‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 72 sur 187 · Le prince Sri-Sourâ-Pal qui élail un second In · texte numérisé non relu

Le prince Sri-Sourâ-Pal qui élail un second In

dra, et dont les soldats étaient passionnés pour les blessures, se rendait souvent près de lui l'emblème de Vrihespeti , et ce long et heureux compagnon du monde qui est entouré de plusieurs océans comme d'une ceinture, avait coutume de porter de l'eau pure devant lui avec une âme purifiée à la fontaine de la foi, et la tête humblement baissée.

16. Vanoima, d'origine céleste, fut son épouse ; Vanouna avec qui on ne saurait comparer ni l'inconstante Lakchmi, ni Sali, fidèle à son seigneur.

Comment. Nous avons vu ce qu'était Lakchmi ; Sati est l'épouse de Sbiva.

17. Comme un autre Dévaki, elle lui donna un fils de grand renom, qui ressemblait au fils adoptif d'Yasodha et à l'époux de Lakchmi.

Comment. Devaki fut la mère de Krichna, et l'épouse de Vassoudeva. Yasodba est la belle-mère de Krichna, dont Lakchmi èlail l'épouse. L'extrême popularité de Krichna chez les Indiens, le fait sans cesse prendre comme le type de tout ce qu'il y a de grand et de glorieux. L'histoire de Krichna remplirait à elle seule tout un livre, et constituerait une mythologie. Il est présumable que ce Dieu n'est pas entièrement fabuleux, et qu'il a existé réellement un héros que ses exploits firent regarder comme une divinité, ou plutôt comme une incarnation de la divinité.

18. Ce jeune homme, appelé Sri Courava Misra, connaissait les constellations, et ressemblait à Rama, fils de Djamadagni ; il était un autre Rama.

Comment. Rama est le plus célèbre des rois de l'Inde, et le fondateur présumé de cet empire. D'abord associé à l'empire, Rama fut exilé par son père, Dacherata, à la sollicitation de la femme de ce dernier. Dacherata étant mort de chagrin, un ennemi de Rama fut placé sur le trône. Rama s'est illustré par la guerre qu'il soutint contre Ravan et Indrajit, rois deCeylan, guerre dans laquelle Litta, sa chère épouse, lui fut enlevée.

19. Ses talents étaient si grands qu'il brûlait de connaître l'essence des choses, ce qui le fit beaucoup respecter du prince Sri-Naraya-Pal, quel autre honneur était nécessaire?

20. Sa politique n'était pas d'un degré médiocre, et dont la renommée ne peut se concevoir, se conformait au sens des Vedas, était d'une splendeur sans homes, et semblait descendre de Dharma, le génie de la justice ; elle était réglée par l'exemple de ceux qui ont foi à l'influence de la parole sur les choses futures qui sont au-dessus des liaisons de famille , et s'occupent à payer un juste tribut de louanges aux vertus des grands hommes, et croient à la pureté de l'astrologie.

Comment. On appelle Dharma le livre des peuples, ce nom yient d'un mot samskrit qui signifie commander.

21. Dans sa personne était uni un couple aimable Lakchmi et Sara Sonati, la dispensatrice de la fortune et la déesse de la science qui semblaient avoir oublié leurs inimitiés naturelles, et debout l'une près de l'autre, montrent du doigt l'amitié.

(La fin à un prochain numéro.)

LE RROCKEN.

On sait qu'à partir des Alpes, le sol de l'Allemagne va s' abaissant de plus en plus, si bien qu'arrivé dans les Pays-Ras on ne rencontre plus que des monticules de sable. Les dernières montagnes remarquables, qui s'offrent dans le nord de l'Allemagne, sont celles du Harz. Elles renferment dans leur sein beaucoup de métaux ; mais on y aperçoit peu de traces dis eu Iture, la végétation y est presque nulle, et rien n'égale la pauvreté de la plupart des paysans qui les habitent. Ce peuple de montagnards, qui depuis des siècles vit la isolé, sans jamais sortir de sa retraite, est vraiment curieux à étudier; ses mœurs, ses habitudes, ses croyances , son langage même sont à lui seul : il pense et il vit comme il pensait et comme il vivait à son origine; il a toujours été simple, naïf, ignorant et pauvre, il le sera toujours, et cependant il est heureux. Aussi un grand nombre de voyageurs, de ceux' du moins qui savent voyager, viennent-ils presque tous les ans lui rendre visite. Il est vrai que c'est aussi quelque chose de bien pittoresque que ces montagnes du Harz, avec leurs rochers si singulièrement groupés, avec leurs vallées si profondes, si tortueuses et si solitaires. C'est vraiment la Suisse du nord de l'Allemagne.

Le Harz, qui s'élève au milieu d'une plaine immense, se compose d'une chaîne principale, d'où partent plusieurs branches qui s'étendent dans toutes les directions. C'est un groupe de je ne sais combien de centaines de montagnes, qui forment un labyrinthe dans lequel les habitants seuls peuvent se reconnaître. La plus haute de toutes, et il y en a qui sont colossales, est le Rrocken, qui s'élève à trois mille quatre cents quatre-vingt-neuf pieds. Il est presque entièrement composé de granit. Le Rrocken divise les montagnes du Harz en deux parties : le Oberharz et le Unterharz; cettedernière l'emporte de beaucoup sur l'autre par son étendue et par les beautés naturelles qu'on y rencontre. Elle est couronnée par d'épaisses forêts de sapins, et les vallées qu'elle renferme offrent une riche végétation.

Mais revenons aux habitants du Harz, plus curieux encore que ses montagnes. Voici ce que dit M. Hœfer, dans ses Fragments des mémoires d'un voyage : « Si jamais, cher lecteur, il te prend envie d'imiter » Tacite, et d'écrire sur les mœurs de la Germanie, » je te conseillerai d'aller vivre pendant quelque » temps au milieu des bons montagnards du Harz- » wald; là, et là seul, tu retrouveras les anciens » Germains dans toute leur simplicité. »

Il est vrai que tous les peuples montagnards respectent les coutumes et les habitudes transmises par les ancêtres; mais aucun peut-être ne porte ce respect aussi loin que le peuple dont il est ici question.

a J'ai trouvé, dit encore M. Hœfer, chez les Arca- » diens d'aujourd'hui, le même amour de la vie » champêtre et la même hospitalité que l'on trouvait » chez les Arcadiens chantés par Homère. »

Pendant l'été, la joie règne sur ces montagnes, mais la joie naïve et pure, celle que la nature seule peut inspirer. Les dimanches et les jours de fête, des groupes animés se forment dans les prairies ou sur les coteaux uni avoisinent les habitations ; bientôt la

jeunesse a donné le signal de la danse et des jeux, innocents plaisirs qu'aucun excès, qu'aucun désordre nu viendra troubler. Le ménétrier, qui ordinairement joue de deux instruments à la fois, se place debout sur un grand tonneau vide. Ces villageois, forts et dispos, avec leur vêtement simple et pittoresque; ces jeunes filles, avec leurs jupes courtes et leurs fraîches couleurs; ces danses où l'art n'entre pour rien, mais qui deviennent jolies à force d'être simples et gaies; ces vieillards, encore verts, qui semblent heureux du bonheur de leurs enfants; et puis la vue de ces rochers, de ces forêts épaisses qui semblent là comme pour interdire au reste du monde de venir déranger la joie de ces bons montagnards; tout cela forme un tableau dont la poésie et la peinture ne dédaigneraient pas de s'emparer, et qu'on ne peut oublier une fois qu'on a pu le voir.

Comme on peut le voir par le dessin que nous donnons du Brocken-Werlhaus, les maisonsde ce village sont couvertes en paille. Par leur construction et par leur disposition intérieure elles ressemblent beaucoup à celles de la Suisse. L'auberge que nous avons représentée est le lieu de réunion de presque tous les voyageurs qui viennent visiter le Brocken; c'est de là qu'ils partent pour se rendre sur le sommet de cette montagne, du haut de laquelle on jouit d'une vue si belle et si étendue.

C'est sur le Brocken que, suivant une vieille tradition, se donnent rendez-vous, la nuit du 1" mai de chaque année, les sorciers et les sorcières de tous les pays à plus de cent lieues à la ronde. Aussitôt que minuit sonne, les sorcières enfourchent leurs manches à balais, qu'elles ont trempés neuf fois dans la quintessence infernale dont Shakespeare nous a, dan?

son Macbeth, légué la recette ; les sorciers, de leur côté, apprêtent leurs montures : ce sont de vieuv boucs gris, aux yeux étincelants et aux cornes fourchues. Les selles sont en peau de lézards et de serpents tués la veille de Noël ; des dents de crapauds et de basilics, soudées ensemble par la bave d'un dragon, composent le mors; les cheveux d'un parricide, coupés à minuit avec des ciseaux rouilles dans les cendres du tombeau, servent de bride. Les sorcières forment la lêle, et les sorciers la queue du cortège. Au dernier coup de cloche, le chœur noir entonne le chant du départ; puis il clame trois fois incubus et sept fois abracadabra, en invoquant Méphi.->lophélès, Astarolh et Astarte. Au même instant, toute la Iroupe diabolique s'élance dans les airs à une hauteur prodigieuse, en laissant traîner derrière elle une bande de rayons rouges et livides. Cette ascension aérienne est accompagnée d'une explosion, d'un bruit que nul homme né à terme ne peut définir; car pour l'entendre, il faut être arraché tout vivant du ventre d'une mère infanticide. En moins d'une minute, la iroupe est rendue sur le sommet du Brocken. Là. ont lieu toutes les bacchanales de l'enfer, jusqu'à l'heure où l'apparition de Lucifer annonce l'approche du jour. C'est alors que tous les convives battent en retraite.

C'est sur ce même Brocken que Goethe a placé une des scènes les plus intéressantes de son Faust, et que Wiltekind, chef des Saxons, sacrifia au dieu Thor avant de marcher contre les soldats de Charlemagne.

On montre encore aujourd'hui sur celte montagne, chronique vivante de la Germanie, les débris d'un autel qu'on appelle Hexenkanzel (autel des sorciers), et un puits nommé Hexenbrunnen (puits des sorciers). E. J.

( L'&ut>ergr du Brocken. )

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