MARGUERITE D'AUTRICHE
Fille de l'empereur Maximilien et de la jeune duchesse Marie, héritière de Rourgogne, Marguerite d'Autriche naquit à Gand, en l'année 1480. Elle avait trois ans à peine, lorsque, par une des conditions du traité d'Arras, elle dut s'unir avec le dauphin de France ; afin de sanctionner cette promesse, on l'amena à Paris pour y être élevée. Cependant, le dauphin, devenu roi sous le nom de Charles VIII, informé que Maximilien avait demandé la main d'Anne, héritière du duché de Rretagne, et voulant saisir cette occasion de réunir une aussi magnifique pro-
vince à la couronne, épousa lui-même la princesse Anne, en 1491, et renvoya auprès de son père la jeune fille de l'empereur. Six ans plus tard, Marguerite fut fiancée à l'infant d'Espagne, fils de Ferdinand et d'Isabelle; tandis qu'elle se rendait par mer à Barcelone, une violente tempête assaillit le navire où elle se trouvait, et ce fut alors qu'elle composa l'épitaphe si connue, dans laquelle elle plaisante sur son double mariage qui ne l'empêchera pas de mourir vierge. L'infant quitta la vie au bout de quelques mois, et Marguerite devint la femme du duc de Savoie, Philibert-le-Beau. Après quatre ans de l'union la plus heureuse, Marguerite, veuve pour la seconde fois, âgée seulement de vingt-quatre ans, résolut de ne
point former de nouveaux liens ; elle prit pour devise : fortune, infortune , fors une , paroles qui ont souvent exercé la patience des curieux.
Maximilien, nommé tuteur de son petit-fils Charles-Quint, encore enfaut, et se trouvant trop éloigné des provinces qu'il élait appelé à régir, désigna, en 1506, Marguerite pour gouverner les Pays-Bas; il lui abandonna en même temps la jouissance du comté do Bourgogne et du Charolais. La nouvelle gouvernante assista en qualité de plénipotentiaire aux conférences de Cambrai; elle conclut le traité de 1508 avec le cardinal d'Amboise ; mais son activité brouillonne suscita bientôt des ennemis à Louis XII, pour l'empêcher de porter obstacle aux envahissements de
( Marguerite d'Autriche. j
la maison d'Autriche que Marguerite secondait de tout son pouvoir; elle se montra ennemie implacable de François I", et fit entrer, en 1515, le roi d'Angleterre dans une nouvelle ligue contre la France.
Marguerite d'Autriche fut toujours assez heureuse pour éloigner la guerre des frontières de ses états; sous son administration, l'agriculture et les arts firent de grands progrès en Flandre , et les populations célébrèrent à l'envi les qualités et les vertus de leur noble souveraine. Marguerite fit encore preuve d'habileté dans les négociations de 1529, avec la duchesse d'Angoulême, d'où résulta un traité si avantageux à l'Autriche, et si funeste à la France. Ce fut, pour
ainsi dire, le dernier acte de sa vie ; elle s'éteignit à Bruxelles, le 1er décembre 1530. On transporta son corps dans la magnifique église de Brou dont nous avons déjàentretenu nos lecteurs (1); son mausolée, en marbre blanc, y est encore à côté de celui de son dernier mari Philibert. Marguerite avait l'esprit vif, enjoué; elle aimait les lettres et accueillait les savants ; plusieurs de ses ouvrages en vers et en prose sont imprimés, parmi lesquels on distingue un discours de sa vie et de ses infortunes. La bibliothèque royale possède en manuscrit un curieux recueil de ses chansons.
(1) Voir tom. Ier, pages J75 et 176.
ÉTAMPES [Scine-et-Oise).
Nous nous plaignons quelquefois amèremenl de l'état d'abandon dans lequel se trouvent la plupart des monuments historiques élevés par la piété de nos aïeux : les révolutions, pourtant, se sont fait un jeu barbare d'en diminuer le nombre, et si faibles sont aujourd'hui nos ressources matérielles, qu'à peine pouvons-nous conjurer la ruine totale du peu qui nous reste.
Mais, tandis que l'esprit de destruction balayait la terre de France, épargnant en aveugle, frappant au hasard, une pensée toute providentielle veillait sur les grands types de l'art national, les N. N. D. D. de Rheims, d'Amiens, de Rouen, de Chartres, de Paris, et l'église abbatiale de Saint-Denis. — Comment, avec nos institutions actuelles se concilierait, je le demande, ce peuple de basiliques qui étendait sur le pays ses puissantes et nobles significations? Hélas! toutes ces pages monumentales du moyen-âge catholique et féodal, tous ces édifices que nous pleurons à chaudes larmes, ils traduisaient des mœurs, un esprit public qui ont disparu : fils de la foi sociale, des confréries, des apostolats, des propagandes et des associations, ils vivaient avec eux, et dans les incroyables sympathies des masses, étaient leurs conditions de permanence. Aujourd'hui, tous les trésors de l'état, appliqués au même objet, seraient impuissants pour raffermir la moitié seulement des merveilleux débris qui chancellent sur le sol de la vieille France, et rendent notre patrie si riche encore, dans son appauvrissement. — Eh bien ! donc, unissons-nous pour conjurer par tous les moyens dont nous pouvons disposer, la ruine générale que notre constitution politique prépare ; mais que le gouvernement se charge de sauver les créations sublimes qui ont formulé l'école indigène d'architecture, dans les XIIIe, XIVe et XVe siècles.
J'étais venu passer quelques jours dans la cité d'Étampes, chez un de mes plus vieux camarades, le docteur Camille Martin. Avec bien du plaisir, je revoyais un compatriote, un ami que le hasard a placé dans ce lieu historique, et qui a quitté le ciel radieux de la Rourgogne, pour venir planter sa lente dans la banlieue de Paris. Mais, si douces que soient les émotions de l'amitié, je ne pus oublier mes penchants archéologiques, et je voulus visiter les monuments religieux de la ville. — Avec Camille Martin, l'accès des hommes et des choses me devint facile.
L'importance basilicale du pagvs stampensis, a dû être grande, avant les souillures révolutionnaires. De ses églises abbatiales, collégiales, conventuelles, paroissiales, quatre ontsurvécu : Notre-Dame-du-Fort, Saint-Basile, Saint-Martin et Saint-Gilles. — Que de vastes cités sont réduites à envier ces quatre temples à une ville de huit mille âmes, déroulée comme un long ruban, sur la grande route de Paris à Orléans? — Ëtampes n'est pourtant, comme on le dit en riant, dans le pays chartrain et dans la Reauce, qu'une ville de meuniers et de marchands de farine qu'un
commerce lucratif enrichit promplcment. Mais vous souvenez-vous du noble duché d'Elampes, de cette délicieuse duchesse d'Étampes, dont François Ier ne pouvait regarder les profils si suaves, si caressants, sans tomber dans ses incroyables ivresses d'amour?
Étampes, assise mollement dans une des plus douces vallées que l'on puisse concevoir, sur une terre paysagée et fraîche, renferme donc des édifices d'une haute importance. — L'église de Saint-Martin est un vaisseau d'une assez grande portée monumentale, comme œuvre de la transition architectonique du XII* au XIIIe siècle. Son apside offre la forme cylindrique, et trois chapelles apsidaires , terminées en hémicycle, viennent s'ouvrir sous le bas-côté qui règne au pourtour du chœur. — Ce prolongement des collatéraux vers le sanctuaire est un fait monumenlaire qui ne se trouve, à Étampes, que dans la seule église consacrée au glorieux évêque de Tours. Entre les fenêtres, et les arcs en tiers-point qui constituent la nef, il existe une galerie d'un motif ferme, s'interrompant brusquement à la seconde travée. La voûte est à nervures croisées, de bois, remplie par du folâtre. La campanille peut être considérée comme un hors-d'œuvre du XVIe siècle, fidèlement copié sur le clocher de Saint-Gilles. — Au reste, ce galbe de campanilles terminées par quatre pinacles, semble avoir pris naissance dans la Reauce, qui en garde les types les plus anciens, et d'où il a irradié sur les Rries, les Gatinois et l'Ile-de-France. — Pour peu que l'on ait comparé entre eux les monuments religieux du moyen-âge, on verra qu'ils obéissent, comme l'humanité, aux lois de la famille. — Le clocher de Saint- Martin a sensiblement perdu son aplomb et ne touche que par un lien presque invisible au frontail nu de cette église. — La place qui avoisine est herbeuse et déserte, la vue de cette campanille qui penche comme la tour de Pise, sa séparation du corps de sa basilique, — n'était la forme aiguë des combles vêtus de tuiles plates ou d'ardoises, — feraient croire volontiers au spectateur qu'il est en Italie, à deux pas des Campi- Santi et des Duomi, des rives de l' Arno.
Du reste, rien d'efflanqué et de maussade comme la ville d'Étampes, se résumant presque tout entière dans une immense rue, longue de plus d'une lieue, autour de laquelle viennent se rallier quelques autres rues, la plupart rurales, mal pavées et mal éclairées. En ce pays, on ne voit presque aucun magasin de luxe, et tout le commerce de détail nécessaire dans une ville si proche, voisine de Paris, se fait dans de misérables échoppes, indignes de la civilisation parisienne, dont Étampes reçoit les inconvénients, sans partager ses avantages. — Mais revenons aux
églises.
Saint-Gilles et Saint-Rasile présentent quelques intentions dignes d'intérêt, alliées à une incontestable dureté de lignes, à une prodigieuse sécheresse de profils, à une notable pauvreté d'ornementation. A Saint-Gilles, le XVe siècle abâtardi se révèle, et je ne puis guère y signaler de curieux qu'un objet de mobilier, consistant en un tableau sur bois sculpté, qui appartient à l'école de la renaissance.
Saint-Basile, la paroisse noble, le Saint-Thomasd'Aquin d Étampes, est une sorte de macédoine basilicale; le type byzantin ou roman, le type aigu, le XVe siècle et la renaissance s'y montrent à la fois,
cousus sans art, juxta-posés sans méthode. Pourtant cette confusion orthographique est plus apparente à l'extérieur qu'au dedans, et le temple orienté, suivant l'usage chrétien, se développe sur une ligue assez régulière à l'intérieur. Son plan est basilical, et le monument est fermé par trois apsides plaies. La grande fenêtre ogivale qui éclaire le sanctuaire est heureusement nervée et offre une verrière peinte que le conseil de fabrique doit s'appliquer à conserver religieusement.
La suite prochainement.