture qu'il avait faite au cône, était tout au plus assez grande pour y introduire un doigt; je crus qu'il allait faire de nouveaux efforts pour l'agrandir ; mais il n'en fut rien ; il se contenta d'appliquer à l'ouverture le bout de son grêle museau, puis il resta immobile dans cette attitude, pendant environ deux minutes.

Pendant ce temps, toute ma sagacité fut en défaut pour deviner son intention. Je le vis tout-à-coup rejeter sa tête en arrière par un mouvement assez brusque, et je crus qu'il tirait du trou un ver de terre long de dix - huit pouces , de la grosseur d'un petit tuyau de plume, se tortillant dans tous les sens, et couvert d'un grand nombre de termites qui y étaient attachées par une humeur visqueuse. Or, ce prétendu ver, n'était rien autre chose que sa langue qu'il avait introduite dans le cône et allongée jusqu'au milieu de l'habitation des termites. Par un mouvement assez prompt, il la retira en plusieurs doubles dans sa bouche ; il avala les insectes qui s'y étaient attachés , et la replongea plusieurs fois dans la fourmilière en répétant toujours la même manœuvre.

Je voulus m' approcher doucement, mais, au premier mouvement que je fis, l'animal m'entendit et m'aperçut. Je pensai qu'il allait fuir, et je préparai mon fusil ; mais l'expérience lui ayant appris que sa marche est trop lente pour espérer de se dérober par la fuite à ses ennemis, il se borna à se dresser sur ses pattes de derrière en s'appuyant le dos contre la fourmilière, se couvrant le corps avec sa queue, et abritant son museau en le plaçant le long de sa poitrine.Dans cette attitude, il m'attendit depied ferme, en me présentant ses griffes acérées. Deux ou trois fois je tournai autour de lui, espérant le surprendre et l'assommer ; toujours ses ongles puissants étaient tournés de mon côté d'une manière menaçante, et je finis par le tuer d'un coup de fusil.

Au bruit de l'explosion mes camarades accoururent. « C'est un tamandua-guacu, me dit l'un d'eux, le même animal que vous autres Français appelez tamanoir (myrmecophaga-jubata), je ne sais trop pourquoi. Il est le plus grand des animaux qui composent le genre des mangeurs de fourmis ou fourmiliers, et il est privé de la faculté de grimper sur les arbres. Comme vous avez pu le voir, sa marche est lente, et jamais il n'habite que des lieux bas comme celui où nous sommes. Cet être, si disgracié de la nature, est cependant rempli de bonnes qualités. Quoique fort mal armé, son courage ne le cède en rien à aucun autre animal, et il se défend même contre le jaguar. Si ce dernier a l'imprudence de l'aborder sans précaution, le tamanoir le saisit dans ses bras, et ne le lâche qu'après l'avoir étouffé. La femelle ne fait qu'un petit, et a pour lui le plus grand attachement. Jamais elle ne le quitte, et, lorsqu'elle sort de sa retraite pour aller chasser aux termites, elle le porte constamment sur son dos, et passe même des rivières à la nage en portant sa précieuse charge.

o Le tamandua-guacu ne se nourrit pas seulement de fourmis, mais encore de toutes sortes d'insectes.

Pris jeune, il s'accoutume assez bien à l'esclavage, et vit de pain et de petits morceaux de viande; il s'attache à son maître jusqu'à un certain point ; mais sa tristesse habituelle augmente avec l'âge, et ordinairement il périt d'ennui peu de temps après avoir atteint l'âge adulte.

o Vous avez surpris celui-ci, dit le Brésilien, au moment le plus intéressant de sa chasse, et voici pourquoi il a montré de la colère et s'est mis en défense; dans toute autre circonstance, vous auriez pu le chasser devant vous, et le conduire ainsi jusque dans votre tente, avec la seule précaution de ne pas trop le presser pour ne pas le fatiguer, ce qui aurait pu l'impatienter. » Boitaud.

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