‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 174 sur 187 · SUR LES FRANÇAIS ET SUR LA FRANCE · texte numérisé non relu

SUR LES FRANÇAIS ET SUR LA FRANCE

o Je veux que le titre de Français, disait l'empereur, soit le plus beau, le plus désirable sur la terre ; que tout Français voyageant en Europe, se croie, se trouve toujours chez lui. Les Français sont frondeurs, turbulents ; leur légèreté est tellement naturelle qu'on ne peut pas dire qu'elle les honore; ce sont de vraies girouettes au gré des venls, mais ce vice chez eux est sans calcul; voilà leur meilleure excuse. Du reste il est bien entendu que nous ne parlons ici que de la masse, car des exemples indivi-

duels ont fourmillé dans nos derniers temps, qui couvrent certaines classes d'abjection dégoûtante. Notre légèreté, notre inconséquence , nous viennent de loin, disait Napoléon ; nous demeurons toujours Gaulois. Nous ne vaudrons tout notre prix que lorsque nous substituerons les principes à la turbulence, l'orgueil à la vanité , et l'amour des institutions à l'amour de» places. Quelle jeunesse je laisse après moi, s'écriait-il, c'est pourtant mon ouvrage! elle me vengera suffisamment par ce qu'elle vaudra. A l'œuvre, il faudra bien, après tout, qu'on rende justice à l'ouvrier; le travers d'esprit ou la mauvaise foi des déclamateurs tombera devant ces résultats. Si je n'eusse songé qu'à moi, à mon pouvoir, ainsi qu'ils l'ont dit et le répètent sans cesse, si j'eusse réellement eu un autre but que le règne de la raison, j'aurais cherché à étouffer les lumières sous le boisseau ; au lieu de cela, on ne m'a vu occupé que de les produire au grand jour. Et encore n'a-t-on pas fait pour les enfants tout ce dont j'avais eu la pensée. Mon université, telle que je l'avais conçue, était un chef-d'œuvre dans ses combinaisons, et devait en être un dans ses résultats nationaux ; un méchant homme m'a tout gâté et par calcul sans doute, d En disant ces mots, l'empereur prononça le nom de M.deFontanes.

« Ce sont de vaines déclamations propagées par l'ignorance ou la haine, qui avaient fait croire à l'Europe, en 1814, qu'il n'y avait plus d'hommes, plus de bestiaux, plus d'agriculture, plus d'argent en France, que le peuple y était réduit au dernier degré de misère ; qu'on ne voyait plus dans les campagnes que des vieillards, des enfants. La France alors était le pays le plus riche de l'univers; elle avait plus de numéraire que le reste de l'Europe entière. Il serait facile de prouver que de toutes les puissances, la France est celle qui, depuis 1800, a le moins perdu. L'Espagne qui a éprouvé tant de défaites, a perdu davantage dans la proportion de sa population; que l'on considère ce que l' Aragon seul a sacrifié à Sarragosse. Les levées de l'Autriche, en 1800, détruites à Marengo et à Hohinloden ; celles de 1805 détruites à Ulm. à Austerlitz; celles de 1809 détruites à Eckmulh, à Wagram, ont é(é hors de proportion avec sa population. La Prusse perdit toute son armée , deux cent cinquante à trois cent mille hommes, dès sa première campagne en 1806. Ce que perd l'Angleterre aux grandes Indes; ce qu'elle a perdu dans ses expéditions en Hollande, à Buenos- Ayres, à Saint-Domingue, en Egypte, à Flessingue, en Amérique, est au-dessus de ce que l'on peut imaginer. Et dans la campagne de 1812, on peut avancer, que tout calculé, la perle de la Russie a été six fois plus grande que celle de la France.

» L'Angleterre et la France, disait Napoléon à un Anglais, ont tenu dans leurs mains le sort de la terre, celui surtout de la civilisation européenne. Que de mal nous nous sommes fait! que de bien nous pouvions faire ! Sous l'école de Pitt nous avons désolé le monde, et pour quel résultat? Vous avez imposé quinze cents millions à la France, et les avez fait lever par des cosaques. Moi, je vous ai imposé sept milliards, et les ai fait lever de vos propres mains, par votre parlement. Avec l'école de Fox nous nous serions entendus ; nous eussions accompli, maintenu l'émancipation des peuples, le règne des

principes; il n'y eût eu en Europe qu'une seule flotte, une seule armée: nous aurions gouverné le monde ; nous aurions fixé chez tous le repos, la prospérité, ou par la force ou par la persuasion. Oui, encore une fois, que de mal nous avons fait ! que de bien nous pouvions faire ! » L'empereur aimait à répéter que le premier il avait salué la France du nom de la grande nation, a Et certes, ajoutait-il, je l'ai

montrée telle au monde abattu devant elle et elle

le sera encore, et le demeurera toujours, si son caractère national redevient en harmonie avec ses avantages physiques et ses moyens moraux. »

L'ALCAZAR DE SÉVILE.

Fin de l'article. ( Voir page 373. ) L'édifice le plus intéressant de Séville, sous le rapport des arts et des traditions historiques, est sans contredit l'Alcazar, ou ancien palais des rois maures. On sait que les rois catholiques et les seigneurs de leur cour adoptèrent l'achitecture arabe avec quelques modifications que devait produire la renaissance du style grec en Italie. L'Alcazar de Séville est un type de ce goût mixte. Commencé sous les rois maures et achevé dans le même genre par Pierre-le- Cruel et ses successeurs, ce monument est d'une grande magnificence; les marbres y sont prodigués, l'eau parvient dans toutes les salles, et arrose de beaux jardins ainsi qu'une forêt d'orangers. La cour, pavée en marbre, est entourée de deux rangs de galeries ; il est difficile de voir réunies plus d'élégance et de perfection. La salle des ambassadeurs a trente pieds carrés; couverte d'ornements de marbre dont on ne saurait dire la richesse, elle ne le cède en rien aux plus belles dispositions des salles de l' Alhambra ; mais on remarque déjà dans la proportion des colonnes et dans la forme des chapiteaux, le retour au goût de l'antiquité : a Ce passage des arts n'avait point été observé encore, dit M. de Laborde; il a produit cependant plusieurs édifices qui, sans être réguliers, ont un^grand charme. Sans doute, les lignes pures et simples de la belle architecture passent avant tout, mais elles sont souvent froide.s et monotones à l'œil, lorsqu'elles ne sont pas relevées par quelques ornements agréables ; c'est le mélange qui eut lieu dans les quinzième et seizième siècles des grandes dispositions grecques et romaines jointes à la richesse des détails arabes et gothiques, qui me parait présenter, pour les habitations particulières, le nec plus ultra de l'élégance et de la beauté même. On en voit ici un type parfait et digne d'être imité. » L'Alcazar de Séville fut habité par Charles-Quint, par la reine Isabelle, et Philijipe V, qui'y séjourna pendant quelques mois avec toute sa cour, eut un moment la pensée de s'y fixer.

Deux autres monuments de Séville excitent encore la curiosité. L'un, la Tour de l'Or, est l'ouvrage des Romains, presque le seul qui existe de ces peuples à Séville. La Tour de l'Or servit autrefois de défense à l'ancienne Hispal, et les Maures l'employèrent au même usage. Une chaîne était attachée à ses fortes murailles, et barrait la navigation du Guadalquivir, car les plus gros vaisseaux remontaient alors le fleuve jusque. près des quais de Séville, et ceux d'une moindre charge venaient jusqu'à Cor-

doue. Aujourd'hui les grands navires ne dépassent pas Bonanza, village à quinze lieues de Séville. L'autre édifice est la Lonja, ou Bourse des Marchands, bâtiment isolé qui a deux cents pieds sur chaque façade. Le commerce de Séville ayant rapidement déchu, la Lonja est maintenant comme abandonnée ; on en a fait le dépôt de tous les papiers anciens relatifs aux Amériques espagnoles, archives d'exploits, de malheurs et de crimes, où l'histoire aura long-temps des trésors à puiser.

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