‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 114 sur 242 · SOIS LOUIS LE GROS · texte numérisé non relu

SOIS LOUIS LE GROS

(Le comte Hugues de Cressy contre le comte Amaury dcMontfort.)

Mais la trompette sonne, ils s'élancent tous deux ; Ils commencent entin ce combat dangereux. Tout ce qu'ont pu jamais la valeur et l'adresse, L'ardeur, la fermeté, la force, la souplesse, Parut des deux côtes en ce choc éclatant ; Cent coups étaient portés et parés à l'instant.

Les clairons donnèrent le signal, et les deux combattants se précipitèrent l'un sur l'autre avec la rapidité de la foudre. Leurs glaives se rencontrèrent sur leurs têtes, et le choc en retentit dans l'enceinte. Cent coups furent portés et rendus tour à tour avec la même agilité, parés avec la même adresse. La sueur des deux champions dégouttait sur leurs armures. Un silence morne régnait autour d'eux, il n'était plus possible de prévoir l'issue de cette lutte terrible. Cependant, par une feinte adroite, Monlfort trompa son adversaire, et son glaive tomba d'aplomb sur le casque de Cressy. Le cimier fut brisé, mais la dureté du casque fit dévier le glaive, et l'oreille seule fut

ensanglantée. La fureur de Cressy s'en accrut, sa vigueur en redoubla ; le glaive qui l'avait blessé fut brisé en éclats par son épée sur la tête du comte de Montfort, qui passa lestement sa bâche dans la main droite et tira son poignard de la gauche. Un autre chevalier que Cressy aurait jeté son épée pour que les armes fussent égales; mais il avait oublié qu'il combattait contre le père de Luciane, et l'aspect de son sang l'avait altéré du sang de son ennemi. Il combattait à la fois du glaive et de la hache; mais l'adroit Montfort savait se garantir de tous les coups ; profitant même d'un faux pas que Cressy avait fait en glissant sur le tronçon du glaive qu'il avait jeté dans l'arène, il lui porta sur son gantelet un coup si violent et si rude, que l'épée du barbare tomba de sa main engourdie. Le combat ne fut plus inégal ; Montfort pressa son adversaire pour ne lui laisser ni le temps ni la faculté de ramasser son épée. Cependant le danger semblait redoubler la vivacité de Montfort. Un de ses coups eût abattu l'épaule de Cressy, si la plaque d'acier qui la couvrait n'eût été trop fortement trempée pour être même entamée. La riposte fut prompte ; et si le tranchant de la hache n'avait rencontré le manche de chêne, c'en était fait du comte de Montfort. Un frémissement de crainte se fit entendre parmi les spectateurs, et cette marque d'intérêt ranima son courage. La hache de Cressy fut si rudement heurtée par la sienne, qu'elle tomba en deux tronçons entre les deux combattants.

Mais Cressy ne se laissa point déconcerter par ce malheur. Avant qu'un dernier coup fût venu le frapper, il s'était précipité sur son adversaire et l'avait enlacé de ses bras nerveux. La hache d'Amaury était désormais inutile ; elle ne pouvait agir, elle ne pouvait frapper qu'au hasard sur le dos de Cressy ; et Montfort, sérié comme dans un étau, n'avait qu'un bras pour se défendre. Il abandonna son arme, et les deux champions fuient réduits à leurs poignards. Etroitement embrassés l'un par l'autre, chacun d'eux cherchait à fatiguer son adversaire, à le renverser sur l'arène. Leurs muscles tendus montrèrent longtemps une vigueur égale, longtemps la victoire parut incertaine; mais le comte de Montfort luttait avec le poids de cinquante années contre un colosse qui était dans toute la vigueur de la jeunesse. Cressy lui fit perdre terre et le renversa sous lui sans l'abandonner. Son genou, posé sur le ventre de son ennemi, le pressait comme un tigre acharné sur sa proie; et, lui arrachant le poignard dont Montfort cherchait encore à le frapper, lui portant le sien à la gorge en lui comprimant la visière de sa main gauche :

« Rends-toi, dit -il, confesse que tu es vaincu!

— Grâce! grâce! » criaient les spectateurs tremblants de cette longue et terrible lutte. Le roi Louis jeta son sceptre dans la lice, les juges du camp se levèrent, et les sons du cor transmirent à Cressy l'ordre de cesser le combat.

YlENNET.

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(Vue intérieure du cralère en i83o. — Voir p;ig. 182.)

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