‹ Magasin universel (volume 3)Chapitre 166 sur 242 · CHILI. — VALPARAISO · texte numérisé non relu

CHILI. — VALPARAISO

Après Santiago la ville la plus importante du Chili est Valparaiso, qui est en quelque sorte le port de la capitale. En entrant dans le port de Valparaiso, on est tout surpris de voir que cette ville ne justifie en aucune manière son nom de vallée du Paradis. Les hautes montagnes dont elle est entourée au midi et à l'est sont presque stériles, et ne paraissent pas susceptibles de culture. A peine sont-elles couvertes d'une végétation rabougrie, qui laisse entrevoir un sol de couleur vougeâtre. Quelques arbustes étiolés, quelques aloès croissent dans les Qucbradas, aux ravins profonds et rocailleux, dont les torrents ont sillonné les montagnes. Les collines s'élèvent si brusquement du rivage de la mer qu'il n'y a de place que pour une rue qui conduit de la Rccova, ou marché, à un espace découvert sur la grève, appelé la Xarcia, qui tire son nom d'une corderie établie dans ce lieu. On y trouve encore un marché principalement destiné aux fruits et aux légumes.

A peu de distance de ce marché se trouve le bosquet des Amandiers, ou Almcndral, le plus considérable des faubourgs de Valparaiso. La ville proprement dite est désignée sous le nom de Puerto (le port). L' ' Almcndral ne se compose que d'une rue très-longue et très-large, et de nombreuses maisons de campagne, avec de beaux jardins, et des plantations de pêchers; c'est sur le bord de la mer, dans cette partic de la baie, que les pêcheurs construisent leurs cabanes, et viennent amarrer leurs canots. C'est aussi Tome iv. - Juin 1837.

là que sont établies les Malanzas ou boucheries. 11 se passe rarement une année, sans que quelque violent incendie se déclare dans cet assemblage de huttes, dont le toit est couvert de feuilles de palmiers, et qui sontordinairement tapissées de peaux grasses. Lorsque l'incendie est excité par les vents alises, il devient souvent impossihle de sauver même les bestiaux.

La principale rue du port, qui n'est autre chose que la partie qui s'étend du Resguardo ou maison des douanes, à l'arsenal, est la Planchada, qui suit le rivage de la mer. Avant le tremblement de terre de 1822, il n'y avait qu'une seule maison de quelque importance de ce côté du port; aujourd'hui, on y trouve une très-belle rangée de bâtiments, décorés de balcons, et ayant des boutiques au rez-dechaussée.

Valparaiso est une des places marchandes les plus importantes de l'Amérique du sud. En 1821, les recettes de la douane s'élevèrent à 460,000 dollars, tandis que, sous la domination espagnole, elles n'en produisaient annuellement que 26,000, terme moyen. Quatre forts servent à contenir les ennemis au dedans et au dehors. Les principaux édifices sont : l'hôpital de Saint-Jean-de-Dieu, la cathédrale et les couvents de Saint-François, de Saint-Augustin, de la Merci et de Saint-Dominique. La population de cette ville n'était que de huit à dix mille âmes avant 1826; elle en compte aujouid'hui seize à dix-huit mille. La distance qui sépare cette ville de Santiago est de 30 lieues environ ; on peut y aller en voiture, mais les transports de bagages et de marchandises se

font à dos de mulets, ou dans de grands chariots traînés par des bœufs. On traverse plusieurs plateaux qui communiquent entre eux par des côtes escarpées, et on s'élève ainsi jusqu'au sommet de la Cuesla de Prado, d'où l'on descend dans la plaine de Santiago.

Valparaiso offre un bon ancrage la plus grande partie de l'année, c'est-à-dire depuis septembre jusqu'en avril inclusivement, etil s'y trouve une grande quantité de provisions à bon marché. L'eau seule est loin d'y être bonne, et il est difficile de s'en procurer, toute celle qu'on emploie dans le port étant achetée aux Jgualcros, ou voituriers d'eau qui l'apportent sur leurs épaules, renfermée dans de petits tonneaux, de l'intérieur des terres.

Lemont^//c^'Tc,qui domine la côte de Valparaiso, est couronnée de maisons de campagne, d'où l'on a la vue la plus magnifique; d'un côté le regard peut plonger dans des vallées sombres et fertiles, se reposer sur les cimes sauvages des hautes montagnes, ou planer sur l'immensité de l'Océan Pacifique.

Beaucoup de quebradas ou ravins s'enfoncent trèsavant dans les montagnes. Au fond de ces ravins coulent de petits ruisseaux inoffensifs, pendant les chaleurs de l'été, niais qui, rapidement gonflés par les pluies d'hiver, deviennent de larges et impétueux torrents. C'est ainsi que, tous les ans, beaucoup d'habitations sont détruites, et qu'un grand nombre de personnes perdent la vie ; mais malgré toutes les représentations possibles, les indigènes rebâtiront, îe printemps suivant, sur le même terrain d'où leurs chaumières auront été déracinées Tous les quebradas sont singulièrement peuplés, surtout par des blanchisseuses qui forment la classe la plus nombreuse de Valparaiso. Nous devons cependant excepter celui de Saint-Augustin, situé en face du lieu de débarquement, où le théâtre est bâti sur remplacement d'un couvent abandonné, et ceux de San-Francisco et Santo-Domingo, dans l'un et l'autre desquels se trouvent des églises attachées à des monastères, et quelques-unes des principales maisons particulières. Dans les montagr.es situées entre ces Quebradas, appelées par les indigènes El Arayan, et la Cordillera, se ti ou vent aussi de vastes quartiers (barrios), qui contiennent une population très-nombreuse appartenant surtout à la classe inférieure. Les Ranchos, ou chaumières de la plus petite espèce répandues sur les sommets des différentes collines, sont innombrables.

Je ne terminerai pas cet article sans parler du terrible événement qui, il y a peu d'années, a failli détruire entièrement Valparaiso. Le 19 novembre 1822, tout le pays fut ébranlé par un tremblement de terre, qui se fit sentir au midi jusqu'à l'Archipel de Chiloc ; c'était de mémoire d'homme le plus violent qu'on eût ressenti, et il frappa de terreur même les étrangers qui avaient été accoutumés à de semblables phénomènes dans d'autres pays. Le jour avait été extrêmement calme, et brûlant pour la saison, et la mer avait été houleuse, sans aucune apparence de vent.

A dix heures et demie du soir, le premier choc se fit sentir. Heureusement il ne fut pas très-violent, de sorte que les habitants eurent le temps de quitter leurs maisons. Après un moment d'intervalle, une autre secousse fut si forte qu'au bout de quelques

secondes, toutes les églises de Valparaiso n'offrirent plus qu'un amas de ruines. Le palais du gouverneur, presque toutes les maisons particulières, et même la plus grande partie des Ranchos, furent détruits ou rendus inhabitables Les maisons de YAlmendral en particulier, bâties sur un sol sablonneux, furent si brusquement renversées qu'un giand nombre d'habitants périrent dans les ruines. Au même endroit, l'église de la Merced fut plus maltraitée que toutes les autres, bien qu'elle eut été bâtie si solidement, que la tour de brique ne se rompit pas en tombant. Un grand nombre d'habitants furent tués tout d'un coup dans leurs lits ; d'autres, qui étaient sortis précipitamment de leurs maisons, furent écrasés par des tuiles ou des pans de muraille, en essayant de fuir par des rues étroites. La confusion était horrible ; toutes les rues, toutes les places publiques étaient encombrées de fuyards, frappés de terreur, et" la plupart à moitié nus, car la plus grande partie d'entre eux s'étaient élancés de leurs lits à la première alarme, et n'avaient pas eu le temps de s'habiller. On voyait en même temps des troupes de brigands errer dans les rues désertes, et profiter de cette horrible occasion de pillage. Enfin, desi incendies éclatèrent dans plusieurs parties du port et de l'Almendral, parce que le chaume desséché des Ranch- >: vint tomber sur des âtres qui sont toujours au milieu des huttes.

Ce tremblement «le terre ne maltraita pas seulement Valparaiso, car il étendit ses lavages sur toutes les villes et les villages environnants.

On oublie promptement des malheurs de cette espèce dans les pays où l'on est accoutumé à les essuyer. Aussi, au boutde quelques semaines, les habitants se mirent à rebâtir leurs maisons sur le même emplacement qu'elles occupaient. Les bâtisses, du reste, se font en très-peu de temps, car toutes les maisons, au Chili, se construisent avec des adohes, ou briques cuites au soleil, et dans les ruines d'une maison on trouve aisément des matériaux pour en bâtir une autre. E. B.

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