‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 79 sur 187 · PREMIER ARTICLE · texte numérisé non relu

PREMIER ARTICLE

Il est une époque généralement inconnue dans l'histoire de la vieille monarchie de France, époque dramatique pourtant, où le peuple apparaît sur la place publique, et se montre dans toute son énergie de bouleversements et de révoltes. Cette époque est celle du roi Jean, fils de Philippe-de-Valois ; naguère encore, on ignorait les particularités les plus essentielles du règne de ce prince. Au point où sont arrivées les études historiques, une telle omission n'est plus permise, et nous allons chercher à pénétrer ces mouvements de métiers et de halles, d'où surgirent de grandes figures populaires, le prévôt Marcel et le fameux roi de Navarre, Charles-le- Mauvais.

Les carrés de lances de Philippe-de-Valois et ceux d'Edouard, roi d'Angleterre, s'étaient trouvés en présence devant Crécy ; là, il y eut défaite des chevaliers de France. Tous les chroniqueurs la racontent en larmoyant; la noblesse y perdit sa gloire et ses éperons. Philippe-de- Valois survécut peu à la triste journée de Crécy ; la peste ravageait alors la France et l'Europe; Edouard promenait ses armées, de Calais jusque sous les vieilles tours de Paris. Dans ces déplorables circonstances commença le règne du roi Jean.

Depuis le treizième siècle, les progrès de la classe bourgeoise s'étaient toujours accrus. Cette multitude de serfs, de vilains, d'abord organisés en communes, avaient agrandi les villes, bâti des remparts, creusé des fossés avec leurs ponts garnis de fer. Un hôtel de ville réunissait les magistrats ; la cloche appelait les habitants sur la place publique et dans les halles, pour juger les intérêts communs; c'étaient là que se délibéraient les affaires de la cité , si l'on devait aide au roi ou au seigneur, si l'on se confédérerait avec une ville voisine, si l'on établirait un péage sur un pont ou sur une route; si on lèverait des archers, sergents d'armes pour se défendre contre le sire du voisinage, ou contre l'évêque, ancien seigneur de la cité. Presque toutes les villes un peu importantes avaient vu se modifier leurs droits primitifs de communes, et étaient alors organisées en bourgeoisies. Le prévôt, d'abord désigné par le roi, était presque partout devenu l'élu des habitants, de sorte que l'établissement des prévôtés avait peu modifié l'esprit général des municipalités ; les noms seuls des magistrats avaient changé. Les échevins n'étaient que des hommes de la ville, défendant ses intérêts contre toute usurpation laïque ou cléricale; on ne voyait plus ces vilains, à peine sortis du servage , gagnant leur vie avec difficulté. Le titre de bourgeois de Paris, d'Orléans, de Rourges, équivalait à celui d'homme de noble race. Le bourgeois avait sa maison à tourelles, son coffre bien garni d'écus d'or, et il possédait des terres productives autour de la cité.

La classe des artisans et des ouvriers se distinguait

peu dos bourgeois, confondue avec elle par de communs intérêts. Tout homme libre était affilié à un état, à une corporation do marchands ou de métiers. Une des premières ordonnances du roi Jean , établit les rangs, les distinctions, et jusqu'aux prix de services dans cette longue série de corporations. Les boulangers et meuniers do Paris sont en tôte, comme les plus utiles; quatre prud'hommes, élus par le prévôt des marchands , devaient visiter deux fois par semaine, le pain et les boulangeries, pour voir si le poids était suffisant; vingt-quatre mesureurs présidaient aux marchés de farine, en place do Grève et de la Juivcrio. Les marchands de vin formaient le second élat ; on ne leur permettait pas de débiter du vin en leur maison, après le son du couvre-feu. Le marché de poissons de mer se tenait par permission du roi. Les bouchers avaient le cinquième ordre ; ils étaient nombreux et vigoureux; leurs gros coutelas, leurs chiens de garde, leurs valets écorcheurs leur donnaient une grande importance. Après, venaient les drapiers en gros, bons bourgeois, mais pillards et voleurs. Ensuite, se classaient les vignerons, les tonneliers, charpentiers, laboureurs, tous sous l'invocation de M. Saint-Jacques. Puis, les noirs charrons, marchands de fer, de foin et charbon ; les changeurs de vieux étain contre du neuf, les faiseurs de boudins et d'andouillettes. Et par dessus toutes ces corporations, on comptait, chacun sous sa bannière, les marchands de soie, de drap d'or, de joyaux, racleurs de parchemins, enlumineurs d'images et entailleurs de crucifix d'ivoire.

Chacun de ces états formait comme une société à part, espèce de république avec ses magistrats. L'influence du prévôt des marchands, homme essentiellement bourgeois et populaire, s'était accrue depuis

le règne de Philippe-Auguste; il avait pris toute l'importance du lord-maire, dans la cité de Londres. Les corporations avaient des chaperons particuliers ; au lieu du blason féodal, des signes emblématiques, des tourelles et des cimiers , les métiers portaient l'image de leur patron qui protégeait la confrérie. Lorsque le roi Jean fit son entrée à Paris, tous les métiers allèrent à son encontre, et ce fut là qu'on vit se déployer la magnificence des corporation*; nonseulement les rues étaient tendues de belles et grandes étoffes, mais les bons bourgeois, les marchands de Paris s'étaient vêtus de chaperons uniformes pour chaque compagnie, et avaient, au devant des instruments de musique, vielles et cornemuses. Chaque confrérie avait le privilège de s'armer et de se réunir sur la convocation de ses prieurs. Les dimanches, les métiers s'exerçaient au tir de l'arbalète, de l'arc, comme bons archers; ils jouaient à la paume et aux osselets. C'était dans les processions qu'il fallait les voir défiler en armes, suivant leur rang et défendant leur place en grand honneur. Les bourgeois et les métiers formaient la classe la plus riche; lorsqu'un subside était demandé, on ne pouvait le requérir des possesseurs de fiefs, puisqu'ils s'y refusaient, en prétextant qu'ils ne devaient que le service militaire. Les clercs faisaient mille grimaces pour payer leur décime. L'aide bourgeoise était le moyen le plus simple pour avoir de l'argent ; les métiers ne demandaient autre chose qu'un peu de liberté en échange de leurs écus; pourvu qu'on leur promît quelques bedeaux de plus ou les chaperons mi-parties, qu'on les autorisât à vendre dans les cours du palais, ou d'aller à toute heure, de jour et de nuit, au parloir des bourgeois, ils concédaient avec satisfaction des subsides à Sa Majesté.

( Le roi Jean. )

RENAUD FENNECK.

Tomb v.— Févnisa 1838.

LIBRARY

OF THE

UNIVERSITY OF ILLINOIS

LE RENARD FENNECK.

Il y a fort peu de temps que l'on a des données positives sur cet animal, qui cependant n'est pas très rare dans l'Afrique méridionale, et particulièrement au Cap. Bruce en parla d'abord sous le nom de fenneck, que nous lui conservons à cause de son antériorité, puis Gmelin le décrivit fort mal sous le nom de canis cerdo. Illiger l'appela megalotis, et Cuvier, qui d'ailleurs ne l'avait pas encore vu lorsqu'il publia son règne animal (en 1817), lui a donné le nom de canis megalotis, après avoir eu occasion d'étudier ses dents et ses ongles. Depuis, les renards ayant été séparés des chiens pour former un genre sous le nom de vulpes, M. Dcsmarest imposa à notre animal celui de vulpes megalotis.

Mais il n'est pas aussi facile de débrouiller l'histoire de cet animal que sa synonymie, car ayant été souvent confondu avec d'autres espèces de genres quelquefois très éloignés, il en est résulté qu'on lui a attribué des mœurs et des habitudes qu'il n'a pas et qu'il ne peut avoir. C'est ainsi que quelques auteurs, le jugeant uniquement par la longueur de ses oreilles, l'ont pris pour un galago, et lui ont attribué la lenteur et les habitudes nocturnes de ces animaux. D'autres ont dit qu'il grimpait sur les arbres, etc., etc., et de tout cela il n'y a rien de vrai.

Le fenneck, par ses mœurs, tient le milieu entre le chacal et le renard. Il a les formes générales, les dents et les ongles de ce dernier, et n'en diffère que par les caractères que nous allons énoncer. Sa taille est d'un quart, à peu près, plus petite; son museau est plus mince, plus effilé ; ses oreilles, prodigieusement plus longues et fort larges, lui donnent un aspect singulier qui le dislingue net de tous les animaux de son genre ; sa queue est moins longue et moins touffue. Son pelage est d'un jaune paille sous le ventre et d'un gris fauve sur le dos. Du reste, il est alerte, léger, il a l'œil vif et perçant, et en un mot il ne ressemble aux galagosni au physique ni au moral.

Les fennecks vivent en troupes comme les chacals, et, comme eux, habitent principalement les déserts. Il est fort rare qu'ils s'approchent beaucoup des habitations, et, soit qu'ils aient un caractère plus farouche, ou qu'ils aient la conscience de leur faiblesse, on ne les a jamais vus traverser effrontément des villages, ni entrer audacieusement dans les habitations comme font ceux-ci. Eminemment chasseurs, ils font continuellement la chasse aux gerboises, aux lièvres, et autres petits rongeurs, ainsi qu'aux grenouilles, serpents, lézards et autres reptiles, sur lesquels ils ne se jettent néanmoins que faute des premiers.

Je ne sais s'ils se creusent des terriers à la manière des renards, mais cela doit être, car sans être absolument sédentaires, ils ne s'éloignent guère du désert qui les a vus naître. Chassent-ils en troupe comme les chacals, ou par couples, ainsi que les renards? donnent-ils de la voix en chassant'.' c'est ce que je ne puis dire. Comme ce sont des animaux très faibles, comparativement aux ennemis nombreux et puissants qui habitent leurs forêts, il esta croire qu'ils chassent plusieurs ensemble et qu'ils gardent le silence. Nous remarquerons que partout où des animaux faibles

ont à redouter des espèces fortes et cruelles, ils se réunissent en nombre, non pas pour résister et tenter une lutte avec leurs tyrans, mais pour diminuer, chacun en particulier, les chances de danger individuel. C'est ainsi que les gazelles, les antilopes, se pressent les unes contre les autres en fuyant la présence du lion ; c'est ainsi que les pigeons, et une foule d'autres oiseaux sans défense, se réunissent en bandes considérables pour se mettre en voyage, etc., etc.

Comme tous les mammifères carnassiers, le fenneck a l'instinct de la ruse et de l'embuscade. Caché dans un épais buisson ou sous les bruyères qui couvrent les rochers, il attend avec une patience imperturbable qu'un petit animal passe à sa portée pour s'élancer sur lui. Il sait fort bien trouver ses traces, juger de ses habitudes, et connaître la localité où il doit aller l'attendre avec quelques chances de succès. C'est particulièrement le lièvre d'Afrique [lepus capensis, Ccv.) qui devient sa victime. Ce dernier animal ne diffère guère de notre lièvre d'Europe, dont il a la taille et la couleur, que par ses pieds roussâtres un peu plus longs. Ses oreilles sont plus longues que sa tête d'environ un cinquième. Il est très commun, non-seulement au Cap, mais dans toute l'Afrique, et des Anglais se donnent quelquefois le plaisir d'aller, de Londres, les chasser dans les plaines d'Alexandrie.

Faute de proie vivante, les fennecks se jettent sur les charognes et même sur d'autres immondices. S'ils rencontrent les restes d'un grand animal, ils le mangent en troupe et sans querelle : c'est alors au plus habile. Mais si l'un d'eux s'est emparé d'un lièvre, les autres ne le lui disputent pas, et ils se contentent de le regarder pendant qu'il le dévore. Mais quand il est rassasié, il leur abandonne les débris et tous se jettent à la fois dessus.

Si l'on a été si long-temps sans avoir des détails sur le fenneck, cela vient sans doute de la difficulté que l'on trouve à s'en emparer. Le jour il se lient blotti dans les trous de rochers, ou peut-être dans un terrier, ce qui fait que les chasseurs ne peuvent pas le rencontrer comme le renard qui n'habite son terrier que lorsqu'il est pressé par le danger. Il est très difficile de le surprendre à l'affût, car il a les organes de la vue, de l'odorat et de l'ouïe d'une finesse extrême. Quand un chasseur hollandais en surprend un par hasard, pendant le jour, avec ses chiens, il est rare qu'il parvienne à s'en emparer. L'animal ruse d'abord et fait mille tours et détours pour faire perdre sa piste aux chiens, et s'il ne réussit pas, lorsqu'il se sent fatigué, il se fait remplacer par un de ses camarades qu'il va chercher et qu'il force à prendre sa place. Une heure ou deux après celui-ci se fait remplacer à son tour par un troisième et ainsi de suite, jusqu'à ce que les chiens et les chasseurs, harassés de fatigue se voient contraints d'abandonner une poursuite tout-à-fait infructueuse. B.

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