BATAILLE DE PAVIE
« Voici un des plus grands exemples des coups de » la fortune, qui n'est aulre chose après tout que » l'enchaînement nécessaire de tous les événements » de l'univers. D'un côté, Charles-Quint est occupé » dans l'Espagne à régler les rangs et à former l'éli- » quelle ; de l'autre, François I", déjà célèbre dans » l'Europe par la victoire de Marignan, aussi valcu- » reux que le chevalier Bayard, accompagné de l'in- » trépide noblesse de son royaume, suivi d'une armée » florissante, est au milieu du Milanais. Le pape » Clément VII, qui redoutait avec raison l'empereur, » est hautement dans le parti du roi de France. Un » des meilleurs capitaines de ce temps-là, Jean de » Médicis, ayant quille alors le service des impé- » riaux, combat pour lui à la tête d'une troupe choi- » sic. Cependant il est vaincu devant Pavie; et malgré » des actions de bravoure qui suffiraient pour l'im- » mortaliser, il est fait prisonnier, ainsi que les prin- » cipaux seigneurs de France et le roi titulaire de » Navarre, Henri d'Albret, fils de celui qui avait » perdu son royaume et conservé seulement le Béarn.o
Cette fatale campagne d'Italie, qui avait déjà coûté à la France le dernier de ses chevaliers, Bayard, tué à Bebec, s'était ouverte par la défection du connétable de Bourbon. L'amiral Bonnivet avait bientôt perdu quelques avantages éphémères. Vers la fin de 1524, François I*r, exalté par les succès obtenus en Provence, vint lui-même dans le Milanais, et mit le siège devant Pavie. Pescaire et le connétable se présentèrent pour secourir cette place réduite à l'extrémité : ils trouvèrent les Fiançais si bien fortifiés qu'ils hésitèrent à commencer l'attaque. Le conseil assemblé par François Ier était d'avis qu'il fallait éviter une bataille : le favori Bonnivet embrassa l'avis opposé. La bataille se livra donc avec une égale ardeur de part et d'autre. Le premier choe des Français produisit son effet ordinaire : il fit plier les impériaux. Mais des manœuvres habiles et nouvelles dirigées par Pescaire, changèrent la fortune : les Français étonnés s'ébranlèrent. La déroute devint générale : il n'y avait presque plus de résistance qu'à l'endroit où combattait le roi. Affaibli par plusieurs blessures, renversé de son cheval, qui avait été tué sous lui, il se défendait encore à pied avec un courage héroïque. Plusieurs de ses officiers, s'étant assemblés autour de lui, s'épuisaient en efTorls pour sauver la vie de leur roi aux dépens de la leur, el recevaient l'un après l'autre le coup fatal. De ce nombre fut Bonnivet, l'auteur de ce grand désastre et le seul dont la mort n'excila nul regret. Le roi, accablé de fatigue, ne pouvant plus se défendre, restai! presque seul, exposé à la fureur de quelques soldats espagnols, qu'irritait la résistance obstinée de ce guerrier, dont le rang leur était inconnu. Dans ce moment arriva Pompérant, gentilhomme français qui était entré avec Bourbon au service de l'empereur, et qui, se plaçant à côté du monarque, le protégea contre la violence des sol lais, en le conjurant de se rendre au duc de
Bourbon, qui n'était pas éloigné. Malgré l'imminence
du danger, François rejeta eetle prière avec indignation ; mais ayant aperçu Lannoy, qui par hasard se trouva près de lui, il l'appela et lui rendit son épée. Lannoy, se prosterna pour baiser la main du roi, reçut son épée avec un profond respect, et tirant la sienne, il la lui présenta, en lui disant qu'il ne convenait pas à un si grand monarque de rester désarmé en présence d'un sujet de l'empereur.
Dix mille hommes perdirent la vie dans cette bataille , l'un des plus grands revers que la France ait essuyés jamais. On a beaucoup cité, et l'on cite encore tous les jours la fameuse lettre de François Ier à sa mère : Madame, tout est perdu fors l'honneur. Celte lettre n'était pas conçue en ces termes. La voici dans son texte original, fidèlement transcrit par le savant M. Dulaure.
« Pour vous advertir comment se porte le ressort » de mon infortune , de toutes choses ne m'est de- » mouré que l'honneur et la vie qui est sauve; et » pour ce que, en nostre adversité, cette nouvelle » vous fera quelque peu de resconfort, j'ai prié qu'on » me laissa vous escripre ces lettres, ce qu'on m'a » agréablement accordé ; vous suppliant ne volloir » prendre l'extrémité de vous mesmes, en usant de » votre accoutumée prudence ; car j'ai espoir en la » fin que Dieu ne m'abandonnera point : vous recom- » mandant vos petits enfants et les miens , vous sup- » pliant de faire donner seur passage et le retour » en Espaigne à ce porteur , qui va vers l'empereur » pour savoir comme il fauldra que je sois traicté. Et » sur ce très-humblement me recommande à voslre » bonne grâce. Votre humble et obéissant fils, Fran- » çois. »
[Ephémérides. )