‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 18 sur 187 · LA HALLE AUX · texte numérisé non relu

LA HALLE AUX

Nous sommes un peuple singulièrement organisé; chez nous la fulilité l'emporte sur l'utile, et ceci est vrai pour ce qui tient surtout aux arts et à l'industrie. Nous nous préoccuperons pendant des mois entiers de l'embellissement d'une place, d'une chétive fontaine, de quelques becs de gaz nouvellement établis dans un quartier; de mesquines constructions nous absorbent exclusivement; mais qu'il soit question d'un de ces beaux et vastes établissements, conçus dans un but de haute utilité, d'une de ces nobles conceptions commerciales ou industrielles, nous nous en sou-

cions fort peu. Ainsi, par exemple, croirait-on qu'il n'existe pas la plus petite notice descriptive de la Halle aux Vins, sorte de ville par son immensité, avec ses places, ses rues, ses petites cabanes bariolées, sa population laborieuse et son commerce actif? Nous allons chercher à remplir cette lacune, et nous le ferons avec les détails qu'a bien voulu nous communiquer M. Gauche, l'architecte de ce monument.

Il existait, depuis le règne de Louis XIV, une halle aux vins à l'angle du quai Saint-Bernard, et de la rue des Fossés du même nom. Cette ancienne halle fut bâtie en 1662 sur un terrain (pue traversait un canal factice de la rivière de Bièvre. Les seigneurs de la cour de Louis XIII et de Louis XIV s'occupaient de spéculations financières. Un bourgeois imaginait-il un établissement lucratif, il cédait son projet pour quel-

La Halle aux Vins. )

que argent à un seigneur qui en obtenait le privilège et le bénéfice. Les exemples de pareilles entreprises étaient alors très communs. En 1656, MM. Chamarande et de Baas , maréchal-de-camp , obtinrent du roi l'autorisation d'établir une halle aux vins; ce projet rencontra une vive opposition de la part des administrateurs de l'Hôpital- Général, qui, en 1662, consentirent à cet établissement , à condition qu'ils recevraient la moitié des bénéfices. L'insuffisance de ce local était depuis long-temps sentie; ce n'est pourtant que sous l'empire de Napoléon qu'un décret du 30 mars 1808, ordonna la construction d'une nouvelle halle sur un plan beaucoup plus vaste. En voici les principales dispositions : « Il sera formé dans notre bonne ville de Paris un marché et un entrepôt franc pour les vins et eaux-de-vie, dans les terrains situés sur le quai Saint-Bernard. — Les vins et eaux-de-vie conduits à l'Entrepôt conserveront la faculté d'être réexportés hors de la ville sans acquitter l'octroi. — Cette exportation ne pourra avoir lieu

que par la rivière, ou par les deux barrières de Bercy, et de la Gare ; dans ce dernier cas, les transports devront suivie le quai, et sortir en deux heures. — Les vins destinés à l'approvisionnement de Paris n'acquitteront les droits qu'au moment de leur sortie de l'Entrepôt... »

Dès que ce décret et les plans furent rendus publics, il se présenta une compagnie sous le nom d'Hérail et Bélanger, qui publia un mémoire accompagné de plan et de dessin, où sont énumérés plusieurs inconvénients résultant de la position du nouvel Entrepôt, et où l'on proposa de le placer plus loin, au-delà du cours de la Bièvre, dans l'emplacement appelé la Gare. Ces propositions ne changèrent rien à la détermination prise. Les travaux furent commencés sur les dessins et sous la direction de M. Gauche, et, le 15 août 1811, au milieu des solennités de la fête de l'Empereur, on vint en poser la première pierre.

Cet établissement, précédé d'une vaste place avec allées d'arbres le long du quai et dans les rues frans-

vénales, est divisé on cinq grandes masses de constructions, par les r ies de Bordeaux, de Bourgogne, de Champagne, «le Languedoc et de Tourraine, ainsi appelées du nom des principaux vignobles de France ;

doux do ces masses sont au centre, sous les noms de magasins de l'Yonne el de la Marno. Los trois aulres divisions ont 89 colliers, plus deux passages en galerie conduisant à une plus grande galerie qui donne entrée à 49 caves. Les masses de construction, audessus des celliers, sont moins grandesparce qu'elles laissent autour d'elles une terrasse; ces constructions sont également au nombre de cinq, dont doux sur les côtés (magasins de la Loire et de la Seine); les trois autres, dans le fond, environnent le' bâtiment destiné aux eaux-de-vie ; ce bâtiment est divisé en 40 magasins séparés par une galerie ; les magasins et la galerie ont été rendus incombustibles.

Derrière les magasins des eaux-de-vie s'élèvent aussi deux bâtiments flanqués de pavillons, avec bureaux pour la grille de sortie sur la rue Saint-Victor ; un de ces bâtiments est destiné au mosurage dos esprits, par le moyen de cylindres exactement jaugés, et dont les quantités sont reconnues sur une échelle placée près d'un<tube de verre, dans lequel le liquide se met au niveau de celui renfermé dans le cylindre. Cet appareil sert à mesurer en une seule fois les pièces contenant même jusqu'à 600 litres. Un deuxième bâtiment semblable est destiné à l'opération du mouillage ou de la réduction des eaux-de-vie, au degré convenu par les ventes. A gauche du magasin de la Loire et le long de la rue de Seine, pour cacher l'irrégularité du terrain, on a construit 21 petits celliers d'inégale grandeur. L'excédant des terrains formant l'angle des rues de Seine et de Saint-Victor a été utilisé par la construction d'un grand magasin public pour renfermer les eaux-de-vie ; enfin une masse de construction triangulaire termine cet angle, dont un des côtés est élevé de deux étages pour servir de logement aux employés. Les deux aulres côtés forment de simples magasins.

D'après les plans présentés pour la disposition des marchandises, l'Entrepôt a été considéré comme pouvant contenir deux-cent-huit mille pièces de vins, d'une contenance moyenne de 2 hectolitres 30 litres, ou soit 478,400 hectolitres. L'expérience a confirmé ces prévisions.

Les marchés de l'Yonne et de la Marne

contiennent 38,500 pièces.

Les 89 celliers 94,230 »

La grande galerie et ses 49 caves. 23,950 »

Les 21 petits celliers 3,192 »

Ce qui forme un ensemble dans la

partie inférieure de ... . 159,872 pièces. Les magasins supérieurs de la

Loire et de la Seine contiennent. 34,100 » Les divisions des magasins de la

Gironde et du Rhône .... 9,568 »

Les galeries de ces magasins. . . 4,460 »

Total des pièces. . . 208,000 Les magasins des eaux-de-vie renferment plus de dix-sept mille pièces.

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