‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 27 sur 187 · LE PÉGASE-DRAGON · texte numérisé non relu

LE PÉGASE-DRAGON

Si jamais nom, imposé par les naturalistes à des animaux, fut propre à en faire concevoir une idée exacte, certes, ce ne fut pas le nom de dragon donné à la variété ici représentée du pégase. Quoi de plus terrible en effet que ce dragon si célèbre dans l'antiquité, qu'Hérodote fait accoupler parla gueule, qui, au dire d' Aristote, verse dans l'atmosphère un poison mortel; enfin, qu'Elien nous dépeint comme l'ennemi le plus dangereux de l'oiseau de Jupiter; et quoi

de plus innocent elde plus mofïensif en même temps qu'an poisson de quatre a cinq pouces, vivant de débris de substances organisées? Quelle singulière opposition les zoologistes ont-ils donc voulu faire en adoptant une pareille dénomination.' Mais si l'on examine le pégase-dragon quelque temps, on sera bientôt frappé de sa conformation bizarre, et l'on reconnaîtra qu'elle présente plus d'une ressemblance avec celle de l'animal fabuleux. Le corps couvert de pièces inégales en étendue, dures, écailleuses, presque carrées sur le milieu du dos, triangulaires sur les côtés; de plus, un museau un peu aplati, une longue queue étroite qui se distingue parfaitement du corps, et renfermé dans un étui composé de huit à neuf anneaux écailleux. Ces pièces, articulées l'une sur l'autre, serrées entre elles et présentant quatre faces, qui, par leur réunion, composent un prisme à quatre pans, sont destinées à protéger ce poisson contre ses nombreux ennemis. La tête du dragon est tuberculeuse, ainsi que différentes autres parties de son corps; ses yeux sont gros, saillants, fort mobiles, et placés sur les côtés; l'iris est d'un jaune assez foncé.

C'est principalement la disposition des nageoires qui distingue ce poisson des espèces voisines. La nageoire dorsale est placée sur la queue; le ventre est dépourvu de nageoires, à moins qu'on ne regarde comme telles les rayons longs et flexibles qui ont leur origine sur la partie la plus basse du ventre. L'éten-

due de ses nageoires pectorales, insérées sur les côtés d'un long tubercule qui est au milieu du tronc, permet au pégase-dragon de se soutenir quelque temps dans les airs, et c'est cette disposition commune à tous lespoissonsde son espèce qui leur a valu le nom générique de pégase.

La couleur du dragon est bleuâtre, ses tubercules sont bruns; il serait facile de le confondre avec l'esturgeon qui présente avec lui quelque ressemblance, s'il était comme ce poisson pourvu de barbillons. Comme tous les pégases, le dragon habite la mer des Indes; on l'y rencontre à peu près en tout temps. Cependant, a l'époque des plus grandes chaleurs, il se rapproche davantage du pôle austral ; tandis qu'en hiver, on l'a quelquefois rencontré jusque dans le golfe Persique.

La chair du dragon se mange peu, cependant, des voyageurs ont assuré qu'elle faisait les délices de la table des Javanais aisés et des pêcheurs desMoluques; mais aucune relation des voyageurs plus modernes n'a confirmé ce fait ; ce qui n'est pas non plus certain, quoiqu'un grand nombre de marchands l'aient rapporté, c'est que dans l'île de Ceylan, on le conserve dans des bassins, comme les dorades de la Chine dans nos jardins d'Europe; peut-être aussi cet usage a-til disparu. — La gravure que nous donnons représente la surface supérieure (n°l) et inférieure (n° 2) du poisson. Alfred Macry.

(Poisson. Dragon-Pégase. )

GRÈCE.— ITHAQUK.

( Une vue d'Ithaque. )

TOMfe V.— NOVEMBRE 1837.

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