‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 150 sur 242 · FAMILLE ARABE DU DÉSERT · texte numérisé non relu

FAMILLE ARABE DU DÉSERT

Le grand désert d'Egypte commence presque sous les murs de Jaffa ; Jaffa, la ville arabe dont le nom rappelle le grand dévouement de Bonaparte. Il est impossible de décrire la nouveauté et la magnificence de végétation qui se déploie de chaque côté de la route, à une distance de plus de deux lieues. A droite et à gauche, c'est une forêt variée de tous les arbres fruitiers et de tous les arbustes à fleurs de l'Orient. Cette forêt, divisée en compartiments par des haies de myrte et de jasmin, est arrosée de filets d'eau échappés des belles fontaines turques, ombragées de sycomores et de palmiers. Dans chacun de ces enclos on voit un pavillon ouvert, ou une tente, sous lesquels la famille qui les possède vient passer quelques semaines au printemps. Trois pi-

quels et un morceau de toile forment une maison de campagne pour ces heureuses familles. Les femmes couchent sur des nattes et sur des coussins sous la tente, les hommes couchent en plein air à l'abri des citronniers. Leur nourriture est frugale.; à peine y ajoute-t-on, de temps en temps, un agneau élevé par les enfants, et dont on fait, comme du temps de la Bible, le sacrifice aux jours solennels.

Jaffa a quelque chose, dans son ciel et dans son sol, de plus grandiose, de plus coloré qu'aucun des sites de l'Orient ; l'œil ne s'y repose que sur les immenses grèves du désert de l'Egypte, où l'horizon n'est interrompu que par le profil d'un chameau qui s'avance. Tous les costumes des habitants ou des voyageurs qui parcourent ces routes sont pittoresques et étranges ; ce sont des Bédouins revêtus de l'immense plaid de laine blanche, des Arméniens aux longues robes rayées, des Juifs de toutes les parties du globe et sous tous les vêtements du monde, des soldats égyptiens vêtus de vestes rouges ; enfin ce sont des agas turcs passant fièrement sur le chemin, montés sur des chevaux du désert et suivis d'Arabes et d'esclaves noirs ; de pauvres familles assises sur les terrasses, mangeant dans une écuelle de bois le riz ou l'orge bouillis.

Une population, en général méchante et inhospitalière, habite les villages situés sur la limite du désert ; ces villages sont des asiles où l'on échappe facilement à l'action des lois, parce qu'à la moindre tentative que fait l'autorité pour s'emparer des malfaiteurs, ceux-ci s'enfoncent dans le désert, emmenant avec eux leur famille, et emportant tout ce qu'ils possèdent. Quand le voyageur est attaqué dans ces villages, il ne peut compter sur la protection du cheyk, qui est souvent l'instigateur et le complice des vols. Le gouvernement est impuissant contre eux, et c'est avec les plus grandes difficultés qu'il obtient le paiement des tributs. Quand on traverse ces lieux, dont heureusement la mauvaise réputation est répandue au loin, on ne doit jamais abandonner ses armes, et ne perdre de vue ses bagages, ni le jour ni la nuit. La petite ville de Kankah est une des plus dangereuses à traverser ; l'audace des habitants est telle, qu'ils ont souvent dévalisé les tentes des généraux, dressées au milieu d'un camp de vingt- cinq mille hommes. Les paysans de Kankah sont renommés pour leur force, leur adresse, leur agilité. Lorsqu'aux mois de décembre et de janvier, les blés de Turquie sont en pleine maturité, et que leurs tiges ont jusqu'à 5 pieds de hauteur, il n'est pas prudent de s'aventurer dans la campagne après le coucher du soleil ; les chemins sont très-étroits, et bordés de part et d'autre de champs de maïs; les paysans s'y tapissent en silence, et attendent les voyageurs. Ils laissent ordinairement passer devant eux, sans se montrer, celui qu'ils veulent dépouiller ; mais dès qu'il est de quelques pas en avant, ils s'élancent de différents côtés sur leur victime, et la dépouillent.

Lorsque les voleurs arabes du désert apprennent qu'il y a dans une maison de la ville voisine des provisions nouvellement récoltées, de l'argent ou des effets précieux, ils se réunissent trois ou quatre et entrent dans la cité au milieu de la nuit. Ils portent pour toute arme des sabres très-courts et une pioche ; leur corps, entièrement nu, est enduit de graisse, j

afin de glisser plus facilement entre les mains de ceux qui tenteraient de les saisir. Arrivés au pied de la muraille, ils plantent des petits piquets de bois avec lesquels ils l'escaladent sans peine; les serrures cèdent promptement à leurs efforts, et ils enlèvent à la hâte et indistinctement tous les objets qu'ils rencontrent sous leurs mains. Quelques minutes leur suffisent pour dévaliser entièrement une maison. Il est rare qu'on les entende pendant qu'ils agissent, encore plus rare qu'on les prenne quand ils fuient.

Les Arabes sont naturellement fripons et de mauvaise foi, surtout dans leurs rapports avec les chrétiens ; tromper un kafcr (impie) est pour ainsi dire une œuvre méritoire à leurs yeux. Aussi les vols domestiques sont-ils très-fréquents en Egypte, mais ils ne sont jamais considérables : ce que l'Arabe cherche dans le vol, ce n'est pas une richesse facilement acquise qui le mette à l'abri du besoin pour le reste de ses jours ; mais c'est une tasse de café, une pincée de tabac pour remplir sa pipe à l'heure même. Il n'a pas assez de prévoyance et de souci de l'avenir, dans sa vie générale, pour songer à voler des sommes importantes.

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