STIRLING
Vue du Château. — Bataille de Bannockburn. — Assassinat du comte ^e Douglas. — Etat de la ville actuelle.
Si, l'imagination toute remplie des délicieuses descriptions sorties de la plume de Walter-Scott, vous pénétrez dans les pittoresques contrées de l'Ecosse, si, au milieu de ces villes d'une majesté sauvage et triste, semées çà et là entre les lacs et les montagnes, de ces châteaux perchés sur les rochers les plus escarpés et flanqués de gothiques tourelles, vous allez chercher quelques souvenirs des guerres des Highlanders ou des Covenentaires , n'oubliez pas surtout dans vos romantiques pérégrinations de visiter l'antique séjour des monarques de la Galédonie, et de monter sur la tour la plus élevée. Peu de vues peuvent rivaliser avec celle qui se déploie alors à vos regards : d'un côlé c'est la Teith et la Forth, qui coulent avec impétuosité à vos pieds. Sur cette dernière, un pont hardi joint deux rives éloignées, qui disparaissent ensuite, et laissent à la Forth toute l'immensité et la grandeur de l'Océan. C'est là que la barque du pêcheur des Hébrides ou des Shetlands vient chercher un abri contre l'orage, hôte habituel de ces bords. Du sein de ces flots d'un vert-azuré, se dresse comme par enchantement une petite île qui n'est elle-même qu'un rocher sur lequel on a bâti le délicieux séjour de Craigforth , d'où une vue moins étendue, il est vrai, mais qui a aussi son charme et son originalité, attend le voyageur curieux qui a osé aborder l'assiette difficile de cet îlot. Au-delà, l'on aperçoit l'AUan, ruisseau que les ballades écossaises ont rendu célèbre, et qui semble se perdre au milieu des merveilles que la main des hommes a enfantées, en dépit du sol aride et des marécages qui les entourent. Faites-vous un demi -tour sur vous-même, et Stirling se montre à vous avec ses rues montantes, ses palais délabrés, ses chaumières couvertes de feuilles et de branches de genêts , tout cela se groupant autour d'une église d'un style gothique. La flèche en est habilement travaillée. Si le soleil vient animer le tableau, alors près de l'heure de midi , vous voyez le clocher projeter son ombre sur les eaux limpides de la Teith, comme le style d'un gigantesque gnomon. Derrière la ville s'élève un amphithéâtre de montagnes, dont les dernières, couronnées de neige en toutes sai-
sons, se confondent avec le rideau de nuages transparents qui plane au-dessus d'eux.
C'était là, où vous contemplez les beaux effets d'un site enchanteur, dans ces murs où vous êtes monté tout-à-l'heure pour dominer sur la contrée, que jadis les rois d'Ecosse ont passé les b2aux jours de leur puissance, alors que la Claymore du Klan et des Highlanders se faisait encore craindre du léopard au berceau. Stirling partagea avec Dumferline et Linlithgow, l'honneur de posséder une partie de l'année les souverains écossais, durant la période qui s'écoula entre la conquête des Normands et le retour de Jacques 1" de sa captivité. L'une des clefs du royaume, ce fut constamment dans les plaines qui l'avoisinent, que les Écossais et les Anglais se livrèrent les terribles combats qui ensanglantèrent leurs annales. On compte plus de douze champs de bataille dans les limites seules que l'œil nu peut atteindre du sommet du château. Mais la victoire qui est restée la plus célèbre de toutes celles auxquelles Stirling assista, c'est celle de Bannockburn. C'est principalement à dater de cette époque que la ville acquit une importance historique; qu'il nous soit donc permis de nous arrêter un instant sur le plus glorieux fait d'armes de la vieille Ecosse, qui se passa justement devant sa plus antique cité. Vous savez que , malgré les efforts héroïques de William Wallace, Edouard Ier, roi d'Angleterre, avait planté son étendard jusqu'au cœur de la Calédonie. Robert Bruce, héritier du courage et de l'amour de la liberté de "Wallace, mais point heureusement de sa fortune, était parvenu à chasser les Anglais. Un seul point restait en leur pouvoir , sir Philips Mowbray occupait encore, au nom d'Edouard II, la forteresse de Stirling. Bloqué par Edouard Bruce, frère de Robert, le noble Breton redouta plus la famine que l'ennemi, il s'engagea à se rendre, si vers le milieu de l'été il n'était point secouru. Edouard Bruce permit à Mowbray de se rendre à Londres, pour y faire part de sa capitulation. C'était bien compter sur les forces et la bravoure écossaises; le roi d'Angleterre possédait alors, en outre de ses états, le pays de Galles, l'Islande et une partie de la France; il pouvait réunir des troupes innombrables, et venir écraser sous les murs de Stirling cette poignée de montagnards tous fiers de leurs premières victoires. Robert Rruce lui-même frémit devant les conséquences dans lesquelles pouvait l'entraîner la témérité de son frère, et il remit tout à sa fortune et à Dieu. Cependant, à l'ambitieux Edouard I" avait succédé le voluptueux, l'indolent Edouard II, indigne fils d'un père brave et conquérant. Jouet des favoris qui régnaient en maîtres sur son esprit irrésolu il balance, il tarde, enfin il rassemble lentement une nombreuse armée. Une prompte attaque eût pu perdre à jamais les Bruce et l'Ecosse, Edouard I" n'eût pas manqué l'occasion, Edouard II négligea tous les moyens de s'assurer du succès, et l'Ecosse lui dut son salut. Il s'avance fièrement a la tête de sa noblesse, de cette cavalerie anglaise qui avait fait ses premières armes dans les plaines de la Normandie et de la Flandre, de ces archers si renommés pour leur adresse et leur agilité. Les Ecossais ne sont au nombre que de trente mille, ils n'ont ni armures brillantes, ni écuyers portant des pennons
aux armoiries de leurs seigneurs, ni palefrois bardés de fer et richement harnachés. Mais Robert esta leur tête , son frère Edouard qui brûle de réparer une faute, ?on neveu Randolph, son fidèle Douglas sont à ses côtés, c'est nommer tout ce que la Calédonie enfanta jamais de plus grand et de plus héroïque. Rruce ne demanda pas à la seule valeur de ses frères tout le succès de celte journée , il appela la ruse à son secours. Près de Stirling est une plaine que vous pourrez visiter encore; le soc de la charrue en a fait disparaître l'aridité naturelle, on la nomme le Parc. Des fondrières, des marécages l'entourent de toutes parts; le Parc présente seulement un terrain sqc et résistant; le prince écossais fait creuser une multitude de trous de deux pieds de profondeur, à peu près sur tout le front de la ligne de bataille, aux endroits où il était probable que donnerait la cavalerie ennemie. Les trous furent remplis de broussailles et recou-
verts d'un léger gazon, en sorte que tout le terrain paraît uni, tandis qu'il recèle partout des pièges et des précipices. En outre, on établit en différents endroits des chausse-trappes pour enferrer les chevaux et les cavaliers. L'aile droite de l'armée écossaise était appuyée contre la rivière de Rannockburn qui la défendait par l'extrême escarpement de ses bords, tandis que son aile gauche s'étendait au nord jusque sous les murs de Stirling. Ce fut le 24 juin 1314 que le combat s'engagea, on se doute bien que la déroute des Anglais fut complète. Les environs de Stirling rappellent encore toutes les circonstances de celte mémorable journée. A droite de la ville, vous apercevez le champ où, aux exhortations de l'abbé d'Inchaffray, les Ecossais se mirent à genoux, alors que Edouard II s'écria : Ils demandent pardon, et que le baron Ingelram d'Umphraville répondit : Oui, c'est à Dieu qu'ils le demandent et non à nous. Près de ce
Le château de Slirlins
lieu, on voit la place où, la veille du combat, monté sur un poney ou petit cheval de selle, armé d'une sim • pie hache d'armes, Robert Bruce étendit raide mort le téméraire Henri de Bohun qui s'était flatté de terminer d'un coup de lance la guerre entre l'Ecosse et l'Angleterre. Dans ce chemin qui longe le château, Randolph a pensé périr millefois, lui etses braves, en empêchant lord Clifford de venir secourir la garnison anglaise de Stirling. Enfin, un peu plus loin,' sont les hauteurs de Gillies-Hill, derrière lesquelles s'étaient retirés les domestiques et les conducteurs de bagages, qui parurent tout à coup comme un corps auxiliaire à la fin du combat, et décidèrent de la victoire. Tous les souvenirs se pressent autour de ces vieilles tourelles de Stirling ; je ne sais si l'on a gardé la mémoire du chemin que tint Douglas en poursuivant le monarque anglais, mais je ne doute pas qu'il n'y ait dans
-ces contrées quelque vieillard qui n'en ait reçu le souvenir de ses aïeux. ,
Si la bataille de Rannockburn est l'événement le plus glorieux de la royauté écossaise dont cette ville ait été le témoin, ces murs ont aussi assisté à un autre événement plus tragique encore, parce que les lauriers de la victoire ne viennent pas faire oublier le sang qui y fut versé, et un des faits dont on peut dire qu'ils ternissent l'histoire d'un monarque. Ce fut dans le château de Stirling que Jacques II, surnommé Visage-de-Feu, à cause de la large tache rouge qui couvrait son visage, poignarda, de sa propre main en 1452, Archibald, comte de Douglas. Cet Henri de Guise de 1 Ecosse, fier de sa noblesse et de sa puissance, s'était posé en rival insolent du roi ; il s'était même vu revêtu de la dignité de lieutenant-général du royaume, mais son élévation et en
même temps son humeur inquiète et farouche inspiraient à la couronne des craintes bien fondées. Conseillé par Livingston, ancien régent du royaume, et par sir Patrick Gray, qui voulait venger sur le comte l'assassinat de l'infortuné Maclellan, dont ce dernier avait été l'auteur, Jacques tendit un piège à Archibald, il l'invita à venir dans Slirling. Douglas méprisa tous les avis, tous les soupçons qu'on cherchait â lui faire concevoir sur le motif de cette réception, il se livra à la foi de son monarque qui lui plongea un poignard dans le sein. Tant était grande l'horreur qu'inspirait le comte, qu'on refusa la sépulture à son cadavre, et il n'y a guère que cinquante ans, que dans le jardin du château, au pied de la croisée où le crime avait été commis, on retrouva les restes de cet illustre félon à qui son roi avait servi traîtreusement de bourreau.
Jacques V fit comme ses prédécesseurs de Stirling sa résidence habituelle ; c'est dans ces environs que, comme notre bon Henri, il se plaisait sous le travestissement d'un simple paysan, à aller interroger ses sujets à leur insu, s'affublant lui-même du sobriquet de Goodman de Ballochgeich, nom pris d'une partie de la montagne sur laquelle s'élève le château.
Jacques VI a été baptisé à Stirling, il y fit également sa résidence. C'est à lui qu'on doit les principaux embellissements de la ville, qui depuis n'a cessé d'être le théâtre des guerres qui ont ravagé l'Ecosse tout un siècle.
Qu'elle est déchue de son antique splendeur, cette première capitale de la Calédonie ! Ses palais qui rappellent sa magnificence passée, sont déserts ou ruinés ; vous y voyez le paysan habiter sous des plafonds dorés, convertir en serres ou en étables des salles de danse et de festins encore ornées de basreliefs et de peintures. Le château, dont les comtes de Marz de Ja maison des Areskins , sont les gardiens héréditaires, ne présente plus que d'imposantes ruines, et renferme à peine un logement pour le commandant de place. On y fait voir encore, dit Faujas de Saint-Fonds, dans son voyage en Ecosse, la chambre du Parlement qui a cent vingt pieds anglais de long, mais elle est dégradée. Les portes en bois de chêne sont couvertes d'inscriptions et de sculptures. On remarque encore près du château des bas-reliefs et des statues qui rappellent le style égyptien, ce qui ferait presque croire que les Phéniciens qui allaientjusque dans le Cornouaille chercher l'étain, poussèrent peut-être jusqu'à l'embouchure de la Forth, leurs navigations aventureuses. Ainsi, on voit que Stirling d'aujourd'hui n'est plus que le squelette bien décharné du Stirling des Bruces et des Stuarts.