‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 45 sur 187 · LES CÈDRES DU LIRAN · texte numérisé non relu

LES CÈDRES DU LIRAN

C'était jadis sur les hauteurs du mont Liban que l'on voyait ces forêts de cèdres majestueux , si célèbres dans l'Écriture, si étonnants par leur élévation, et dont les vastes rameaux disposés en parasol, présentent à l'homme un asile assuré contre les ardeurs du soleil. Là, seulement, disait-on, croissaient ces arbres gigantesques, uniques de leur espèce et, sans contredit, les plus beaux de la création. L'époque de leur naissance se perdait dans la nuit des âges; des milliers de générations étaient venues s'asseoir sous leur ombrage, sans qu'aucune eût gardé la mémoire d'un temps où ils n'existaient pas. Par suite, personne ne croyait à leur mort, aussi vieux que le monde, les cèdres du Liban semblaient destinés à ne finir qu'avec lui. Mais le temps, qui fait justice de toutes les superstitions populaires, vint apporter un cruel démenti à cette réputation d'immortalité que leur longue durée leur avait acquise. Peu à peu, les cimes de la montagne se dégarnissent de leur magnifique couronne; chaque jour voyait tomber un cèdre, et à la fin du siècle dernier, quand le voyageur Labillardière vint chercher ces antiques contemporains de Salomon, à peine en trouva-t-il une vingtaine.

Aussi, il n'est rien que le Syrien ne fasse pour conserver le petit nombre qui n'a point encore succombé aux assauts du temps ; il les entoure d'un respect religieux, il a pour eux une sorte de vénération. Chaque année, le jour de la Transfiguration, au pied du plus vieux de ces arbres, s'élève un autel champêtre sur lequel on chante une messe solennelle. On dirait, à cette espèce de culte rendu à ces arbres, voir Tome v.— décembre 1837.

quelques-uns des descendants des Gaulois qui célèbrent encore les cérémonies de la religion des Druides. Malheur, disent les monlagnards, à la main sacrilège qui s'efforcerait d'arracher quelques-uns de ces rameaux sacrés, la main de Dieu s'appesantirait sur lui, et ils ajoutent que plus d'un Musulman impie a vu périr son troupeau, comme punition de cette coupable tentative.

Mais si les cèdres ont cessé d'ombrager les sommets du Liban, on a aussi cessé de croire que là, seulement, ils pouvaient naître et végéter. Pallas a retrouvé ces arbres dans les monts Ourals ; Relon en a rencontré dans l' Asie-Mineure; on a même essayé de les cultiver dans des contrées qui leur étaient étrangères. En 1683, on planta dansle jardin de Chelsea, près de Londres, le premier cèdre qu'on ait vu en Europe, et le succès qui couronna cet essai, valut bientôt aux Anglais de nombreux imitateurs. En 1734, Rernard de Jussieu rapporta dans son chapeau, un jeune cèdre provenant du Liban même , et aujourd'hui, sa tige majestueuse, qui fait l'un des plus beaux ornements du Jardin-des-Plantes à Paris, est là pour nous démontrer que cet arbre peut aussi prospérer dans nos climats. Dès lors, il servit à embellir les parcs, les jardins anglais, et se maria dans les plantations avec le sapin et le bouleau.

Le cèdre du Liban n'atteint pas tout de suite la hauteur prodigieuse qu'on lui connaît. Durant ses premières années, il s'élève peu au-dessus du niveau du sol. A sept ou huit ans, il a à peine atteint sept ou huit pieds ; mais dès lors sa tige prend un plus rapide accroissement, et grandit de plus d'un pied par an, jusqu'à l'élévation de cent pieds, où il s'ar-

rête ordinairement. L'accroissement en diamètre est plus régulier, il est de sept lignes par an ; en sorte qu'il est facile d'apprécier, par l'étendue de leur circonférence, le nombre d'années qu'ils ont vécu. Le plus gros des cèdres du Liban, qui selon Pockoke, a trente-six pieds de tour, serait, d'après cela, âgé de 3,000 ans.

Les différents produits que l'on retire du cèdre, furent cause qu'on atlacba, dès la plus baute antiquité, un très grand prix à cet arbre. L'huile qu'on extrayait de ses graines servait à graisser les objets qu'on voulait garantir de la corruption, car tout ce qui provenait du cèdre, était tenu, par les anciens, pour incorruptible.

C'était encore avec cette huile, et sans doute par «uitc de cette même vertu qu'on lui attribuait, que les athlètes avaient soin de s'oindre avant d'entrer dans l'arène. Le bois de cèdre était également l'objet d'un grand commerce, on l'employait à la construction des statues des dieux, afin qu'elles ne pussent s'altérer par le temps, et c'est probablement à cet usage que l'on doit rapporter l'expression latine digna cedro; épithète que l'on donnait aux choses dignes de l'immortalité. Les Hébreux qui appelaient le cèdre arez, faisaient servir son bois à la construction des édifices. On sait que c'était en bois de cèdre qu'était le fameux temple de Salomon. Les rois d'Egypte et de Syrie l'employaient à construire leurs vaisseaux.

La généralité de l'emploi de ce bois et en même temps l'élévation de son prix, occasionnaient de fréquentes contrefaçons; on vendait à sa place le sapin, ou l'if de l'Ida, qui ont avec lui une grande ressemblance.

La résine que le cèdre fournit encore, comme la plupart des conifères, cette térébenthine qui s'écoule des jeunes pousses que l'on a coupées, ou de l'écorce qu'on enlève , avaient également de nombreux usages dans l'économie domestique des anciens.

Maintenant, le bois de cèdre a perdu beaucoup de son prix en perdant de sa rareté D'ailleurs, son emploi est aujourd'hui presque entièrement négligé. On plante encore le cèdre, mais plus comme arbre d'ornement que d'utilité; bien que réussissant dans les terrains secs ou humides, il demande surtout une terre meuble et substantielle. On le sème au printemps; les graines bien mûres, et il faut deux ans pour qu'elles arrivent à maturité, sont placées dans des terrines pleines de sable de bruyère, et mises dans des couches modérément chaudes. Ces graines, contenues dans des cônes, en sont assez difficiles à extraire; il faut pour cela percer avec une vrille l'axe du cône, jusqu'aux deux tiers ou aux trois quarts, et le faire éclater en chassant à travers le trou fait par la vrille, un fer pointu qui soit plus gros que ce trou.

Les feuilles du cèdre du Liban sont courtes et épaisses ; ses branches se divisent en une multitude de rameaux. Ceux qui occupent le centre sont verticaux, les plus extérieurs s'étendent horizontalement. On a assuré longtemps que les sommets de ces branches se tournaient constamment vers le nord ; mais il est reconnu actuellement que leur direction n'est point constante, et l'observation est encore venue détruire un de ces mille contes dont les cèdres du Liban avaient été tant de fois le thème.

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