WIESBADEN ET SES ENVIRONS
Wiesbaden, célèbre par ses eaux minérales, et qui tous les ans y attirent un grand nombre d'étrangers , est une des villes d' A llemagne les plus connues. Elle fut fondée, un siècle avant l'ère chrétienne, parlesUbiens, petit peuple de la Germanie, qui en firent leur capitale. Il n'existe pas d'histoire de ce peuple : nous ne savons de lui que le peu qu'en ont dit les Romains, avec lesquels il avait fait alliance. Il est probable que les sources chaudes de Wiesbaden étaient déjà connues des Romains lors de leurs premières guerres sur les bords du Rhin ; Pline en parle dans son livre sur l'histoire naturelle, écrit quatre-vingts ans après Jésus-Christ : «l'eau, dit-il, est encore chaude trois « jours après qu'on l'a tirée de la source. »
Les princes du duché de Nassau, dont Wiesbaden est la capitale, descendent de l'ancienne famille de Laurenburg qui régna pendant long-temps sur les deux rives de la Lahn. Ce ne fut que plus lard qu'ils prirent le titre de princes de Nassau. Le château où ils faisaient leur résidence, et qui porte le même nom,
existe encore : il s'élève au sommet d'une montagne située sur la rive gauche de la Lahn, à quatre lieues de l'endroit où cette rivière se jette dans le Rhin. On voit à Wiesbaden un assez grand nombre d'antiquités romaines ; les plus remarquables sont un mur de quinze à vingt pieds de haut, qui autrefois servait d'enceinte à la ville, et plusieurs bains parfaitement conservés. Ces bains ont quatre-vingt-dix pieds de long, sur dix de large et cinq de profondeur ; ils sont en pierres de tnille, avec le fond du bassin en briques carrées, dont plusieurs portent les initiales de la vingt-deuxième légion romaine. On a aussi découvert dans les environs de la ville, et on y découvre encore presque tous les ans un grand nombre de tombeaux, d'inscriptions, etc.
A une demi-lieue de Wiesbaden, sur des collines boisées, est un endroit où reposent, dit-on, les ossements des Ubiens et des Mattiaques : « Sepulcrum cespeserigit (Tacite). » Derrière ce cimetière s'élève leNéroberg, ou montagne de Néron, sur les flancs de laquelle on voit encore les ruines d'un palais romain. D'après la tradition, un vaste parc s'étendait sur cette
montagne, et comprenait dans son enceinte la forêt qui couvre le Taunus. Presque tous les sommets du Taunus sont couronnés par des masses de pierres, débris de fortifications élevées par les plus anciens peuples de la (iermanie pour se défendre contre les attaques des Romains. Est-ce l'ouvrage des Ubiens, ou des peuples qui les ont précédés dans ce pays .'C'est ce qu'on ignore. Il est probable que ces constructions étaient non-seulement un moyen de défense, mais qu'elles servaient encore de limites et de lignes de démarcation. Ce sont elles sans doute qui donnèrent aux Romains l'idée de la fameuse muraille (Teufelsmaner, ou mur du diable) et de l'immense fossé qui s'étendait depuis le Rhin jusqu'au Danube.
C'est au duc Frédéric-Auguste que Wiesbaden doit ses premiers embellissements. Le Kursaal, commencé en 1808, est l'édifice le plus remarquable de la ville; on y -voit une salle qui, par sa grandeur et la manière dont elle est décorée, peut rivaliser avec les plus belles salles de Paris et de Londres. Le théâtre, construit sur la place où se trouve le Kursaal, ne le cède, par le goût de son architecture, par la richesse de ses décors à aucune autre construction de ce genre. La grandeur de la salle a été calculée sur le nombre des habitants et celui des étrangers qui viennent passer à Wiesbaden la saison des eaux.
II y a vingt ans, la source principale de Wiesbaden était entourée d'une muraille; aujourd'hui elle jaillit en liberté au milieu d'une promenade délicieuse, rendez-vous général de tous les étrangers qui viennent passer dans cette ville la saison des eaux. Tous les matins, de cinq à sept heures, un orchestre nombreux vient s'établir sur un des points de cette promenade, et, tout en buvant leur eau chaude, malades et curieux ont le plaisir d'entendre les airs les plus mélodieux de Weber, de Weigel et de Mozart, joués comme on ne les joue qu'en Allemagne. Une pareille musique et l'air frais du matin contribuent presque autant, j'en suis certain, à la guérison des malades, que l'énorme quantité de verres d'eau qu'on leur fait avaler chaque jour.
Il y a à Wiesbaden quatre sources principales, et onze sources secondaires qui fournissent de l'eau à tous les hôtels de bains. La plus abondante est celle appelée le Kurbrunnen : elle monte à cent cinquanteun degrés Fahrenheit; celle de l'Adler monte à cent quarante, et celle du Schùtzenhoh à cent dix-sept. L'eau de ces sources dépose, ainsi que Pline l'avait déjà remarqué, une pierre très semblable à la pierre ponce, et qu'on appelle sinter; on en voit de beaux échantillons cristallisés dans le musée de la ville. Les éléments principaux des eaux de Wiesbaden sont le carbonate de chaux, la magnésie, le muriate de natron, l'hydrochlorate de chaux et de magnésie, le sulfate de natron, un peu d'alumine, et un peu de fer dissous dans le carbonate de natron. Au reste, ces substances varient selon les différentes sources. Il faut trente-six heures pour que l'eau exposée à l'air se refroidisse; il se forme alors sur sa surface une pellicule mince, blanche, composée de chaux pure. Les médecins recommandent les eaux de Wiesbaden aux personnes atteintes de rhumatismes chroniques, dégoutte, de paralysie des membres, de maladies mélastatiques provenant de causes rhumatismales, psoriques, ou herpétiques ; elles ont surtout
beaucoup de vertu contre les abcès et les maladies cutanées.
Tous les étrangers qui ont visité Wiesbaden ne se lassent point d'en vanter les environs; et certes, quelque éloge qu'ils en puissent faire, ils n'exagèrent point. Qu'y a-t-il de plus joli, par exemple, que le Dietenmuhl? Un chemin sablé, bordé de Heurs, qui part de la promenade du Kursaal, conduit à cette délicieuse solitude, si propice aux douces rêveries. Un peu plus loin, à une demi-lieue de la ville, sont les ruines du château de Sonnenberg (montagne du Soleil), qui s'élèvent majestueusement sur un rocher de schiste calcaire, et dominent le joli village du même nom. On dit que, dans les anciens temps, il y avait sur ce rocher un temple consacré au soleil. Quoiqu'il en soit, il est certain que le château dont on voit les ruines fut construit vers la finduXII'siècle; plus tard il servit d'habitation aux comtes de Nassau, et l'empereur Adolphe l'agrandit et le fortifia. Il fut dévasté pendant les guerres que le pays eut à soutenir au XIII1 siècle contre les Suédois, et vers la fin du XVIIe contre la France.
Riebrich, résidence du duc de Nassau actuel, se trouve à une lieue de Wiesbaden. Le château, qui s'élève sur la rive droite du Rhin, est construit dans le style moderne et à la française; il présente un magnifique coup-d'œil. De là, la vue s'étend sur un paysage des plus riants : sur le devant c'est le Rhin, couvert d'une multitude d'îles; dans le fond c'est Mayence. Le Rhin, en cet endroit, est large et majestueux; on dirait presque une ville flottante, tant est grand le nombre des embarcations de tout genre qui s'y croisent à tout moment sous vos yeux : tantôt ce sont des bateaux à vapeur qui passent avec la rapidité de l'éclair; tantôt des vaisseaux marchands; tantôt de longs radeaux, à la marche lente, qui transportent dans les Pays-Ras le bois des forêts de l'Allemagne.
Le parc de Riebrich rivalise avec ce qu'il y a de mieux dans ce genre; c'est une promenade délicieusement variée. On y remarque surtout un petit château, imitant l'architecture du moyen-âge, et bâti au milieu d'un lac, dans un endroit tout-à-fait romantique.
Le village de Schierstein est renommé pour son excellent vin, que l'on récolte nolamment dans la vallée de Ilolle, et que l'on désigne souvent sous le nom de lacryma diaboli ou lacryma infernalis. Les vins de Dolzheim, de Fraeunstein, de Clarenthal, ont aussi de la réputation; il s'en fait des envois au loin. E. J.
Fin de l'article sur une Inscription indienne. ( Voir p. 127. )
22. Il se moquait de celui qui, dans les assemblées des doctes, était enivré de l'amour des arguments, et il le confondait avec des discours élégants et profonds, rédigés d'après la doctrine desSastras; il n'épargnait pas l'homme qui, à raison de son pouvoir et de ses richesses sans bornes, élait enflé d'orgueil pour la victoire qu'il avait remportée sur ses ennemis dans le champ de bataille.
Comm. Sastra est le nom générique que l'on donne aux livres sacrés de l'Inde.
23. Il eut un sein, mais il s'obstina à ne point lui apporter de fruit. Un homme de sa trempe ne saurait avoir beaucoup de goût pour la jouissance de la vie ; il ne fut jamais favorisé de délices par l'obtention desquelles un homme va à un autre aumônier.
Comm. Ces mots, un autre aumônier, veulent dire la divinité.
24. Lui, qu'on aurait pris pour un autre Valmiki, vivant dans un âge ténébreux d'impiété, au milieu d'une race cruelle et terrible de mortels, fut un homme pieux qui développa la science des vertus dans des livres de contes moraux.
Comm. Valmiki, le plus grand et le plus ancien des poètes de l'Inde, est auteur du Ramayana; il vécut à la cour de Janaca, roi de Mithila. Les Védas sont les livres sacrés de l'Inde, ils datent du XIV' siècle avant notre ère; ce sont les seuls livres sacrés des Rrahmes; ils ont été révélés par Brahma à M eno, qui les communiqua au sage Bhrigon, l'un des ancêtres du genre humain. Mais on ignore l'époque à laquelle ils furent remis en ordre par Viasa. Le célèbre W. Jones fait vivre ce dernier dans le XIVe siècle avant J.-C.
25. Son langage profond et agréable, pareil à Ganga, s'épanchant dans un triple courant perpétuel, purifié et chaste.
Comm. Ganga est le nom samscrit du Gange.
26. Lui près de qui, près des parents de qui les hommes avaient coutume de se réfugier, comme si c'eût été près de Brahma, attendit si long-temps dans l'espérance de devenir père, qu'enfin il arriva luimême à l'état d'enfance.
27. Il a consigné sa généalogie sur cette colonne durable qui attire les regards de l'observateur par la beauté supérieure de son fût, dont l'élévation hardie et sans bornes comme ses propres idées, qu'on prendrait pour un poteau dans le sein de Kali, et au sommet de laquelle est assis Taskchya, l'ennemi des serpents et l'oiseau chéri de Hori.
Comm. Kali, une des trois grandes déesses indiennes, qui ne se plaît que dans le sang et le carnage; c'est la déesse du temps.
28. Garour, comme la renommée de Sri-Gousara- Misra, ayant erré jusqu'à l'extrémité du monde, et élant descendu même dans ses fondements, fut exalté ici avec un serpent dans sa bouche.
Ce travail a été exécuté par l'artiste Banderc-Bhadra.
Nous n'ajouterons aucune réflexion sur celte traduction, ni sur l'emphase dans laquelle cette inscription, qui n'est au fond qu'une généalogie, a été écrite; elle formera à nos lecteurs une idée du style des Indiens. A. M.