CASSEL
Description de la ville. — Église de Saint-Martin. m — Tombeau de Philippe-le- Magnanime. — Histoire du curé d'Almendorf et de la dédicace de l'église de Saint-Martin.
Par la variété des points de vue, par l'élégance des bâtiments, par le grand nombre de sites pittoresques de ses environs, Cassel doit être comptée parmi les plus jolies villes de l'Allemagne. La Fulda, dont les eaux la partagent en deux, serpente dans une charmante vallée, et un beau pont de pierre de cent vingt pas en réunit les deux rives. Quoique n'étant guère peuplée que de vingt-cinq mille âmes, Cassel renferme néanmoins un grand nombre d'établissements publics. La ville neuve surfout abonde en édifices, remarquables par le goût qui a présidé â leur construction. C'est là que se trouve le palais de Bellevue, délicieux séjour des souverains de la Hesse- Électorale ; le Muséum, le plus beau monument peutêtre de cette contrée de la Germanie, dont la façade n'a pas moins de deux cent quatre-vingt-dix pieds de large ; les places royale et Frédéric , dont la première attire l'attention du voyageur par son magnifique écho, et la seconde par sa belle statue de marbre, du Landgrave Frédéric II.
Moins élégante que la ville neuve, la vieille ville se reconnaît à ses rues étroites et sales. Les maisons y sont de plus vieille date, les édifices plus gothiques et d'un autre genre, tels que le château, l'hôpital, l'ancien hôlel-de-ville, Rathhaus et les églises. C'est véritablement le quartier allemand; la ville neuve, bâtie durant l'existence éphémère du royaume de Westphalie, décèle dans son aspect le goût et la manière française.
Nous ne parlerons pas des trois faubourgs de Leipzig, de Francfort et de Wilhemshoher, qui ne sont pas dépourvus cependant de tout intérêt de curiosité pour le voyageur. Entre tous les monumenls de Cassel que nous venons de citer, nous nous arrêterons seulement à l'église de Saint-Martin, tant pour les souvenirs nationaux qu'elle rappelle aux Hessois, qu'à cause de l'architecture de son portail, de la tour et des mausolées qu'on admire â son intérieur.
Saint-Martin est consacré au culte catholique; elle est placée dans la vieille ville, sur une assez vaste place, du côté de laquelle est tournée sa principale entrée. A la droite du grand portail s'élève une magnifique tour quadrangulaire, terminée en dôme et surmontée d'une croix. Au-dessus du second vitrail, est une rangée de pilastres dont les chapiteaux se rejoignent en arcades de manière à former le contour d'une première plate-forme autour de laquelle règne une immense balustrade artistement travaillée , de forme rectangulaire; à une cinquantaine de pieds audessus de ce balcon, on en a construit un second, mais disposé en octogone, dont les garde-fous ne sont pas sculptés avec moins de goût que les premiers ; enfin, immédiatement au-dessous de la naissance du dôme, est un troisième balcon garni d'une simple rampe de fer.
Si le reste de l'église était en complète harmonie avec ce beau morceau de l'art germanique, nul doute que Saint-Martin ne pût être comparé aux calhé-
drales de Cologne et de Spre. Mais malheureusement les faces latérales ne répondent pas à la magnificence du clocher, et l'intérieur du chœur, a quelque chose de la nudité justement reprochée aux églises protestantes du reste de la ville.
Nous avons dit que ce temple se recommandait aux Hessois par des souvenirs nationaux. En effet, c'est là que sont les tombeaux des électeurs, et entre autres, celui du fameux Philippe-le-Magnanime, qui s'est attiré l'admiration de toute l'Allemagne luthérienne par sa conduite durant les troubles de la réforme, et qui est restée célèbre par ses démêlés avec Charles-Quint. D'abord ennemi de Luther, Philippe, après avoir assisté au fameux concile de Worms, en devint un des plus chauds partisans. Voulant con-
centrer toutes lies forces.des nouveaux religionnaires, et cimenter une union qui leur manquait, il tenta vainement, dans les conférences de Mersbourg, petite ville de la Hesse, de réunir les Zwingliens et les Luthériens, toutes ses tentatives furent vaines; plus heureux dans la ligue de Smalcade, dont il fut nommé trois fois le chef, il fut un de ceux qui contribuèrent à assurer en Allemagne l'indépendance des réformés.
L'église catholique de Cassel n'avait pas été primitivement placée sous l'invocation de Saint-Martin, un siècle environ avant les guerres religieuses qui ensanglantèrent si long-temps l'Allemagne, un tableau de l'apôtre des Gaules, placé, dit-on, miraculeusement sur l'autel, fit aussitôt abandonner le pre-
( Église de Saint-Martin, à Cassel. )
mier saint auquel l'église avait été consacrée, pour celui que la main de Dieu semblait désigner pour en être le protecteur. La merveille attira long-temps un grand nombre de pèlerins de la Souabe et de la Franconie, mais l'ancien tableau qui ornait le maîlreautel, ayant été retrouvé chez le curé d'un village nommé Almendorf, mort presque subitement ; on commença à douter de l'authenticité du miracle, les pèlerinages devinrent plus rares, moins nombreux, les malades n'étaient plus guéris par le simple contact de la pieuse image. Enfin, les réformés en brisant le tableau du saint, mirent un terme à la crédulité des bons Hessois, et une main maligne écrivit sur le tombeau du curé d'Almendorf une phrase allemande dont voici le sens :
Ci-git le curé d'Almendorf et saint Martin de Cassel.