DU STYLE BYZANTIN
Le style byzantin n'est autre chose que l'architecture grecque du Bas-Empire. Son nom dérive de celui de la ville de Byzance, située vers le Bosphore, â l'entrée du détroit qui joint la Méditerranée à la Mer-Noire. Au commencement du quatorzième siècle, Constantin transféra le siège de son empire dans cette cité; il la décora de nombreux et magnifiques monuments, de temples, de palais, et ainsi régénérée, elle s'appela Constantinople, c'est-à-dire ville de Constantin. Les artistes qui contribuèrent à embellir la nouvelle capitale, étaient en partie Grecs et en partie Romains; il résulta de leurs travaux un mélange de fabrique qui tient do deux écoles, et cependant porte un caractère net et générique. Plusieurs monumentalistes ont, avec raison, désigné cette architectonique, par les mots de romano-byzantine, et lui ont refusé le nom de type (élément), qui n'appartient qu'aux trois grandes écoles primordiales :
égyptienne, grecque, ogivale ou française du moyenâge. (1)
Le style byzantin est donc un composé, une sorte de néo-grec romanisé, bien différent du type hellénique proprement dit, et de l'archilectonique romaine qui est l'imitation de ce type. Il allie la richesse à la grâce, la fermeté à la souplesse, il est grave, religieux surtout. On peut dire de lui qu'il est la synthèse de trois grands éléments, le produit mixte de trois grandes influences : l'influence chrétienne d'abord qui lui a enlevé ce positif qui caractérisait l'architecture antique, l'influence grecque qui aimait la grâce, et l'influence romaine qui aimait la solidité. Le point de départ de ce système monumentaire est Constantinople, où s'est opérée la fusion entre les trois causes agissantes sur l'art. Les églises de Sainte-Sophie , reconstruite par Justinien , celles
(1) Le berceau de ce type est dans le nord de la France. La priorité nationale est aujourd'hui incontestée et incontestable en cette matière.
des Saints-Apôtres et de Saint-Procope , celle du Saint-Sépulcre, à Jérusalem, peuvent être regardées comme les modèles de cette fabrique qui a régné depuis le quatrième siècle jusqu'à la fin du douzième. Il en a été de l'architecture romano-byzantine, comme de toutes celles qui n'ont pas une nationalité absolue. Chaque peuple a prétendu l'avoir trouvée, et a voulu la baptiser de son nom. Dans le midi de la France, on l'appelle romane, parce que dans ce pays, plus intimement pénétré par l'élément romain, elle se montra plus dure, plus pauvre en profils et en ornementation, plus rapprochée du style latin, moins ionique, moins correcte. Dans la Lombardie, on la nomme lombarde; dans le nord de la France, carlovingienne; dans les provinces rhénanes, saxonne, teutonique; en Angleterre, anglo-saxonne ; en Normandie, normande (2).
Ces diverses qualifications ont quelque chose de vrai. Chaque peuple, en adoptant l'architectonique orientale, l'appropria à sa nationalité particulière, la modifia selon ses mœurs, son climat, ses affections, ses affinités, et le byzantin deWorms ressemble mal au byzantin d'Arles. Mais au fond, qu'elle soit plus ou moins analogue à ses architypes, cette école est une, identique dans son point de départ, identique dans ses caractères générateurs qui sont le pleincintre et les formes arrondies. L'église de Saint- Vital de Ravennes (sixième siècle), peut être regardée comme un des produits les plus complets et les plus primitifs de ce style, en Italie. Venise, Florence, Rome présentent un grand nombre de basiliques construites sous l'influence des idées romano-byzantines, et l'on peut dire que l'Italie, qui n'a jamais fait grand cas du type ogival, a conservé un tendre amour pour cette fabrique, tout cela, par des raisons de climat, de traditions, d'histoire et de mœurs, qu'il serait beaucoup trop long d'établir. Par suite des mêmes conditions, le midi de la France est infiniment plus riche en monuments de l'ère byzantine que le nord de ce royaume. Les édifices qui, dans notre pays, traduisent le mieux cette école, sont le portail de Saint-Trophime d'Arles , Ainay et Saint-Paul de Lyon, le chœur de l'église cathédrale de Relley, les deux portails latéraux de Saint-Étienne de Rourges, Nolre-Dame-la-Grande de Poitiers, la cathédrale d'Angoulême, le portail de l'église de Civray, etc. L'architecture byzantine fit comme tout ce qui est art, elle marcha. Karl-le-Grand, que nous nommons Charlemagne, la fit fleurir dans ses vastes états. Après lui, elle sembla s'appauvrir en France et en Allemagne, et se releva plus belle, plus opulente en sculpture que jamais au onzième siècle et dans le douzième, époque transitionnelle, où elle va subir la grande transformation aiguë du treizième siècle, et s'éloigner complètement de toutes les traditions antiques. L'église de la Basse-QEuvre, à fieauvais, Saint-Georges de Rocherville , l'ancienne église abbatiale de Saint-Victor, à Marseille, présentent le système byzantin dans la plus grande analogie possible avec la méthode romaine ; ce sont des édifices trapus, concrets, plus solides qu'élégants, plus graves qu'harmonieux ; Notre-Dame de Reaune, et Saint-Lazare d'Autun, en Rourgogne, résument le
(2) Plus tard, les Normands veulent que le type aigu soit anglo-normand.
même style. Ainsi, la fabrique byzantine présente, comme la facture ogivale, trois phases primaire, secondaire, tertiaire ; mais cette progression ne peut être observée sagement que sur des édifices de même âge et de même lieu, car ce qui est vrai pour telle époque au midi, cesse d'être vrai pour la même époque dans le nord. Les archilectoniques ne se sont jamais stéréotypées ; elles ont posé des types, ces types ont irradié autour d'eux, fait des fils à leur image, tout cela dans un cercle donné d'influence et de relations.
Les temples de l'ère byzantine offrent divers plans ; la figure basilicale ou uniligne, comme Vézelay, la croix grecque, la croix latine ; ils sontsphériques, terminés en apsides polygonales ou trilobées et semi -circulaires ; ils portent presque tous une ou plusieurs coupoles sur leur front. Les bas-côtés ne se prolongent jamais autour du sanctuaire. Ces églises ont toutes ou presque toutes leur façade tournée vers l'occident, et leur chevet dirigé vers l'est. Elles sont bâties de pierres et briques; l'appareil se compose de petits moellons carrés, disposés symétriquement comme dans les édifices romains, il est interrompu, de temps en temps, par des zones ou cordons de briques. Les archivoltes, les frises sont le plus souvent en briques, également, et l'intérieur de ces temples renferme des mosaïques par incrustation, et une riche polychromie. Les arcades s'appuient sur des colonnes accouplées sans architraves, mais elles sont ornées d'archivoltes simples ou composées. Les formes arrondies et le plein-cintre régnent d'une manière absolue dans les monuments de cette ère architecturale. Il est rare que sous le chœur de ces basiliques il ne se trouve pas une crypte ou église souterraine. Les clochers sont polygonaux ou carrés, terminés en cône ou aplatis, quelquefois en manière de tombeau romain, comme à Ainay de Lyon, et les contre-forts à peine saillants, ne présentent aucun détail de décoration. Les ornements employés sur les archivoltes, les plates-bandes, les frises, sur les corniches et le plain des murs, sont : les étoiles, les billettes, les dents de scie, les zigzags, les chevrons brisés, les losanges enchaînés, les damiers, les moulures prismatiques, les torsades, les nattes, les têtes plates, les câbles et les hachures. Les corbeaux ou modifions portent toujours un caractère remarquable ; ils sont striés, sculptés en têtes symboliques ou fantastiques , etc. Les œils-de-bœuf ébrasés , occupent la place des roses ; les fenêtres sont petites, avec colonnettes engagées et archivoltes; les colonnes s'élèvent généralement trapues avec des chapiteaux chargés d'ornements pris dans le règne végétal, ou de figures apocalyptiques. Les monogrammes , les sentences bibliques abondent; les autels sont carrés, les arcatures bouchées formées de colonnettes torses , cannelées, de pilastres dont les fûts présentent l'ornementation la plus variée, se remontrent très fréquemment avec les fenêtres géminées et ses frises écaillées. Les tympans à l'intrados de l'arc des portes, sont occupés par des imageries divisées par cordons, représentant de grandes figures longues, maigres, d'une raideur et pourtant d'un caractère remarquable. Les rinceaux délicats, les marbres précieux ornent la plupart des églises byzantines qui, le plus souvent, sont précédées d'un avant-corps ou crypto-portique,
destiné aux cathécumênes dans les siècles de l'église mililante. L'aspect général des basiliques romanobyzantines, qu'elles soient souterraines ou posées sur le sol, est sombre, tumulaire, mystérieux et saisissant, et c'est à la mode italique de la fioriture, qu'il faut s'en prendre, si, en Italie, on a su leur enlever ce caractère si profondément intime, pourles faire sensuelles et voluptueuses; que l'on me passe ces expressions.
Une des églises les plus célèbres du monde est, sans contredit, celle de Sainte-Sophie de Constantinople, devenue aujourd'hui mosquée sous les mains de l'islamisme ; son plan a servi de modèle dans l'érection des plus beaux temples byzantins qui existent. Cette basilique avait d'abord été édifiée par Constantin, à la gloire de Jésus-Christ, la sagesse éternelle (so«i>ia) ; mais un tremblement de terre la renversa sous Constance, fils et successeur de Constantin, qui la fit reconstruire plus grande et plus belle. Brûlée sous Arcadius, durant une sédition occasionnée par l'exil de saint Chrysostôme, elle fut relevée et réduite en cendres deux autres fois; lune, sous Théodose-le- Jeune, l'autre, sous l'impérat de Justinien, qui la réédifia plus somptueuse encore que celles bâties par ses prédécesseurs. Les fondements en furent jetés, l'an de notre ère 532, et la dédicace en fut faite à la fin de 537. Ainsi, Saint- Vital de Ravenne, est presque contemporain de Sainte-Sophie.
Sainte-Sophie offre , dans son plan , la figure d'une croix grecque ; cette basilique est éclairée par un dôme placé au centre du monument, et par quatre autres dômes élevés à chaque croisillon : c'est cette fabrique qui a été imitée à San-Marco de Venise. La coupole est sphérique, garnie de fenêtres qui s'élèvent au-dessus de la toiture, et semblent chercher le jour dans le ciel. Les duomi de Notre-Dame-des- Fleurs, à Florence, ceux de Saint-Pierre, à Rome, et tous ceux que l'on a édifiés tant en France qu'en Italie, ont eu pour point de départ primitif et pour premier modèle, ceux de Sainte-Sophie ; mais l'on a beaucoup renchéri depuis le sixième siècle, et surtout à l'époque de la renaissance, en élégance, en ornementation, en hardiesse, sur ce genre de construction, d'une haute importance monumentaire.
Nous possédons , dans ma sainte et chérie cité de Lyon, l'une des coupoles les plus harmonieuses, les plus élancées, les plus légères, les plus belles en proportions, qui existent dans le monde, c'est celle de l'église paroissiale de Saint-Bruno-les-Chartreux, qui domine presque toute la glorieuse cité des saints Irénée et Pothin, toute la vieille métropole des Gaules. J. Bard (de la Côte-d'Or.)