‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 59 sur 187 · ODESSA · texte numérisé non relu

ODESSA

Parmi les phénomènes politiques dont les derniers siècles ont élé les témoins, il n'en est peut-être pas de plus digne d'admiration que les progrès rapides et presque merveilleux que la Russie a faits dans la civilisation. Certes c'est un grand spectacle que celui d'un homme auquel le génie apparaît dans une des nuits brumeuses et froides du nord; qui, tourmenté de cette vision, s'arrache aux voluptés des rois , laisse la pourpre et le trône, et, auguste pèlerin, s'en va, comme l'Ulysse du vieil Homère, frapper à toutes les civilisations pour leur demander leurs mystères; se fait matelot en Hollande et en Angleterre, soldat en Allemagne, écolier en France : puis, fort de ce secours et de son courage, revient dans l'antique capitale dos Czars et y commence celte lutte terrible du pouvoir contre le préjugé. C'est un grand spectacle que celui d'une nation qui, sous ce doigt puissant, se place au premier rang entre les nations, et étend son vaste domaine depuis les bords glacés où le Lapon erre avec ses rennes et ses traineaux jusqu'aux plaines que domine le Caucase; depuis les contrées où l'on ne voit aujourd'hui que des ruines fumantes et des traces de sang que les pluies n'ont pas encore lavées, là où s'élevaient les cités des valeureux et infortunés enfjnls de la Pologne, jusqu'aux plages où le Kamschadale poursuit et dévore le veau marin.

A un tel peuple, grandi si subitement, il fallait des

villes créées comme par une baguette magique. Sans

parler de Pélersbourg, la superbe rivale de la ville du

Kremlin, une des plus belles créations en ce genre

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