‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 2 sur 187 · HENRI II, ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

HENRI II, ROI DE FRANCE

Fils de François I" et de Claude de France, Henri II était né à Saint-Germain-en-Laye le 31 mars 1518, et monta sur le trône à l'âge de vingt-neuf ans. Marié à Catherine de Mèdicis, mais soumis à l'in-

fluence despotique de Diane de Poitiers, le nouveau roi ne sembla d'abord prendre le sceptre que pour satisfaire l'ambition et les vengeances de sa maîtresse. L'exil de la duchesse d'Étampes. le renvoi des ministres en place, le rappel des ministres disgraciés, signalèrent son avènement. Des traditions que lui avait léguées son père, Henri II ne conserva par instinct que celles de valeur et de galanterie ; quant à la protection des arts et des lettres, il la continua par pure bienséance. On ne doit pas oublier qu'un duel judiciaire, autorisé par le roi lui-même, ouvrit ce règne, qu'un coup de lance devait terminer.

' Avant de jeter un coup d'œil sur les guerres que la rivalité d'Espagne ne cessa de susciter à la France, il faut rappeler les factions qui s'agitaient au sein du royaume. Ces factions étaient au nombre de quatre :

celle du connétable de Montmorency, que le roi appelait son compère, et qu'il tira de l'exil pour l'élever au pouvoir, malgré le vœu formel de son père mourant; celle des Guises, que les grands services de François de Guise placèrent si haut; celle de Diane, qui avait pour elle le cœur du roi , et celle de Catherine, qui avait sa patience et son génie. Un auteur contemporain décrit ainsi l'embarras du monarque dans ce cercle avide et jaloux : « Rien ne leur échappait, dit-il, non plus que les mouches aux hirondelles, que tout ne fût englouti. Us avaient pour cet effet, en toutes les parties du royaume, des gens apostés et des serviteurs gagés, pour leur donner avis de tout ce qui mourait; et à Paris, où tous les grands abondent, ils avaient des médecins attitrés, qui ne manquaient pas de les avertir de l'état de leurs patients, lorsqu'il

(Henri II, roi de France.)

y avait quelque chose à gagner; de sorte qu'il était quasi impossible à ce prince débonnaire d'étendre à d'autres sa libéralité; car ils étaient quatre qui le dévoraient, comme un lion dévore sa proie : en sorte que, si par quelque cas extraordinaire il voulait porter ailleurs quelque bienfait, il était obligé de mentir à ceux-ci, disant qu'il en avait déjà disposé; encore étaient-ils si impudents qu'ils se déballaient souvent contre lui, par l'impossibilité qu'il y avait, attendu la secrète diligence de leurs avertissements. »

Une révolte en Guienne, presque aussitôt apaisée qu'émue, une guerre avec l'Angleterre, bientôt close par un traité qui rendit Roulogne à la France, tel fut le début de ce règne guerrier. En 1551, il s'éleva entre le pape et le roi des discussions relatives aux duchés de Parme et de Plaisance. Le pape réclama l'assistance de Charles-Quint, et le roi défendit d'en-

voyer de l'argent à Rome pour les bulles, en même temps qu'il rendait une loi sévère contre les Luthériens. Les hostilités commencèrent en Italie, où Brissac et Thermes soutinrent l'honneur des armes françaises. Mais vers cette époque Henri II, s'étant déclaré le protecteur de la ligue formée entre les princes protestants pour la défense de leurs croyances, marche à leur secours, prend Toul, Metz et Verdun, s'élance sur les Impériaux qui avaient pénétré en Champagne, et les poursuit jusque dans le duché de Luxembourg. Charles -Quint vient mettre le siège devant Metz, et François de Guise le lui fait lever. La victoire de Renti marqua la même campagne. Henri II y chercha, dit-on, Charles-Quint pour se mesurer avec lui; mais ce dernier, que l'âge et les infirmités affaiblissaient, prit soin d'éviter un adversaire plein de courage et de vigueur. La fatigue de la guerre, que res~

sentaient égalemenl les deux puissances, aurait amené la paix, s'il eût été possible de concilier (1rs intérêts auxquels toute l'Europe se trouvait mêlée. Une trêve de cinq ans fut signée à Vauxcelles; quelques mois auparavant, Charles-Quint avait abdiqué l'empire et la couronne d'Espagne.

En dépit des traités, la guerre recommença dès l'année 1557 ; et tandis que le duc de Guise se; couvrait de gloire en Italie, le connétable de Montmorency essuyait un terrible reversa Saint-Quentin. En l'apprenant dans sa retraite, Charles -Quint demanda si les Espagnols étaient à Paris. Guise, rappelé par le roi, reçut le titre de lieutenant-général des armées, et le justifia par des victoires. Il reprit Calais, s'empara de Guines, de liant et de Thionville. L'équilibre ainsi rétabli entre la France et l'Espagne, les deux rois convinrent d'abord d'une suspension d'armes, et l'année suivante, après de longues négociations, signèrent la paix de Cateau-Cambresis, que la l'action des Guises appela la malheureuse faix, parce qu'elle était l'œuvre des Montmorency et qu'elle s'opposait aux progrès de leur grandeur.

Le luthéranisme avait étendu ses conquêtes en France. Délivré des soins de la guerre, Henri II s'occupa de ceux de la religion, sous la sombre inspiration du cardinal de Lorraine. Alors, et par les conseils du perfide prélat, fut jouée cette scène de lugubre mémoire, dans laquelle un roi ne rougit pas (!i> tendre un piège à ses sujets, et vint faire en plein parlement l'office de théologien, inquisiteur de la foi. Les magistrats, invités à s'expliquer franchemc-nl sur la question de l'hérésie, parlèrent chacun suivant sa conscience et ses lumières; et, pendant ce temps, le roi comptait ses victimes. Le conseiller Anne Dubourg fut la plus célèbre : arrêté dans la séance même , il ne périt que plusieurs mois après. Néanmoins, le peuple vit dans la mort funeste du monarque le châtiment de sa déloyauté.

Fidèle à sa passion pour les exercices chevaleresques, dans lesquels il brillait toujours, grâce à son adresse, non moins peut-être qu'à la complaisance des courtisans . Henri II voulut solenniser par un tournoi les fêtes du double mariage stipulé à Cateau- Cambresis entre Elisabeth, sa fdle, et Philippe II, entre Marguerite, sa sœur, et le duc de Savoie. Une prédiction, rapportée par Brantôme, lui avait annoncé qu'il mourrait en combat singulier. Le tournoi eut lieu le 29 juin, dans la rue Saint-Antoine. Les quatre tenants étaient le roi, le duc de Guise, le prince de Ferrare et le duc de Nemours. « La mal fortune, dit le naïf » historien, fut que, sur le soir, le tournoi quasi finy, v le roi voulut encore rompre une lance, et pour ce t> manda au comte de Montgommery qu'il comparusl b et se mist en lice. Il le refusa tout à plat, et y trouva » toutes excuses qu'il y put; mais le roy, fasché de » ses réponses, lui manda absolument qu'il le voulait, s La reyne lui manda et pria par deux fois qu'il ne » courust plus, pour l'amour d'elle, et que c'estait b assez. Rien pour cela; mais lui manda qu'il ne courb rait que cette lance pour l'amour d'elle. Elle prie » monsieur de Savoie de l'en prier pour elle , et b qu'ils lui fist ce plaisir de quitter tout; qu'il avait b si bien fait, qu'il n'estait pas possible de l'aire mieux, b et qu'il vinst trouver les dames. Rien moins encore.

» Et pour ce, l'autre ayant comparu en lice, le roy

» le courut. Ou fust que le malheur du général le » voulut ainsi, ou son destin l'y poussant, il fut atteint » du contre-coup par la tète dans l'œil, où luy de- » meura un grand esclal de lance, dont aussilost il » chancela sur la lice, et aussilost fut relevé de ses » escuyers, qui estaient là ; et monsieur de Monlgom- » mery, qui servait là d'un des niareschaux de camp, » vint à luy, qui le trouva fort blessé. Toutes fois il » ne perdit cœur, et ne s'estonna point, et (pie ce » n'estait rien , et soudain pardonna audit comte de » Montgommery. »

Porté sans connaissance au palais des Tournelles, Henri vécut encore quelques jours dans une léthargie continuelle : sa mort (le 10 juillet 1559) livra aux guerres civiles et à l'anarchie un royaume qu'il avait chargé d'impôts de toute espèce et d'une dette de quarante millions. E. M.

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