AU GÉNÉRAL
A l'ROPOS DE SON ELEVATION A LA PAIRIE.
Ainsi, vous voilà donc, général et poète, Membre de ce sénat dont l'immuable faîte N'admet que ce qui vient et d'un lustre et d'un nom , Qui, résumant en lui l'élite de la France, A conquis dans les jours de calme et de souffrance, Son auréole et son renom.
Du grand arc triomphal, le sublime portique A peine avait inscrit sur sa pierre historique Vos prouesses de brave et vos nobles exploits; Que, pour vous recevoir, un autre temple s'ouvre, Pacifique palais, satellite du Louvre Où dort le sceptre de nos rois.
Allez au Luxembourg, des frères vous attendent: Pour serrer votre main, de franches mains se tendent, Car, depuis si long- temps, vous leur êtes connu !
— Les gloires d'autrefois, les gloires de l'Empire, D'un unanime accord s'apprêtent à vous dire :
— Ami, soyez le bien-venu.
Allez, fier vétéran de nos grandes batailles, Pair, des Montmorency, des Kohan, des Noailles, Affermir le pouvoir qui conserve et régit ; Mais aussi protège la cause populaire :
— Le peuple veut toujours qu'on lui soit tutélaire,
Et quand on l'opprime, il rugit.
Pour nos droits citoyens, jeune et sainte conquête,
Vous avez, général, exposé votre tête ;
En valeureux soldat, vous vous êtes battu :
Vous soutiendrez votre œuvre à la chambre suprême.
— Lepeuplevouscomprend, vousvénèreetvousaime,
Il compte sur votre vertu.
De la chaise curule où trône la pairie, Songez à ce Jura, dont la terre chérie A bercé votre enfanca en vous donnant son lait ; Songez à ces vallons que caresse la brise, A ces cœurs montagnards que nul remords ne brise, Aux voix pieuses du châlet.
Songez à ces hameaux, dont la douce nature, Chaque jour embellit la riante parure, Qui, parfumés et frais, dorment sur leurs coteaux, Et qu'abritent des monts les géantes murailles;
— Songez à ce pays dont les fermes entrailles
Produisirent tant de héros.
Polo, Lons-le-Saulnier, ces patriotes villes Dont le souffle brutal des discordes civiles Jamais ne troublera l'harmonieux séjour; Salins régénéré par sa propre ruine, Salins que de Poupet*, le iront chauve domine Ont mérité tout votre amour.
Surtout, n'oubliez pas cette âpre et dure zone Qu'assombrit des sapins la sauvage couronne, Sol austère où revit le type franc-comtois. Lésâmes sont, là-bas, si fortement trempées, Si riches en courage, en mâles épopées, En mœurs naïves d'autrefois!...
Que des pères conscrits, les pompes et les fêles Ne vous ravissent point la harpe des poètes Qui vibra sous vos doigts meurtris par les combats; — Cette lyre, en chantant sur la rive natale, Empêcha qu'au guerrier la disgrâce fatale Ne devint un vivant trépas **.
JosEm Bahd.