CONFUCIUS
né l'an 651, mort en 479 [avant notre ère).
Et d'abord, commençons par dire que le véritable nom de l'illustre philosophe de la Chine n'est pas
Confucius; il s'appelle Koung-Tsée: Confucius n'est qDe du chinois latinisé. Il n'existe, dans aucun état de l'univers, une réputation plus immense que celle de Confucius, parmi les Chinois; c'est un culte, une vénération religieuse, et pas un souverain de l'empire céleste n'a recueilli tant d'honneurs. Nous ne fouillerons pas dans les parchemins qui font descendre la famille de Confucius de Hoang-ti, le fondateur de la législation chinoise ; cette famille a donné à l'état des ministres, des princes, des empereurs; elle suhsiste encore aujourd'hui, et compte soixante-quatorze générations, phénoménale généalogie, qui embrasse plus de quarante siècles.
Confucius naquit dans le royaume de Lou, aujourd'hui province de Canton, l'an 551 avant notre ère. Le faste et la licence régnaient alors dans les cours qui se divisaient l'empire, les guerres entre les différents princes étaient continuelles; ces désordres ayant influé Bur les peuples, ils s'étaient insensiblement éloignés des antiques maximes. Confucius, à peine adolescent, renonce au repos, à la fortune, aux honneurs auxquels sa naissance et ses talents lui donnaient le droit de prétendre ; il consacre modestement sa vie à l'instruction de ses concitoyens, et entreprend de faire revivre parmi eux l'attachement et le respect pour les anciens usages ; non content d'expliquer à ses compatriotes de tous les ordres les préceptes invariables de la morale, il fonde des écoles, forme des disciples pour l'aider à répandre sa doctrine dans toutes les parties de l'empire, et pour l'enseigner après sa mort. Il compose même une suite d'ouvrages où il dépose ses maximes, c'est-à-dire, celles de l'antiquité vertueuse qu'il ne fit que reproduire.
Telle fut la mission de Confucius, mission noble et sublime qui sema sa vie d'amertume et de dégoûts ; on l'accueillit dans quelques cours, il se vit dédaigné et presque un objet de mépris dans plusieurs autres. A la fin de sa carrière, épuisé par les travaux d'un long et pénible enseignement, il regrettait encore que sa doctrine n'eût obtenu que des applaudissements stériles; il était loin de prévoir son immense succès, et l'influence durable qu'elle aurait un jour sur la nation. Aucun philosophe, aucun sage de l'antiquité n'a eu, en effet, la brillante destinée de Confucius, et n'a recueilli autant d'honneurs postumes ; jamais la doctrine d'aucun d'eux n'a eu, comme la sienne, la gloire de s'associera la législation d'un grand peuple. La morale de Socrate n'a pas changé les mœurs d'une seule bourgade de l'Atlique; celle de l'illustre Chinois continue, depuis deux mille ans, à régir l'empire le plus vaste et le plus peuplé de l'univers.
Confucius n'a pas été le législateur de la Chine, comme paraissent avoir cru quelques écrivains; jamais il n'a été revêtu de l'autorité nécessaire pour publier des lois, jamais il n'a eu la pensée de rien innover dans la religion de son pays. Confucius cultiva et professa la morale : né vertueux, conduit par sa raison à l'étude de la sagesse, philosophe sans ostentation, il aima ses compatriotes et se crut appelé à les éclairer sur les routes qui mènent au vrai bonheur. Loin de se donner pour l'inventeur de sa doctrine, il rappelait sans cesse que les maximes qu'il enseignait étaient celles des anciens sages qui l'avaient précédé. Mais si Confucius a emprunté de ses prédécesseurs les principes fondamentaux de sa phi-
losophie, quels heureux développements il a su leur donner ! quelles sages et nombreuses applications il a su en faire! Jamais à aucune époque la raison humaine ne s'est montrée avec autant «le force et d éclat. Quelque sublime que soit sa morale , elle paraît toujours simple, naturelle, conforme à la nature de l'homme. Le code du philosophe chinois peut se réduire à un petit nombre de principes. L'exacte observation des devoirs ([n'imposent les relations de souverain et de sujets, du père et des enfants, du mari et de la femme. Il y joint cinq vertus capitales dont il ne cesse de recommander la pratique : 1" L'humanité; 2° la justice ; 3° la fidélité à se conformer aux cérémonies et aux usages établis ; 4" la droiture ou cette rectitude d'esprit et de cœur, qui fait qu'on recherche toujours le vrai ; 5° enfin , la sincérité ou la bonne foi.
Suivrons-nous Confucius dans le détail des travaux que lui fit entreprendre la mission philosophique qu'il s'était imposée? Une grande partie de sa vie fut employée en excursions dans les différentes souverainetés qui partageaient l'empire, courses presque toujours infructueuses pour la réformation de ses états, mais qui contribuèrent néanmoins à répandre sa doctrine, et lui attirèrent un grand nombre de disciples. Le roi de Tsi, frappé de ce que la renommée publiait sur la sagesse de Confucius, fut le premier qui l'invita à se rendre à sa cour. Le philosophe y reçut un noble accueil ; le prince l'écoutait avec plaisir, applaudissait à ses maximes; mais il n'en continua pas moins sa vie de luxe et de mollesse. Après plus d'une année dans ce royaume, Confucius s'aperçut avec douleur que ses leçons et ses discours n'avaient produit aucun changement, ni dans la conduite du monarque, ni dans celle des ministres; il prit le parti de se retirer, et se rendit avec quelquesuns de ses disciples à la ville capitale, résidence des empereurs. Bientôt il revint dans le royaume de Lou, sa patrie, où il se fixa pendant l'espace de dix ans. Sa maison devint un lycée toujours ouvert à ceux de ses concitoyens qui cherchaient à s'instruire. Confucius a compté plus de trois mille disciples. Il ne faut pas croire que ce nombre formât une masse d'auditeurs, tous jeunes gens réunis autour du maître; ces disciples qui avaient reçu en différents temps les leçons du philosophe, étaient, la plupart, des hommes d'un âge mûr, engagés dans la carrière des emplois; c'étaient des lettrés, des mandarins, des gouverneurs de villes , des officiers militaires répandus dans les diverses provinces du vaste empire. Vivement attachés à leur maître, ils s'en rapprochaient avec empressement toutes les fois que leurs voyages, ou ceux même de Confucius, leur en fournissaient l'occasion. Us s'honoraient de professer sa doctrine, et en étaient les zélés propagateurs dans les lieux où ils résidaient. Confucius jouissait du repos et des douceurs de la vie privée, lorsque le souverain de Lou vint à mourir. Le nouveau roi ne partagea point l'indifférence de son prédécesseur pour un philosophe dont la doctrine obtenait déjà une si grande célébrité dans tout l'empire ; il le fit venir à sa cour, eut avec lui de longs entretiens, à la suite desquels il lui accorda toute confiance, il le nomma gouverneur, lui confia la magistrature suprême de la justice, le titre et l'autorité de ministre. L'activité, le courage et le désin-
téressement de Confucius, dans l'exercice de ces divers emplois, eurent un succès éclatant, et les effets ne tardèrent pas à s'en faire ressentir dans le royaume de Lou. Un des hommes les plus influents de la cour s'était couvert de crimes, restés impunis par la crainte qu'inspiraient son crédit et ses richesses; Confucius le fit arrêter, ordonna l'instruction de son procès, et lorsque les preuves accablantes eurent convaincu le coupable, il le condamna à perdre la tête, et présida lui-même à l'exécution. Le peuple vit dès lors dans Confucius un protecteur courageux, prêt à le défendre contre la tyrannie des forts et des puissanls.
Des révolutions d'intérieur jetèrent le savant philosophe dans la disgrâce ; il s'éloigna de sa patrie, et vint chercher abri dans un royaume voisin. Il entreprenait de fréquentes excursions dans tous les états
de l'empire; quelquefois, recherché et applaudi, il fut souvent en butte à la persécution ; plus d'une fois il faillit perdre la vie ; il éprouva les dernières extrémités de la misère, endura la faim, manqua d'asile ; il se comparait à un chien qu'on a chassé du logis : « J'ai la fidélité de cet animal, disait-il, et je suis traité comme lui ; mais que m'importe l'ingratitude des hommes! elle ne m'empêchera pas de leur faire le bien dont je suis capable. Si mes leçons restent infructueuses, j'aurai du moins la consolation intérieure d'avoir accompli ma tâche. » Confucius, âgé de soixante-huit ans, rentra dans sa pairie. Il est bon de faire remarquer ici que, d'après l'itinéraire exactement connu des voyages de ce philosophe , il est certain qu'il n'a jamais franchi les limites de la Chine. On peut donc conclure qu'il n'a point parcouru les
( Confucius. )
nations étrangères, qu'il n'a rien emprunté à leurs opinions morales et religieuses, et que la doctrine qu'il a enseignée est la simple et pure doctrine des anciens Chinois, dont il s'efforçait de rappeler le souvenir à ses contemporains. On a dit, sans fondement, qu'il a profité de la philosophie des Grecs, des idées de Pythagore, qu'il avait même pris un passage à Ézéchiel ; il est plus raisonnable de croire que Confucius n'a jamais connu Pythagore, ni Ézéchiel, nés à peu près vers le même temps que lui, et qu'il s'est occupé de tout autre chose que de l'étude du grec et de l'hébreu.
Les cinq dernières années de la vie de Confucius ne présentent aucun événement remarquable; il les partagea entre l'enseignement et les soins qu'il donnait à ses ouvrages. Dans ce même espace de temps,
il acheva de mettre en ordre les six king, livres sacrés, où se trouvent rassemblés les plus anciens monuments de la Chine; cette restauration, qu'il avait jugée nécessaire, l'avait occupé pendant toute sa vie. Lorsqu'il eut fini ce grand ouvrage , il assembla ses disciples et les conduisit hors de la ville, sur un de ces tertres antiques où l'on offrait anciennement les sacrifices ; il y fit élever un autel, et y plaça de ses mains les six king qu'il venait de corriger et de rendre à leur pureté primitive; puis, se mettant à genoux, le visage tourné vers le nord, il adora le ciel et lui rendit d'humbles actions de grâces de lui avoir donné assez de forces pour terminer cette laborieuse entreprise. Confucius avait éprouvé des chagrins dans sa vieillesse; il fut atteint d'une maladie grave et douloureuse dont il guérit, mais sa convales-
cencc fut longue cl pénible ; depuis celte époque il ne fit que languir. Parvenu à sa soixante-treizième année, il tomba dans un profond assoupissement, et passa sept jours dans cet étal léthargique, après lesquels il mourut l'an V79 avant notre ère. Il avail rendu le dernier soupir au milieu de ses disciples en pleurs qui voulurent se charger du soin de ses funérailles; un d'entre eux planta sur son tombeau l'arbre kiai ; cet arbre, qui n'est plus aujourd'hui qu'un tronc sec et aride, subsiste encore dans le même lieu où il a été planlé, malgré tous les bouleversemenls qu'ont dû entraîner vingt-deux siècles. Il est devenu un monument sacré pour les Chinois qui l'ont fait dessiner avec le plus grand soin, et graver ensuite sur un marbre, dont une multitude d'empreintes font l'ornement du cabinet de la plupart des lettrés. Tous les disciples de Confucius qui étaient auprès de lui, assistèrent à ses obsèques, et portèrent son deuil comme celui d'un père, c'est-à-dire pendant trois ans; d'autres disciples, habitant les contrées lointaines, arrivèrent successivement pour rendre les devoirs funèbres à leur ancien maître, et plusieurs s'établirent avec leur famille autour de son tombeau. Leur réunion donna naissance à un village, et leurs descendants, après quelques siècles, se trouvèrent assez nombreux pour peupler, eux seuls , une ville de troisième ordre qui existe aujourd'hui dans la province de Canton,
Terminons cette notice en citant quelques-unes des pensées et des maximes les plus familières à Confucius : « Qui a offensé le seigneur du ciel n'a plus aucun protecteur. — Le sage est toujours sur le rivage, et l'insensé au milieu des flots : l'insensé se plaint de n'être pas connu des hommes, le sage de ne pas les connaître. — Un bon cœur penche vers la bonté et l'indulgence ; un cœur étroit ne passe pas la patience et la modération. — La bienfaisance d'un prince n'éclate pas moins dans les rigueurs qu'il exerce que dans les plus touchants témoignages de sa bonté. — Conduisez-vous toujours avec la même retenue que si vous étiez observé par dix yeux, et montré par dix mains. — Un homme faux est un char sans timon ; par où l'atteler? — La vertu, qui n'est pas soutenue par la gravité, n'obtient pas d'autorité parmi les hommes. — Il est du devoir d'un monarque d'instruire ses sujets; mais ira-l-il dans la maison de chacun d'eux leur donner des leçons? Non, sans doute, il leur parle à tous par l'exemple qu'il leur donne. » — Enfin, Confucius n'est pas moins distingué comme écrivain que comme moraliste ou philosophe ; il a épuré et mis en ordre les livres canoniques du céleste empire, et son style énergique fait encore l'admiration des Chinois.
La prise de Gibraltar par les Anglais (1704), est un épisode de la guerre de la succession, soulevée dans l'Europe par le testament du roi d'Espagne, Charles II. L'amiral Rook, ayant échoué dans son projet de prendre Rarcelonne, concurremment avec le prince de Darmstadt, fit voile avec ce dernier vers Gibraltar. Une longue chaîne de rochers escarpés en défend l'approche du côté de terre. Par mer, son entrée, inaccessible aux grands navires, est foudroyée
par l'artillerie de la citadelle et du môle. Les Espagnols, confiants dans les fortifications naturelles de la place, n'y avaient mis qu'une garnison de cent hommes. En vain, la flotte anglaise lira quinze mille coups de canons sur ces rochers; les Espagnols regardaient en riant ces inutiles décharges. Cependant, de hardis matelots se décident à tenter un coup-demain : ils gravissent des rochers réputés inaccessibles ; arrivés au sommet, ils trouvent les femmes de Gibraltar, sorties, suivant leur coutume, pour aller visiter une chapelle dédiée à la Vierge, ils s'en saisissent. Les habitants, effrayés du sort réservé à leurs femmes, livrent la ville aux Anglais, qui, depuis celte époque, en sont toujours restés maîtres, malgré les efforts de l'Espagne pour leur faire perdre cette clef de la Méditerranée.
Nous avons donné une vue de Gibraltar tome i", page 33.