‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 20 sur 187 · FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVES · texte numérisé non relu

FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVES

La fabrication du sucre de betteraves,, merveilleux progrès de l'industrie aux temps modernes, a pris naissance, comme on sait, sous l'empire de Napoléon, époque riche et féconde en grandes choses, en notables résultats ; le prix exorbitant imposé par la guerre aux denrées coloniales, forçait alors la France à recourir à ses propres ressources. Malgré tous les soins et tous les encouragements, ce ne fut qu'en 1829, que cette industrie commença à prendre de l'importance; depuis, elle s'est développée avec une telle rapidité, qu'en 1836. plus de 430 fabriques livraient au commerce 33 millions de kilogrammes de sucre ; la consommation a dû s'en ressentir, et pendant 2i années, de 1812 à 1835, elle a augmenté dans la proportion de 1 à 18; il serait facile de prouver qu'elle ne s'arrêtera pas là.— Des débouchés immenses restent encore à s'ouvrir, et présentent les moyens de donner à l'agriculture toute la perfection désirable , à savoir : répandre l'aisance et surtout l'instruction parmi les cultivateurs. Sans ce brillant avenir, la querelle devrait immédiatement se terminer entre le sucre indigèneet celui descolonies; mais les90 millions de kil. que ces dernières peuvent fournir, ne devenant qu'une bien faible partie de la consommation totale, ils pourront long-temps encore s'écouler en France sans porter atteinte à l'existence du sucre indigène.

Il est presque inutile de dire que le sucre de betteraves a tout à fait les mêmes propriétés et la même composition que celui de cannes, et qu'il est impossible de les distinguer l'un de l'autre, après le raffinage ; une conséquence naturelle, c'est qu'à poids égal il sucre tout autant.

Parmi les nombreuses espèces de betteraves, la blancbe, dit.- de Silésie, doit êlre préférée pour la fabrication ; elle donne le jus le plus clair, le plus pur et le plus concentré, elle est par conséquent la plus économique; cependant, une autre variété, celle dite de Caslelnaudary, conviendrait peut-être mieux pour les terres profondes. Au reste, ces deux variétés exigent les mêmes soins dans la culture ; une irrigation ordinairement négligée, mais d'une grande importance, 2 binages et 1 effeuillage immédiatement suivis de l'extraction; comme cette dernière opération se fait à rapproche de l'hiver, il est important, surtout dans le nord, de soustraire les racines aux effets de la gelée ; le moyen le plus généralement suivi, est d'entasser les betteraves, avec ménagement, dans de longues fosses appelées silos, de 3 à 5 pieds de haut, sur autant de large, et de les recouvrir de terre, en ayant soin de ménager, de distance en dislance, des cheminées, afin de laisser circuler librement les gaz provenant de la fermentation de quelques meurtrissures.

Fabrication proprement dite. — On a proposé jusqu'à ce jour plusieurs modes de fabrication , dont quelques-uns présentant, en théorie, les plus belles chances de succès, onttrouvé dansla pratique de grandes difficultés; le principal obstacle qui lésa fait rejeter, est la lenteur dans les opérations, lenteur tout à fait préjudiciable ; car l'expérience a prouvé que, la première et la plus importante condition de la fabrication du sucre, est la rapidité.

Le seul procédé en usage aujourd'hui , et donnant

des résultats bons et certains , laisse encore beaucoup à désirer, surtout sous le rapport de la quantité du sucre qu'il donne. — C'est ce procédé qui sera, très probablement, l'objet d'incessantes améliorations, que nous allons indiquer d'une manière rapide et fidèle.

Le lavage est la première manipulation que l'on fait subir aux betteraves; cette opération s'exécute soit à la main , soit à la mécanique ; dans ce dernier cas, on emploie ordinairement un long cylindre à clairevoie, incliné, plongea moitié dans l'eau et tournant sur son axe ; les racines sont introduites vers le bout supérieur de ce cylindre, suivent ses révolutions et sortent nettoyées par l'autre extrémité. Elles subissent , immédiatement après, l'action d'une râpe composée d'un cylindre de 1 pied à 1 pied 1/2 de diamètre , tournant avec une vitesse de 8 à 900 tours par minute, et armée à son pourtour d'un grand nombre de lames de scie, assujetties parallèlement à l'axe. — Un homme placé au-devant de la râpe, pousse, contre sa surface extérieure, les betteraves qui sont dévorées avec une rapidité extrême.

La pulpe assez fine qui provient de ce déchirement, est de suite enveloppée dans des toiles et placée sur le plateau d'une presse, le jus qui s'écoule par l'effet d'une puissante pression, est recueilli dans un réservoir qui communique avec un plus ou moins grand nombre de chaudières en cuivre ; c'est dans ces chaudières à double fond et chauffées à la vapeur, que se fait une opération importante et délicate la défécation ; elle a pour but de séparer du jus une grande partie des substances qui le rendent impur, et elle est produite par le mélange d'un lait de chaux avec le liquide ; il se forme alors un vaste réseau qui entraîne et fait surnager en écume la plupart des matières étrangères au sucre , tandis que la chaux se précipite avec les corps plus lourds que l'eau. — Quand l'opération, qui dure de 15 à 20 minutes, est terminée, on soutire le liquide clair par le fond de la chaudière, on le reçoit dans un réservoir, le distribuant lui-même à des filtres particuliers, nommés Dumont, du nom de leur inventeur; c'est là qu'en traversant une couche épaisse de charbon animal en grains, la chaux combinée au sucre se dépose, et que le jus, de brun qu'il était, prend une teinte plus claire. Après ces filtres, vient un nouveau réservoir, puis de nouvelles chaudières, mais n'ayant plus ni la même destination, ni la même forme. Cette forme varie fréquemment; tantôt, c'est une chaudière circulaire à petits rebords placée sur un foyer, tantôt, c'est une espèce de grande boite en cuivre, chauffée au moyen d'un serpentin, quelquefois aussi, le fond de la chaudière est percé d'une multitude de petits trous, livrant passage à de l'air chaud poussé par des machines qui remplacent de puissants soufflets ; cet air soulève le liquide, et contribue à rendre l'évaporation extrêmement rapide, ce qui est, nous le répétons, une condition importante. Cet appareil ingénieux est connu sous le nom de Brame Chevalier, son inventeur. — Quel que soit le système employé pour cetle première évaporalion, l'effet produit, c'est-à-dire la concentration du sirop, doit être le même, et rien d'ailleurs n'est changé dans la suite du travail. Au sortir de ces chaudières , le jus concentré subit une seconde fillralion , toujours sur du charbon animal; il continue à s'épurer, à se décolorer, et se réunit pour passer enfin à la chaudière de cuite , qui souvent est semblable à

celle que nous venons d'indiquer; on en emploie d'autres donl li1 principe est le môme <| m- celui de l'appareil dont nous donnons le dessin, et que nous allons décrire : dans celte chaudière , on s'est appliqué à réunir les <\n\\ conditions essentielles, pour obtenir le sucre le plus beau et en plus grande quantité, savoir : une ébullition rapide et une basse température. On y e»l parvenu , en détruisant au-dessus du sirop la pression de l'air; toul le monde sait, en effet, que 100°, n'est le point d'ébullition de l'eau que pour la pression atmosphérique, et que ce point s'abaisse à mesure qu'on diminue cette pression.

A, est la chaudière de cuite, couverte;, et à double fond ; C, est un grand vase métallique hermétiquement fermé, destiné à condenser la vapeur produite par la concentration du sirop, et arrivant par le tuyau R. Le robinet S livre passage à l'eau froide appelée pour cette condensation. Quand on veut enlever l'air de l'appareil, afin de diminuer la pression atmosphérique, on l'ail arriver dans la chaudière A, par le robinet K, de la vapeur, puisée par le tuyau D à un générateur; celle vapeur la remplit bientôt, ainsi que le condenseur C, et sort par le tuyau Ven entraînant avec elle l'air contenu dans les deux récipients; on referme alors tous les robinets et on ouvre S. L'eau aspirée condense immédiatement la vapeur et forme ainsi le vide dans l'appareil; en ouvrant alors le robinet M, qui communique au réservoir du sirop, la chaudière A se remplit. Lorsque la quantité voulue par l'opération est ainsi montée par la pression extérieure, on ferme le robinet M et l'on ouvre les deux robinets E et G, le

premier livrant passage à la vapeur qui doit chauffer

le double fond B et par suite le liquide placé aU-deSSUS;

< i le second la conduisant dans un serpentin, ou tuyau en spirale, donl la COUpe esl indiquée par les cercles noirs; la vapeur réchauffe aussi le liquide en le traversant et se relire condensée par h.

Dès que le sirop est assez cuit, on fait rentrer l'air dans l'appareil, on ouvre le robinet I* et le sirop se rend dans un réservoir; on recommence alors une nouvelle opération. On réunit ainsi plusieurs cuites que l'on fait cristalliser soit dans des caisses, soit dans des formes coniques. Quand celte cristallisation qui se l'ait dansde vastes pièces, maintenues à une douce température, est terminée, on fait égouller la mélasse et on obtient le sucre brut prêt à être livré au raffineur. Notre intention n'est pas de décrire ici le raffinage en loul semblable à celui que nécessite le sucre de cannes, et qui a été donné dans notre premier volume. Il ne nous reste plus qu'à dire comment on utilise les résidus. La pulpe desséchée, après l'extraction, est pour les bestiaux une excellente nourriture, préférable même aux betteraves entières. Les écumes, fournies par la défécation forment de bons engrais; enfin, les mélasses reçoivent plusieurs applications heureuses et productives. C. Knab.

La gravure que nous donnons représente l'appareil de Roth, supposé coupé par le milieu, afin de voir la disposition intérieure.

( Appareil de Roth. )

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Paris, Imprimerie de Chassaignon, rue Gtt-le-Cœur, 7. -Tire- à la Presse mécanique par Aristide et Pelluard,

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