ALEXANDRIE EN SYRIE
Outre la colossale renommée que le conquérant macédonien laissa partout sur ses traces ; outre le souvenir de cette guerre de Tilans, semé depuis les oasis brûlantes jusqu'aux bords du Gange; depuis l'Ethiopie jusqu'aux déserts alors inconnus, où le Scythe errait pauvre et indépendant, le vainqueur des Perses et de Porus laissait aussi sur son passage d'autres monuments plus durables, chacun de ses généraux qui plus tard devaient être des rois, bâtirent nombre de cités dont beaucoup ne sont aujourd'hui que des ruines ou ont perdu le nom que leur avaient imposé leurs orgueilleux fondateurs; il n'est pas jusqu'au cheval Rucèphale qui n'ait eu une ville élevée autour de son tombeau. Parmi celles qui portèrent le nom d'Alexandrie, celle dont nous allons entretenir nos lecteurs ne fut pas la moins célèbre. Râtie au fond du golfe Issicus, près de l'endroit témoin de la défaite de Darius (Issus), elle fut placée là comme un trophée sur un fameux champ de bataille. Et en effet, il n'y avait que la main d'un conquérant jaloux de consacrer par un monument une des plus belles pages de son histoire, qui pût bâtir une ville dans un pareil lieu ; car des marais qui l'environnent s'élèvent continuellement des exhalaisons putrides qui, selon Volney, emportent annuellement le tiers des Européens qui y abordent pour le commerce. Au temps de la domination des Grecs, comme sous celle des Romains, elle dut contenir peu de monuments célèbres, du moins les géographes anciens n'en font-ils pas mention ? Strabon se contente de dire qu'elle fut bâtie par Alexandre-le-Grand, et Ptolémée n'en parle que pour nous dire qu'elle était comprise dans la province Aria, et qu'en conséquence on l'appelait Alcxandria Ariorum. Peut-être aussi , comme tant d'autres villes autrefois fameuses dans ces belles contrées, tout son ancien éclat s'est-il effacé ; il n'en est pas autrement des palais de Tedmor et de Raalbek, effacés de la surface de la terre ou ensevelis dans les sables du désert. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'Alexandrie moderne n'est guère qu'un misérable hameau qui ne doit sa faible existence qu'à la rade qu'il commande. Dans ce triste séjour, tous les habitants portent les traces de l'air fiévreux qui les dévore; jaunes et presque tous hydropiques, on dirait à voir leur ville de sépulcres, une génération échappée un moment du tombeau.
Dans le moyen-âge, elle fut témoin des exploits chevaleresques des croisés, et ses habitants purent entendre le bruit des murs d'Antioche croulant sous les coups des bandes que conduisaient les Godefroi, les Tancrède et les Raymond de Toulouse. Encore aujourd'hui l'on voit, non loin de son enceinte, des restes de tours sur l'emplacement d'un château fort bâti par Godefroi.
Elle fut encore célèbre par ses relations avec Alep et Ragdad, au moyen de pigeons sous l'aile desquels on attachait la lettre contenant le message. Ces oiseaux, pressés de revoir leur nid, dès qu'on leur donnait la liberté, s'envolaient d'une rapidité sans égale, et la dépêche arrivait d'autant plus sûrement que la plaine immense qui part des rives de la Méditerranée et s'avance jusque sur les bords du golfe persique leur permettait de voir de très loin le but
vers lequel ils se dirigeaient. Depuis une cinquantaine d'années ces relations ont cessé, interrompues par les voleurs kourdes qui se sont avisés de tuer les pigeons.
A deux ou trois lieues d'Alexandrie, s'élèvent les montagnes connues des anciens sous le nom de chaîne de YAmanus : là, sont des villages charmants dans les sites les plus pittoresques dont les habitants jouissent de l'air le plus pur et le plus doux, tandis que leurs malheureux voisins sentent la vie se flétrir dans sa racine, sous l'influence mortelle de l'air infect qu'ils respirent. Ces montagnards adonnés presque uniquement aux soins de leurs troupeaux, qui consistent en chameaux, en moutons et en buffles, portent le nom d'Ansarié, et leur origine est assez curieuse pour qu'elle mérite d'être rapportée. Dans le IX* siècle, un vieillard du bourg de Nassar, passait pour saint dans l'esprit du peuple , et se vit l'objet des persécutions du gouverneur de l'endroit; délivré de sa prison par la fille du geôlier qu'il avait convertie à sa doctrine, il se mit à prêcher parmi le peuple, et bientôt il eut un grand nombre de partisans, qui prirent le nom d'Ansarié pluriel arabe du mot nasar.
Leurs croyances sont un mélange bizarre d'idées empruntées au christianisme et d'anciennes superstitions païennes.
Alexandrie, plus vulgairement connue sous le nom d'Alexandrette, ou sous celui de Skandaroun, que lui donnent les Syriens, est le port d'Alep : c'est de là que s'exportent toutes les marchandises arrivées de l'Inde et de la Perse, parles caravanes de Ragdad; c'est là aussi qu'abordent les vaisseaux européens, Alexandrette étant le port le plus sûr de la côte de Syrie, presque toujours tourmentée par les vents du sud et de l'ouest, et par ces tourbillons quelquefois effrayants qui se précipitent des cimes du Liban, et chassent au loin les vaisseaux sur leurs ancres.
LES ENTOZOAIRES.
Précis des opinions des naturalistes sur leur mode de formation. — Leur classification. — Pilaires. — Strongles. — Ascarides — Echinorhynques. — Distomes. — Ligules. — Tœnias. — Hydatides. — Pseudo-Helminthes . — Planaires.
Ce n'est pas seulement la surface du globe que la nature a peuplée d'une quantité innombrable d'êtres animés dont les découvertes des naturalistes nous révèlent tous les jours l'existence, elle, a encore placé dans l'intérieur même des animaux d'autres animaux pour lesquels les premiers sont un autre monde et qui peut-être aussi logent dans leur corps des êtres nouveaux qui nous échappent par leur ténuité, en sorte que ces créatures multiples pourraient se comparer à une suite de sphères qui se contiennent les unes les autres sans cesser de demeurer distinctes.
Ces animaux qui vivent de la sorte à l'intérieur de l'homme et des mammifères, furent long-temps connus sous le nom générique de vers intestinaux ; on savait alors à peine leur histoire, on ne les avait étudiés que sous le point de vue médical en un mot leur connaissance était encore bien peu avancée . Les travaux de plusieurs naturalistes allemands et français, et notamment ceux de Rudolphi, de Rremser, de Lamark
et d'Oken, firent faire de rapides progrès à celte intéressante partie de la zoologie ; le nom de vers intestinaux fut peu à peu abandonné, il no pouvait convenir ;i un ordre d'animaux qui n'avaient pas tous la forme vermiculairo et qui ne se logeaient pas exclusivement dans la cavité intestinale, on adopta bientôt le nom d'helminthes, puis celui d'entozoaircs, dû à M. de Blainville, généralement en usage aujourd'hui, son origine grecque, entos, intérieur, et zoon, animal, indique parfaitement l'ordre d'animaux qu'il désigne.
L'existence des entozoaires présentait quelque chose de trop extraordinaire pour qu'on ne s'occupât pas activement de sa nature et de son principe. Comment ces animaux se trouvaient-ils dans des corps animés? y prenaient-ils naissance? y étaient-ils introduits par des circonstances extérieures? telles étaient lesquestionsqu'il fallait résoudre.
Si les helminthes se sont introduits dans l'intérieur des animaux, soit à l'état d'œuf, soit à l'état de complète formation par les aliments, les boissons, l'air même ou tout autre moyen, on doit en rencontrer vivant sur la surface de la terre, et cela même fréquemment, puisque rien n'est si commun que leur présence chez les mammifères surtout, et cependant il n'en est rien ; les tœnias, les ascarides, que certains naturalistes avaient recueillis en plusieurs endroits et qu'ils donnaient comme des tœnias et des ascarides, ne se trouvèrent jamais identiques à ceux qu'on observait à l'état de vers intestinaux, et cette première hypothèse fut peu à peu abandonnée et remplacée par une seconde qui vint la modifier. Nous voyons la plante changer d'aspect suivant le terrain où elle végète, suivant la culture qu'on lui donne. Introduits dans les cavités intérieures des êtres animés, soumis à un nouveau mode d'existence , les entozoaires devront, sous de nouvelles influences extérieures, changer de forme et presque de nature ; telle sera donc la raison pour laquelle on ne trouvera jamais à l'air libre des animaux qui leur soient absolument identiques. Cette seconde explication tomba également sous de nouvelles objections : si les vers de terre se métamorphosaient ainsi une fois admis à ce genre de vie interne, cette métamorphose ne pourrait être instantanée ; comment n'avait-on jamais rencontré d'entozoaires en train d'opérer cette mutation de formes, et d'ailleurs, sortis du corps où ils vivent, les helminthes, rendus à leur état naturel et primitif, devraient changer de formes, retourner aux premières et vivre : tout au contraire ils meurent aussitôt.
Il ne restait à ceux qui ne voulaient pas regarder le corps de l'animal, comme donnant lui-même naissance à l'entozoaire, que d'admettre que les œufs d'une ténuité telle qu'elle échappait à toute humaine observation, chassés par les pores, avec les déjections de l'intérieur de l'être où habitait l'helminthe qui les avait pondus, étaient portés dans le corps de nouveaux animaux dont la chaleur était nécessaire pour les faire éclore. On citait, à l'appui de celle troisième hypothèse, l'exemple de certains insectes qui déposent leur ponte dans les intestins de mammifères où elle éclot et où l'insecte demeure à létat de chrysalide jusqu'à ce qu'arrivé à sa complète croissance il retourne vivre à l'air libre. L'exemple était bien choisi
et concluant, mais il est évident qu'une pareille explication ne faisait que reculer la difficulté, que la formation du premier tœnia, du premier strongle, des premiers entozoaires, enfin que la question demeurait inexpliquée, à moins d'admettre que Dieu, en créant le premier homme, n'eût rempli son corps des douze cents espèces de vers intestinaux que nous connaissons. Il est un fait d'ailleurs bien connu, c'est que plusieurs entozoaires sont vivipares, par conséquent, que cette théorie ne pourrait pas même leur être appliquée.
Au milieu de toutes ces incertitudes, plusieurs naturalistes vinrent jeter l'idée de conception spontanée, idée qui, disaient-ils, à l'abri de toutes ces objections, résolvait seule la difficulté. Sans doute qu'ils avaient raison, jusqu'à un certain point; mais pour résoudre une difficulté, n'en soulevaient-ils pas une plus grande? Comment concevoir que d'une partie de notre corps, par excès de vie, ou nous ne savons plutôt par quelle secrète opération , un être si différent de nous prenait naissance? Ce dernier système compta beaucoup de partisans ; il compta aussi un grand nomhre d'adversaires parmi ceux qui en mesuraient toutes les conséquences. Il ne nous appartient pas de juger une question qui ne pourra sans doute l'être jamais ; il nous a suffi de mettre nos lecteurs au courant de la question, c'est la meilleure introduction que nous puissions donner à l'examen que nous présentons des principaux genres d'entozoaires, nous aurons d'ailleurs apporté une preuve de plus de l'impuissance des sciences toutes les fois que, s' écartant du cercle des faits positifs, elles cherchent à en pénétrer l'essence, elle n'a plus alors de guide et marche au hasard.
Les classifications des entozoaires, ont varié aux différentes époques de la science et suivant les auteurs qui ont traite de l'helminthologie. Les unes, et ce sont les plus simples, divisent les entozoaires d'après leurs formes extérieures ; par exemple on les range souvent en trois classes : cylindriques, aplatis, vésiculaires. D'autres les distinguent d'après la nature même de leur organisation, enfin plus savantes et plus compliquées, les dernières les classent d'après l'ensemble de leurs différents caractères. De ce nombre est la méthode de Rudolphi que nous adopterons ici, tant à cause de la clarté que parce qu'elle est aujourd'hui la plus généralement répandue.
Rudolphi a établi cinq classes qui sont les suivantes :
1° Les nemaloïdes, dont le corps est élastique, arrondi, le canal intestinal pourvu d'une bouche et d'un anus. Dans cette classe, les deux sexes sont séparés sur deux individus différents.
2° Les acanthocéphales, au corps aussi élastique, aux sexes distincts, mais dont l'extrémité antérieure est pouvue d'une sorte de trompe rètraclile et garnie de crochets disposés par séries.
3° Les trématodes, dont les individus sont tous androgynes, les formes variées, le corps déprimé et souvent garni de suçoirs.
4° Les cestoïdes, androgynes comme les trématodes au corps allongé, et dont la tête, rarement pourvue de lèvres, est le plus souvent armée de suçoirs.
5° Les cystoïdes, dont le corps déprimé et un peu arrondi se termine en arrière par une Yessie pour
chaque individu ou commune à plusieurs; quant aux organes de la génération, ils sont encore mal connus.
Examinons maintenant chacun de ces ordres séparément.
Le premier genre que nous présentent les nematoïdes, sont les filaires, qui habitent non-seulement le corps des animaux vertébrés, mais encore celui de certains insectes et de certaines larves ; les endroits où ils se logent sont nombreux, c'est tantôt autour des yeux, dans les bronches, dans la cavité de la poitrine, tantôt dans le foie, l'estomac, les intestins. Ces entozoaires ont le corps allongé, cylindrique, presque d'un égal diamètre dans toute son étendue, leur
bouche est orbiculaire ; ils sont libres, souvent adhérents aux organes.
La plus célèbre espèce de filaire est celle que l'on connaît sous le nom de ver de Médine ou de Guinée ; elle est répandue dans les pays chauds. Ce ver s'introduit jusque dans la plante des pieds, d'abord sa grosseur n'excède pas celle d'un tuyau de plume, mais il atteint bientôt la longueur de dix pieds, le malheureux qui le renferme expire souvent au milieu des convulsions nerveuses effrayantes, qu'excitent les morsures de l'animal.
Cet entozoaire, outre les deux noms que je viens de citer, en porte encore un grand nombre d'autres, les Français l'appellent également ver cutané ou dra-
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( Les Entozoaires. )
gonneau du mot grec dracontion, par lequel les médecins de l'antiquité l'ont désigné. Albucasis le nomma vena cruris, Avicenne et Rhazes, vena medeme, medinansis, qui est le même nom que celui d'Almedini ou ver de Médine, sous lequel nous l'avons désigné. Cet helminthe a été connu très anciennement, puisqu'il en est déjà question dans Agatharchides, historien et philosophe du IIe siècle avant notre ère, ainsi que dans Plularque, qui raconte que les peuples qui séjournaient près de la Mer Rouge furent tourmentés par de petits vers qui, sous forme de petits serpents, rongeaient leurs bras et leurs jambes. Plusieurs médecins ont d'abord pensé que ce filaire n'était pas un animal, mais un corps formé par un dépôt de pus et de sang, ou une circonstance analogue; d'autres, forcés de reconnaître l'existence d'un animal , ont cru qu'il n'était autre chose que la larve d'un insecte qui déposait ses œufs sous la peau. Mais toutes ces opinions sont actuellement abandonnées.
Le dragonneau n'est pas la seule espèce de filaires que l'on connaisse, il en existe au contraire un grand nombre, tel que le grêle, le papilleux, l'atténué. Ces entozoaires sont si communs dans les contrées intertropicales, et notamment à l'île de Curaçao, qu'un voyageur assure que plus de la moitié des habitants en est incommodée.
Le meilleur moyen de se débarrasser de ces hôtes dangereux, c'est de les extraire ; au reste le traitement que demande la maladie est long et pénible (voy. fig. 7) .
Un autre genre de nematoïdes, non moins redoutable que celui-là pour l'homme et les animaux, est celui des strongles (fig. 5), dont les espèces nombreuses se rencontrent chez les vertébrés, et se reconnaissent par leur corps cylindrique, élastique, atténué aux deux extrémités. La queue du mâle est terminée par une bourse d'où sortent les organes de la génération. Leur bouche est orbiculaire, munie
tantôt de cils raides, tantôt de papilles variables en nombre, quelquefois la bouche e9l complètement nue; mais le caractère le plus dislinctif du slrongle est la forme de la queue du mâle. Leur système nerveux est très simple, il consiste en un nerf unique qui s'étend de la tète jusqu'à la queue, garni dans son trajet de plusieurs ganglions.
Le strongle géant est l'espèce la plus célèbre et la plus effrayante. C'est un ver dont la grosseur est quelquefois celle du petit doigt; il atteint jusqu'à trois pieds de long et habile le tube digestif, principalement les reins des animaux carnassiers; il se rencontre heureusement fort rarement chez l'homme. Ces petits serpents présentent une couleur d'un rouge le plus vif, au sortir du corps de l'animal , dont ils ont le plus souvent amené la mort, mais ils perdent peu à peu dans l'esprit de vin cette teinte éclatante et passent au brun.
Plus communs que les strongles , les ascarides (fig. 6) se trouvent dans l'œsophage, les poumons, en général dans presque toutes les parties du corps des vertébrés, une seule espèce a été trouvée dans un mollusque. Les variétés en sont très multipliées, nous citerons particulièrement le lombricoïde, l'ascaride du chat, le spiculigne, qui se trouve dans l'estomac du cormoran ; le serpentule, qui attaque le héron cendré, le vermiculaire, qui n'a guère que cinq à six lignes.
La couleur des ascarides est ordinairement rouge brunâtre, le corps est cylindrique et presque également aminci vers les deux extrémités, le double organe générateur qui sort de la queue du mâle sert assez à distinguer les sexes.
Les ascarides sont souvent si nombreux qu'on les rencontre par pelotes dans l'estomac de certains animaux.
Ce sont ces helminthes qui attaquent particulièrement les enfants, ils ne sont pas fort dangereux, à moins qu'ils ne sortent du canal intestinal et ne s'introduisent dans d'autres parties du corps; ceux qui pénètrent dans l'estomac causent ordinairement, par l'excitation qu'ils y portent, un vomissement qui débarrasse promptement le malade, non cependant sans que l'estomac souffre des efforts qu'il est obligé de faire.
L'ordre des acanthocéphales ne contient qu'une seule espèce dont les genres sont, il est vrai, fort nombreux; c'est celle des échinorhynques (fig. 4).
Leur caractère principal est un prolongement rétractile antérieur, garni de crochets, auxquels on a donné le nom de trompe, trompe au moyen de laquelle ils adhèrent à la membrane muqueuse des intestins, le reste de leur corps flottant librement dans le canal intestinal, en sorte que, si l'on veut arracher un échinorhynque delà partie du corps où il est ainsi fixé, on laisse ordinairement le dard dans la plaie qu'il a faite, ou l'on arrache une partie de la membrane. On ne sait, au reste, rien de bien positif sur leur mode de développement.
Parmi les nombreuses espèces qui ont été décrites, on en distingue surtout une chez laquelle le corps, au lieu d'être terminé par une trompe, est garni d'une bulle ou ampoule sphérique, remplie d'un liquide transparent; cette petite bulle se termine par un disque sur lequel, au lieu de crochets, se voient de pe-
tits tubes cornés, ovalaires , disposés en rayon au nombre de dix-huit ou vingt, allant de la circonférence au centre où se trouve une petite ouverture.
Lorsqu'on le trouve dans l'intestin, cet entozoaire est aplati et ridé, mais placé dans l'eau il ne tarde pas à devenir lisse et à se gonfler.
Les distomes ou douves appartiennent à l'ordre des trêmatodes, leur corps est mou, déprimé, subarrondi; le nombre des espèces monte à plu9 décent quarante.
Nous ne parlerons que du genre principal, appelé distoma hepaticum, ou douve du foie. La longueur de ce ver n'est guère que de quatre à cinq lignes, il a la forme d'une lancette, est obtus à ses deux extrémités. Il se rencontre principalement chez les ruminants. La présence de ces vers, chez les moutons, leur occasionne souvent des hydropisies; on les détruit ordinairement en faisant prendre à celui qui en est attaqué, de l'huile empyreumatique de Chabert.
Les ligules forment un des genres principaux des cestoïdes, très communs chez les oiseaux et les poissons, ils ne se rencontrent que rarement chez les mammifères, leur corps long et déprimé n'offre aucune apparence d'organes de la génération (fig. 1), et est traversé par un sillon longitudinal. Us ont la vie dure, on a même assuré en avoir trouvé encore vivants dans des poissons cuits, mais on aura sans doute pris pour des indices de vie chez ces entozoaires les convulsions excitées dans leurs fibres par la transition subite d'une température chaude à une froide. Ces ligules sont eux-mêmes regardés en Italie comme un mets recherché. Us peuvent atteindre la longueur de cinq pieds; mais parvenus à ce développement, ils amènent presque toujours la mort de l'animal à l'intérieur duquel ils habitent.
Le tœnia est de tous les entozoaires le plus connu et un des plus fréquents chez l'homme. Hippocrate, Pline et Galien en ont parlé dans leurs écrits. Ce nom qui veut dire en grec bandelette, ruban, vient de ce qu'en effet sa forme présente avec cet objet une grande analogie. Son corps est mou, extrêmement allongé, déprimé, composé d'un grand nombre d'articulations distinctes terminées par un renflement céphalique, pourvu de deux paires de suçoirs et d'une sorte de pompe courte ou rostre garni souvent de deux couronnes de crochets. Il atteint une longueur tellement considérable que, d'après les morceaux rendus, en l'espace de quelques jours, par des personnes tourmentées par le tœnia, on peut évaluer sa longueur à trente pieds; car Bremser remarque fort bien qu'on n'a jamais vu de tœnia entier.
L'extrême mollesse de cet helminthe ne permettant pas de le disséquer complètement, son organisation est encore imparfaitement connue. Nous dirons seulement que ce renflement céphalique. par lequel le corps se termine, affecte des formes différentes qui servent à distinguer les espèces. Celte tête est comprimée et formée d'un tissu rétractile, le reste du corps, dont l'enveloppe générale n'est qu'une peau recouverte d'un léger épiderme, est traversé dans toute sa longueur par le canal digestif. Chaque suçoir du tœnia ressemble à une fleur de muguet.
Le mode de reproduction des tœnias est fort singulier. Leurs œufs, globuleux, sont portés par les dernières articulations qui se détachent à mesure et sont
rendues par l'animal, puis par l'homme qu'habite cet entozoaire, tandis que les articulations placées du côté de la tête ne sont pas encore formées.
Les tœnias attaquent les vertébrés , deux espèces sont particulières à l'homme : le tcenia large, ou bothriocéphale, qui se rencontre dans la race humaine , en Russie, en France, en Suisse, et le tœnia solium, ou ver solitaire, qui se trouve chez les habitants d'à peu près tous les climats.
La présence du ver solitaire, ainsi appelé parcequ'on a cru long-temps que deux vers de cette espèce ne pouvaient pas attaquer le même individu, se combat par les moyens employés contre les autres vers, mais il ne cède que difficilement à l'action de tout vermifuge.
La largeur du tœnia solium varie beaucoup (fig. 2); vers la fin de la tête il n'a souvent qu'un quart ou qu'un tiers de ligne de largeur ; mais il augmente peu à peu jusqu'à trois, quatre et même six lignes ; sa grosseur est aussi très variable, sa tête, fort petite, n'a pas de forme constante, et les suçoirs en sont tantôt proéminents, tantôt rétractés.
Nous ne dirons qu'un mot des hydatides, sortes de petites vésicules pleines d'eau, que l'on trouve dans différentes parties du corps des animaux.
Ce n'est guère que vers la fin du XVII' siècle, que la nature animale de ces globules aqueux a été découverte. Le liquide qui s'y trouve renfermé, d'une couleur limpide, est plus ou moins épais, et se transformant quelquefois en une substance compacte, alors que l'hydatide se trouve dans un élat morbifique. Ces six entozoaires se divisent en deux classes, les cysti— cerques et les échinocoques. Les premiers, qui présentent un rudiment de tête, offrent par cet organe quelque analogie avec celle du tœnia ; ils attaquent surtout les animaux domestiques, une variété d'un blanc jaunâtre, de la grosseur d'un grain de chenevis, cause chez le porc la maladie appelée ladrerie.
Les seconds habitent les poumons et le foie des ruminants. En général, ces entozoaires produisent une hydropisie, amènent la mort de l'individu dans le corps duquel ils se logent.
Telles sont les principales espèces d'entozoaires que nous avons voulu faire connaître à nos lecteurs; nous terminerons cet article par quelques mots sur les pseudo-helminthes, c'est-à-dire les animaux souvent confondus avec les véritables vers intestinaux.
Nous citerons principalement les planaires, représentés dans la fig. 3, encore mal connus, mal étudiés, et dans lesquels on avait cru retrouver des tœnias et des ascarides vivant à l'air libre. Us se rencontrent le plus souvent dans les étangs ou dans la mer ; leur corps est mou, gélatineux, nu et contractile; on suppose qu'ils sont ovipares.
Nous nommerons encore le ditrachychere rude, dont la nature animale n'a même pas été encore bien constatée, l'ascaride séphanostome et conosome, larves de mouches confondues avec des helminthes, enfin le diacanthos polycéphale encore plus imparfaitement étudié que les précédents.
Enfin le nom de pseudo-entozoaires ne suffirait pas aux prétendus vers rendus par les dents, au dire de certaines personnes ; on doit qualifier ceux-là du nom d'entozoaires imaginaires, puisque ces vers n'ont jamais existé, et que cette erreur des gens peu versés
dans l'helminthologie provient de la confusion grossière de vers et des germes des graines avec lesquelles se préparent les fumigations prises par ceux qui souffrent d'une odontalgie. Alfred Maury.