‹ Magasin universel (volume 2)Chapitre 86 sur 187 · LA MECQUE · texte numérisé non relu

LA MECQUE

Au milieu d'une vallée profonde que couronnent des montagnes à pic, est bâtie la Mecque, antique capitale de l'Arabie ; cette ville, centre de la religion musulmane, est un objet de vénération pour tout fidèle croyant. La Mecque était connue des Grecs sous le nom de Macoraba ; la terminaison de ce nom exprime son étendue, qui, néanmoins à son époque la plus florissante, n'égalait pas le quart de Paris. La Mecque compte aujourd'hui plus de trente mille habitants ; elle ne subsiste que par l'affluence des pèlerins qui viennent en grande dévotion à la sainte Kaaba, temple principal des musulmans.

On a beaucoup exagéré la magnificence du temple de la Mecque, ses cent portes, son dôme doré ; un Européen qui s'était fait passer chez les Arabes pour un adorateur du prophète, a pu l'examiner dans tous ses détails, et voici ce qu'il en dit : « La grande mosquée de la Mecque, appelée la Maison-de-Dieu ou el Hàram n'est remarquable que parce qu'elle renferme la Kaaba; on entre dans une vaste cour, entourée de quatre rangs de colonnes, unies par des arcades en ogives, d'où pendent des lampes, dont quelques-unes sont allumées le soir, et toutes pendant la nuit du Ramadhan. Les colonnes ont vingt pieds de hauteur, surmontées par de petites coupoles; les unes sont en marbre blanc, d'autres en granit et en porphyre. Au milieu de la cour s'élève la Kaaba ; sept galeries assez larges pour que cinq personnes y marchent de front, conduisent à l'édifice qui doit son nom à sa

forme carrée, une immense tenture en soie noire le recouvre, et l'on voit inscrit en lettres d'or la profession de foi des croyants : « Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, et Mabometestson prophète. » L'usage de couvrir la Kaaba existait avant Mahomet chez les Arabes idolâtres.

A côté de la Kaaba, et près de la porte d'argent, est enchâssée la célèbre pierre noire ; sa surface a été polie et même usée par les baisers et les attouchements de plusieurs millions de pèlerins ; elle a été apportée, dit-on, par l'ange Gabriel, et Abraham s'y asseyait pendant la construction de la Kaaba. Vis-àvis les quatre côtés du monument s'élèvent quatre petits édifices où les imans des quatre rits musulmans se placent et dirigent les prières de leur communauté. Avant Mahomet, il y avait sur l'emplacement qu'occupe la Kaaba un temple célèbre, rendezvous religieux de toutes les tribus de l'Arabie ; Mahomet le détruisit, ainsi que les trois cent soixante images auxquelles étaient adressés des sacrifices de moulons et de chameaux. La porte de la Kaaba ne s'ouvre que trois fois par an : une fois pour les hommes, une autre pour les femmes, la troisième enfin, pour la nettoyer. Les pèlerins en font sept fois le tour en récitant des prières, et en la baisant chaque fois; les quatre premiers tours doivent être faits avec vitesse, à l'imitation 4u prophète, on sait que Mahomet, pour démentir ses ennemis qui faisaient courir le taruit qu*4 était dangereusement malade, se mit à courir quatre fois autouF de 1» Kaaba.

Dans une partie d« 1» grande mosquée, se trouve le puits 8§ «femzent, dont l'eau amère, saumàtre est bue par les pèlerins , et employée aux ablutions. Ce puits, disent les croyants, fut miraculeusement ouvert par l'ange du Seigneur, en faveur d'Agar, au moment où, chassée par Abraham, elle allait périr de soif dans le désert, avec son fils Ismaèi. Dès qu'un pèlerin d'un rang distingué arrive à la Mecque, on inscrit son nom sur le grand livre du chef du puits Zemzem ; en même temps celui-ci charge un domestique de fournir de l'eau au voyageur, ce qui s'exécute avec assiduité. Indépendamment des cruches qu'on envoie chez les pèlerins, les porteurs d'eau du Zemzem se promènent tous les jours dans le temple pour en vendre et en distribuer; on a l'habitude d'étendre dans la cour un très grand nombre de nattes, devant lesquelles sont des cruches à demi-pleines d'eau. Les personnes qui viennent s'asseoir sur les nattes trouvent ainsi un pieux rafraîchissement, ce qui a ses avantages sous un climat de feu, et attire beaucoup de monde au temple, même avant l'heure des prières.

Le temple a son chef principal qu'on appelle sheik el hàram. La Kaaba est desservie par quarante eunuques nègres, gardes et domestiques de la Maison-de- Dieu ; ils portent pour signe distinctif, au-dessus de leurs vêtements habituels, une chemise de toile blanche attachée par une ceinture, puis un grand turban blanc et une petite baguette à la main. Récapitulerons-nous le nombre infini des employés du temple? Lampistes, moucheurs de lampes, servants d'Ibrahim, de la Kaaba, de chacun des lieux des quatre rites, portiers, domestiques des minarets, des imans et du cadi , les chanteurs du chœur, le monkis ou observateur du soleil pour annoncer l'heure de la prière,

le conservateur de la clé, le moufti, les guides; en un mot, on pourrait dire que la moitié des habitants de la Mecque sont employés ou domestiques du temple, et n'ont pour salaire que les aumônes des voyageurs. C'est pour cela qu'à l'arrivée d'un pèlerin, on s'empresse autour de lui; tous s'efforcent de lui rendre des services, de l'accabler d'honneurs ; ils mettent le plus grand intérêt à son salut et font tout ce qu'ils peuvent pour lui faire ouvrir les portes du ciel. Autrefois, les nombreuses caravanes qui arrivaient des contrées où l'islamisme est pratiqué, subvenaient, par

leurs dépenses, aux besoins des habitants de la Mecque, mais à présent que la foule des pèlerins est amoindrie, et le nombre des employés du temple étant toujours le même, les pratiques religieuses coûtent davantage aux fidèles ; tous ces employés s'attachent à eux, et l'on est obligé de laisser des sommes considérables pour aumônes et gratifications; il n'y a pas jusqu'aux pèlerins les plus pauvres, même ceux qui font le voyage aux dépens de la charité publique, qui ne soient obligés de donner quelques écus.

Autrefois, les pèlerins avaient plusieurs stations

n:\p.at

CORBAV

( Femme de la Mecque. )

pieuses à faire, ce qui produisait de grands bénéfices aux servants de la Kaaba, mais des peuplades ennemies ont tout détruit. La mosquée et la chapelle où le prophète est né, l'endroit où il reçut la première révélation du ciel, la maison d'Aboutaleb où il passa une partie de sa vie, la place où descendit la miraculeuse pierre noire, les chapelles de Fathma, fille du prophète, celles de Sidi-Mahmoud et d'autres saints n'existent plus. Les pèlerins sont, par conséquent, privés du mérite spirituel qu'ils acquéraient en visitant ces saints lieux, et les habitants de la ville ont perdu

les biens temporels qui résultaient pour eux de ces actes de dévotion.

La Mecque porte chez les Arabes les titres les plus pompeux : Om el Kara (la Mère des Villes), la noble, la sublime, la pairie des fidèles; ouverte de toutes paris, elle n'est défendue que par une forteresse d'une construction grossière dans laquelle réside le chérif. Les rues sont généralement régulières et sablées; toutes les maisons solidement construites en pierres, ont des façades ornées de peintures et de soubassements, ce qui leur donne un aspect gracieux;

ces bâtiments imitent le style persan ou indien, (jui s'était introduit pendant la résidence des califes à Bagdad. Les pèlerinages de fa' Mecque* forment a\x ou sept caravanes "celle de Damas ou de Syrie, la plus importante, conduite par un pacha; celle d'Egypte, commandée par un bey ; celle des Arabes de Barbarie qui se' joint à celle de Damas â quelques jours de marche' dé la Mecque; les quatre dernières arrivent d,e Bagdad et des pays circonvoisins , sans compter une foule de voyageurs qui partent de l'Inde, de Java, do Sumatra, et môme du fond de la Nubie. Autant la durée* du* peltfrm'age présente Un aspect animé et imposant, autant la fin offre un spectacle lugubre et pénible; aux fatigues supportées pendant un long voyage succèdent les tristes conséquences de la mauvaise nourriture et des logements insalubres; ces causes, et quelquefois le manque absolu de vivres, remplissent les mosquées de mourants qui s'y font porter, afin d'être guéris par la vue de la Kaaba.

Il est écrit dans les livres sacrés des Arabes que le Dedjal, c'est-i-dire l'Antéchrist, n'entrera jamais à la Mecque r a Le Dedjal, s'écrie l'historien Zahak, n'aura point de barbe, mais de grandes moustaches, un visage de deux aunes de longueur; il aura quatrevingts aunes de hauteur et trente de largeur entre les deux épaules; son équipage, son habit, son harnais seront d'or; il portera une couronne de bijoux sur la tête et une hache à la main ; son arc sera persan comme la langue qu'il parlera; toute la terre lui sera soumise, les portes lui seront ouvertes, excepté celles des quatre mosquées de la Mecque, de Médine, de Jérusalem et du Mont-Sinaï-. » Abdallah a rapporté la même tradition. Le prophète a dit : « Vous ne cesserez point de lutter contre les infidèles, jusqu'à ce que vous combattiez les troupes de l'Antéchrist sur les bords du Jourdain, dont vous occuperez le rivage occidental, et eux l'oriental. Jésus, l'envoyé de Dieu (qu'il lui soit propice) prendra trois pierres; en prenant la première, il dira : Au nom du Dieu d'Abraham; en prenant la seconde, au nom du Dieu d'Isaac, et en prenant la troisième, au nom du Dieu de Jacob. Accompagné des fidèles, il ira à sa rencontre, et il le frappera entre les yeux des trois pierres successivement ; il tombera par terre, et on achèvera dé le tuer. »

Il n'y a peut-être pas de ville musulmane où les arts soient aussi inconnus qu'à la Mecque, et les sciences se trouvent absolument dans le même état d'abandon que les arts; tout le savoir de la population se borne à lire le Coran. Les habitants apprennent dès l'enfance les prières et les cérémonies du saint pèlerinage à la Maison-de-Dieu, afin de pouvoir, de bonne heure, gagner de l'argent, en servant de guide aux pèlerins; on voit même des enfants de cinq ou six ans remplir ces fonctions, portés sur les bras ou les épaules des voyageurs; ces enfants récitent d'une voix aiguë les prières sacramentelles, en même temps qu'ils dirigent la marche du pèlerin, et les cérémonies des différentes stations. La Mecque n'a pas d'écoles régulières; il n'y a que quelques docteurs qui, par caprice, vanité, ou par l'appât d'une rétribution, vont s'asseoir sous les galeries du Hàram où ils commencent à lire à haute voix pour attirer les auditeurs qui viennent se ranger en cercle. Tels sont les moyens d'instruction que l'on trouvé dans la ville sainte. Il en résulte que les Mecquois sont les plus ignorants

des hommes , et la situation do la cité y contribue en grande partie. La Mecque, bâtie au milieu du désert, ne se# trouve sur aucun chemin de passage; l'Arabie est entourée par les eaux : le Golfe Persiqué, à l'orient; la Mer Rouge, à l'occident; i'Océan, au midi ; la Méditerranée, au nord; le centre de cette péninsule no doit pas être une ligne dé communications avec les pays circonvoisins où l'on peut aller par mer.

La Mecque n'est donc pas destinée. à devenir une place de commerce ;' dans le désert aride où elle est située, ses habitants ne peuvent être non plus ni cultivateurs," ni'pasteurs; quelle ressource reste-t-il "aux Mecquois pour subsister? La force des armes qui oblige les autres peuples à donner une partie de leurs productions, ou l'enthousiasme religieux qui engage les étrangers à venir laisser leur argent dans le pays. Au temps des califes, ces deux moyens réunis avaient fait de la Mecque une cité opulente ; mais, avant et après cette glorieuse époque, l'enthousiasme religieux seul l'a soutenue, et cet enthousiasme se refroidit de jour en jour, ce qui réduit la ville à une existence précaire comme on le voit aujourd'hui, et comme on le voyait avant la mission du prophète. La Mecque a toujours été le centre de la dévotion de divers peuples; l'origine des pèlerinages et la fondation primitive de son temple remontent à la plus haute antiquité et paraissent antérieurs à l'époque historique; Mahomet abattit les idoles qui souillaient la Maison de Dieu, le Coran confirma le pèlerinage, et c'est ainsi que la piété des autres peuples a fait vivre les Mecquois. La Mecque était pauvre avant la venue du prophète ; après une courte époque de gloire et de richesses acquises par les armes, elle est retombée dans la pauvreté qui paraît être son partage ; si le temple n'existait pas, elle se trouverait nécessairement déserte avant deux années, ou du moins réduite à un simple hameau..

L'Arabe, par sa nature, est en général d'une constitution maigre, et les habitants de la Mecque surtout, sont de véritables squelettes ambulants, revêtus d'un parchemin collé sur les os. Ceci n'est point une exagération ; il est impossible" de se former, sans le secours des yeux, l'idée d'une réunion d'hommes aussi maigres, aussi décharnés, que les employés de tous grades et les domestiques du temple ; il paraît même incroyable que ces squelettes, ou plutôt ces ombres, puissent se tenir debout. Qu'on se représente de grands yeux enfonpés, un nez effilé, des joues creuses, des bras et des jambes véritablement desséchés ; les côtes de la poitrine, les veines, les nerfs, toutes les parties osseuses tellement saillantes qu'on les prendrait pour des modèles d'analomie; l'aspect effrayant de ces malheureux est tel que l'on ne peut jamais s'accoutumer à voir ce triste spectacle. Mais les plaisirs qui les attendent dans le paradis ne sont-ils pas préférables à tous les biens de la terre?

On peut dire que tous les habitants de la Mecque sont des étrangers ou des fils d'étrangers, à l'excepli'én de quelques Bédouins ou de leurs descendants et d'un petit nombre d'anciens Arabes issus de Mahomet. Cependant cette population mélangée a adopte «les mêmes mœurs, le même costume. Les femmes, Ha Mecque, jouissent de plus de liberté que dans at<cunc autre ville musulmane; peut-être qu'à l'époque de la splendeur de cette ville, la grande affluêlee

d'étrangers contribua à les pervertir, et que la misère et la tristesse habituelle des habitants ont fini'par leur donner une indifférence profonde : f opulence et la pauvreté sont deux extrêmes également opposés à la conservation des' antiques mœurs, et de leur sévérité primitive. Les. femmes se couvrent le visage comme en Egypte, avec un morceau de toile sur lequel on à pratiqué deux ouvertures pour les jeux; ces' o'uvertures sont quelquefois si grandes qu'on leur voit la moitié de la figure; la plupart d'ailleurs la laissent entièrement découverte. Toutes les femmes portent une espèce de manteau à petites raies bleues et blanches, ajusté avec beàùçoupjde grâce, mais quand on leur voit le visage, ôn? perd bien vite l'illusion que l'on s'était formée; leur figure et leurs mains totalement barbouillées de noir, de bleu ou de jaune, présentent un tableau affreux que l'habitude fait regarder comme une beauté par. les ''indigen.es ; elles se gravent des dessins 'ineffaçables su/ la peau, et se peignent le pourtour des yeux e,n npîr, leâ dents en jaune., les mains en rouge, ce qui, on le vjoit, forme un contraste des plus désagréables. Leur'habilfement consiste en un immense pantalon qin 'entre, dans des pantoufles ou des bottines ; pouf les çauvres^ ce pantalon e'st ep toile Bleue ; pour Je's'riches, en toile rayée del'Iudè.. ... • • . ^ .... .. ...

I,es femmes de la pïecqueont, en outre, une chemise de la grandeur et de la forme la plus extravagante. Qu'on se figure un carré de toile de six pieds de largeur et de plus de cinq de hauteur, eh bien ! ce n'est la qu'une moitié de la chemise : un carré pareil forme l'autre moitié. On unit ces deux morceaux par la partie supérieure, laissant au milieu une ouverture pour passer la tête ; la chemise reste ouverte dans toute la partie inférieure. Les femmes d'une condition élevée font ces;chemises d'un tissu léger en soie; elles ambnôejîent sur lpurs épaules la toile surabondante de leur largeur jexcessive et les assujettissent au corps par une ceintiH-e pelles n'ont sur k.tète dj autre ornementai» un mèuçhoif; mais î'U^;"mains,"<iïi bras, au* jambes et aiix pieds*, elles portent des'bâgues,!des anpeaux et des bracelets. Les Temmes bè-. douin^s ou de Fintérieur du pays, même celles qui' paraissent du plus haut fang, ont pour tout costume une grande chemise de toile bleue, un voile rouge sur le visage et un immense manteau de laine noire. Le vêtement des hommes est composé, comme celui des Égyptiens, d'un béniche ou caftan extérieur, détaché d'un autre caftan intérieur retenu par un large ruban, d'un caleçon et de pantoufles. L'Arabe bédouin porte ordinairement sur l'habit une capote sans manches, avec deux trous pour passer les bras ; il se couvre la tête avec un mouchoir plié en forme de triangle, de 'façon que les deux pointes retombent devant les épaules et la troisième sur le cou ; les riches Bédouins portent sur ce mouchoir un morceau de mousseline, roulé en forme de turban. •

En général-, la fortune des habitants de ces contrées, Wehhabis, Bédouins et Arabes, se borne à la possession d'un chameau et de plusieurs têtes de bétail; vivant sous des tentes et des baraques, sans autres meubles que quelques écuelles, un petit chaudron , une cruche et une tasse en terre, une natte qui leur sert de lit, deux pierres pour broyer le grain, quelles ressources offriraient-ils pour le commerce

avec des, besoins aussi bornés? Les historiens célèbrent la noblesse de la nation arabe qui n'a jamais courbé là tête sous Je joug des Grecs et des Romains; c'est une fausse conséquence tirée des événements. Si l'Arabie a eu \ç bonheur de se conserver libre de toute domination étrangère., c'est à la nature du pays plus qu'aurco.Hrage,de ses habitants qu'elle doit cet avantage. Quel capitaine, en effet, aurait voulu sacrifier des gommes el de l'argent pour conquérir de vastes déserts ej <Je.s peuplades dispersées sans lien d'unité, sans cohésion aucune'? Ne cherchez pas à la Mecque rien qui ressemble à une prairie et encore moins â un jardin; du sable et des pierres, voilà l'unique bienfait que la nature y ait prodigué; on no. sème aucun grain, le sol trop ingrat ne.répondrait point aux travaux du cultivateur < la terre Jeur refuse même ces productions sj>pn1ané.es .dont elle est si libérale ailleurs; enfin on n'y voit que trois ou quatre arbres à l'endroit où était jadis la maison d'Aboutaleb, oncle du prophète. Située à deux degrés en dedans de la zone iorride, cette, ville a le soleil pendant deux mois et demi, presque perpendiculairement; si l'on ajoute à cela sa position au fond d'une vallée do sablej entourée de to'tites parts dé montagnes pelées, sans ruisseaux, sans rivière, sans aucune source d'eau vive, on pouura se former une^idée des chaJeurs qui y régnent. Et cependant les' poètes orientaux, toujours portés à l'hyperbole^ ont chanté .les douceurs. du.climat, la magnificence des sites, le bien-être du séjour : « J'étais assis un soir dans un parterre tapissé d'anémones, s'écrie un célèbre auteur arabe; près de moi était un pauvre en haillons qui souriait-et élevait de temps en temps sa voix pour célébrer la grandeur du Très- Haut. Il chanta : louanges à celui qui rassembla dans toi, ô sainte cité, tout ce qu'il y a de beau, qui te revêtit de celte robe magnifique et qui répandit sur toi les trésors de ce monde et de l'autre ! — Monsieur, lui dis-jé, quant à la beauté, on n'a qu'à ouvrir les yeux pour c'en1 convaincre, mais quels sont les trésors mondains? — Il n'y a pas une seule des fleurs que tu vois, me répondit-il, -qui n'ait des vertus extraordinaires, connues à ceux qui s'en occupent. — Voudrais-tu, répliquai— je; pour me rendre cette conversation salutaire rrïen faire voir quelque chose? » Alors il me prit par la main, arracha une poignée d'herbes, et me dit : « As-tu une bague ou une pièce de monnaie? — Oui, dis-je, en lui donnant une pièce d'argent. » Il la frotta sur l'herbe, et elle devint jaune comme un ducat. Puis il prit une autre herbe, la -'frotta, et la pièce redevint ce qu'elle était auparavant. « Voilà, s'écria— t-il, des secrets qui renferment des trésors; la sainte ville de la Mecque seule est digne de les posséder : louanges à Dieu tout puissant! »

A. Màz'uv.

Département de la Mayenne. — Évron.

ÉGLISE D'ÉVRON.

Le moyen- âge a laissé des traces profondes dans le département de la Mayenne, antique terre des forêts druidiques et de ces châteaux de fées dont les mille récits peuplent la merveilleuse chronique de l'archevêque Turpin ; c'est— là que vous voyez ces

tourelles juchées sur des roches à pic, au sommet des montagnes, et les villes de Laval, de Mayenne et de Chàteau-Ciontier, doivent leur origine aux manoirs des sires de la contrée dont la puissance s'étendait au loin. Les édifices religieux sont aussien grand nombre; il est dans notre pavs plusieurs pelites communes qui renferment des églises d'une fondation reculée ;'la plupart, il est vrai, tombent en ruines, et c'est chose inouïe qu'avec l'immense quantité d'inspecteurs de monuments historiques et autres fonctionnaires largement rétribués, dont nous sommes en possession, on ne cherche pas à préserver des ravages du temps ces basiliques, pieux débris de la dévotion de nos pères. L'église d'Evron appartient, par le style mélangé de son architecture, à deux époques distinctes; de là la dénomination de vieille église et de nouvelle église. La ville est fort ancienne, elle doit son origine à une abbaye de Bénédictins, fondée dans le VIL siècle, par le comte du Mans, Hadouin ; quelques antiquaires ont écrit que la petite paroisse d'Évron fui bâtie en même temps. Celle opinion est hasardée et ne repose pas sur des données assee solides, assez incontestables. Nous trouvons, dans un ouvrage récemment publié, de précieux détails qui nous paraissent plus exacts (1).

(1) C'est l'œuvre d'un pieux et modeste s-avant, M. le curé d'Évron. Ce petit volume in-12 a été imprimé a Laval, chez Sauvage, sous ce titre : Notice historique sur Évron,

Dans la vieille église, on reconnaît facilement le caraclère des monuments religieux, à la fin du X« et au commencement du XL siècle. L'architecture est lourde et le corps principal de la nef n'est pas voûté, parce que les architectes de cette époque construisaient difficilement des voûtes d'une grande portée. Le lambris actuel date de 1666, et les fenêtres ogives, situées sous le grand comble du côté du midi, ont élé établies à la même époque, pour donner plus de jour à cette partie de l'église.

La nouvelle église est, sans contredit, l'une des plus intéressantes du diocèse du Mans, sous le rapport de l'art. Le chœur surtout est d'une rare beauté. Des statues, posées sur les chapiteaux des colonnes, et surmontées de petits dais, décorent richement l'hémiçyclc. Le pays du Mans n'offre rien de semblable, et ces statues, heureusement conservées, ont l'avantage de n'avoir été souillées par aucune peinture.

Des galeries à deux étages, ornées de balustrades en pierre, permctlont de faire le tour du monument, au milieu duquel s'élève avec hardiesse une belle flèche en bois. La tour fait partie de la vieille église; elle est carrée et d'une architecture simple et massive.

L'église d'Evron fut solennellement consacrée par GeofTroi de Louduu, évêque du Mans, en 1252.

son abbaye et ses monumtnts; quatre lithographies l'enrichissent, dessins remarquables par le choix des sujets et le fini de l'exécution.

( E^lis" d'Évron. )

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